Etat civil : la doublure de la nationalité camerounaise

Une loi datant de 53 ans qui prive les Camerounais de leur nationalité quand ils prennent en cas d’acquisition d’une autre, est appliquée à tête chercheuse

Après de multiples batailles judiciaires et administratives, de nouvelles élections sont désormais annoncées le 11 décembre 2021 pour renouveler l’exécutif de la fédération camerounaise de football. Alors que des candidatures sont déjà annoncées, le président de la Commission électorale a indiqué au cours d’une conférence de presse organisée le 30 août 2021, que les personnes possédant une double nationalité ne seront pas éligibles. Deux jours avant cette annonce, Samuel Eto’o Fils, répondant à la question d’un journaliste le 28 août à Pouma, qui voulait savoir s’il serait candidat ou pas, disait « le moment venu, je vous donnerai ma position de manière officielle. Le plus important aujourd’hui, c’est de se dire que le football camerounais doit se jouer, le football camerounais doit être bien dirigé et de manière transparente. Nous devons savoir que tout ce que le football camerounais produit, appartient à toutes ces grandes familles du football. Et il est inadmissible de voir certains joueurs qui ont des difficultés ne serait-ce qu’à pouvoir prendre du plaisir dans ce qu’ils aiment le plus faire, il faut trouver les moyens de pouvoir réorganiser tout ça et que le débat soit au niveau des projets. Et que ces projets soient assumés et réalisés surtout. » Même comme à cette date du 30 août il n’était pas encore officiellement candidat, beaucoup s’accordent à dire que le mesure annoncée par le président de la commission électorale le visait particulièrement, lui qui détient une nationalité espagnole acquise alors qu’il était encore en activité, sa candidature étant fortement redoutée par les autres aspirants au poste de président de l’instance faîtière du football camerounais. En attendant que l’ancien Lion indomptable dépose  officiellement sa candidature, et qu’elle soit éventuellement rejetée pour ce motif, l’on se souvient que lors des élections législatives et municipales du 9 février 2020 au Cameroun, la candidature de Hervé Emmanuel Nkom à un siège de député a été invalidée aux motifs qu’il détient une nationalité française. Bien que n’étant pas le seul dans ce cas, le motif avait été tout de même évoqué pour l’empêcher de jouir de ses droits civils et politiques, dans ce cas-là seulement, puisque dans le même temps il est membre nommé du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais.

Surtout que sur les plans anthropologique, culturel et social, on ne peut pas perdre sa nationalité, c’est-à-dire ses origines, juste parce que cela est écrit sur un bout de papier. Les Camerounais détenteurs des passeports étrangers dégustent avec le même goût le ndolé, le sanga, le nkui, la sauce jaune et autres mets traditionnels, même s’ils prennent le visa pour entrer sur le sol Camerounais. Dans le fond, l’identité culturelle humaine ne se décrète pas, ne s’embarrasse pas des tournures juridiques aux desseins inavoués, elle transcende les calculs politiques, elle ne se raye pas par un coup de crayon.

Loi…

Il existe en effet au Cameroun la loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968, portant code de la nationalité camerounaise, dont l’article 31 stipule à son alinéa a: « Perd la nationalité camerounaise, le Camerounais majeur qui acquiert ou conserve volontairement une nationalité étrangère. » Cet article exclut de fait toute possibilité d’avoir une double nationalité au Cameroun, puisqu’elle dit clairement que la nationalité camerounaise se perd automatiquement le jour où l’on acquiert une autre, on devient étranger au Cameroun, c’est-à-dire que l’on perd la possibilité de jouir des droits civiques et politiques au Cameroun. L’histoire politique du Cameroun explique que cette loi avait été votée l’époque, en 1968 justement pour exclure les Camerounais contestataires du régime, notamment les militants de l’Union des populations du Cameroun, qui, pourchassés du pays, s’étaient exilés dans des pays étrangers où ils organisaient la résistance et se préparaient à un retour. Mais beaucoup d’eau a coulé sous le pont politique camerounais depuis lors, le président Paul Biya a déclaré que les Camerounais n’avaient plus à prendre le maquis pour exprimer leurs opinions. La conséquence logique aurait été la suppression de cette clause de la loi, ce que demande aujourd’hui une opinion qui estime qu’une loi dont le but caché était d’exclure certains camerounais de la gestion des affaires du pays, n’a plus sa place dans un Cameroun où le vivre ensemble est devenu un slogan. Surtout que sur les plans anthropologique, culturel et social, on ne peut pas perdre sa nationalité, c’est-à-dire ses origines, juste parce que cela est écrit sur un bout de papier. Les Camerounais détenteurs des passeports étrangers dégustent avec le même goût le ndolé, le sanga, le nkui, la sauce jaune et autres mets traditionnels, même s’ils prennent le visa pour entrer sur le sol Camerounais. Dans le fond, l’identité culturelle humaine ne se décrète pas, ne s’embarrasse pas des tournures juridiques aux desseins inavoués, elle transcende les calculs politiques, elle ne se raye pas par un coup de crayon

La loi, bonne ou mauvaise, tant qu’elle reste loi, doit être d’application générale et cesser d’être une arme de règlement des comptes. On ne peut être camerounais quand on fait briller le drapeau national sur le toit du monde, et cesser de l’être quand on aspire à la gestion des affaires du pays.

…personnelle

La diaspora Camerounaise, particulièrement concernée

En attendant que le législateur camerounais revienne sur cette loi dont le caractère obsolète est établi, elle reste encore loi, c’est-à-dire applicable à tous, comme le prévoit le préambule de la Constitution, qui rappelle que nul est au- dessus de la loi. A ce propos Albert Ndzongang dit, en lien avec l’actualité à la Fécafoot : « Il n y a que chez nous que les lois n’ont pas un caractère impersonnel. Elles sont faites, soit pour protéger un groupe soit pour nuire à un autre. Leur application est toujours à tête chercheuseEto’o en étant président de la fecafoot sera-t-il sur le plan protocolaire au-dessus de Roger Milla, français lui aussi et qui est ambassadeur ? De Grégoire Owona, français qui est ministre ? De Osih suisse qui est député, ou de nombreux autres camerounais qui ont des nationalités étrangères connues et qui exercent tranquillement de hautes fonctions dans notre pays, en commençant par le tout premier, Mr Biya lui-même… C’est ici le lieu de redire que nous sommes contre le principe qu’un compatriote qui a bénéficié d’une nationalité occasionnelle et qui accepte de retourner dans son pays pour mettre ce qu’il a acquis au service du développement, soit écarté au gré des intérêts, tout simplement parce qu’à un moment de sa vie, il a eu un autre passeport pour pouvoir exercer son métier. Nul n’ignore que beaucoup de nos frères sportifs y ont été contraints. Cela n’a jamais empêché qu’ils viennent défendre les couleurs de leur pays. » La loi, bonne ou mauvaise, tant qu’elle reste loi, doit être d’application générale et cesser d’être une arme de règlement des comptes. On ne peut être camerounais quand on fait briller le drapeau national sur le toit du monde, et cesser de l’être quand on aspire à la gestion des affaires du pays.

Roland TSAPI

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