Environnement : Douala, malade des toilettes publiques

Malgré l’existence d’une lettre circulaire  du préfet du Wouri qui aurait dû faire de Douala un cadre de vie sain, la ville reste polluée par des déchets ménagers et humains en plein air   

Ecouter l’éditorial

La journée mondiale de l’environnement, édition 2021 s’est célébrée le samedi 5 juin.  Cette année, elle s’est concentrée sur la restauration des écosystèmes et son thème était “Réimaginer. Recréer. Restaurer.” A  l’occasion, le Secrétaire général de l’Organisation des nations Unis António Guterres a adressé ce message au monde entier : « la dégradation du monde naturel compromet déjà le bien-être de 3,2 milliards de personnes, soit 40 % de l’humanité. Si la Terre est fort heureusement résiliente, elle a besoin de notre aide. » Besoin de notre aide dit-il, un message à comprendre dans sa plus simple expression. Au Cameroun, la journée a été marquée par des actions sporadiques, comme on a l’habitude, sans qu’elles ne soient inscrites dans la durée ni ne fassent partie d’une politique globale intégrée, et prises en compte dans les habitudes quotidiennes. L’environnement n’a en effet pas besoin que l’on prenne soin de lui un jour, à une occasion précise, elle a besoin d’être entretenue tous les jours.  

Douala…

des toilettes publiques, que la ville de Douala peut adopter

Que devient la ville de Douala, pour regarder autour de nous ? Les experts ont l’habitude dire qu’elle est un scandale environnemental, un cadre de vie jadis agréable mais qui au fil du temps est agressé par l’homme, méprisé, torturé et volontairement détruit par les actes de toute nature, et sous tous les prétextes. Feu Joseph Dipita Pokossy Doumbé, qui a été Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala de 1989 à 1996, invité lors de l’émission Manège du Savoir à la Cameroon Radio and Télévision il y a peu, répondant à la question de savoir ce qu’il restait de la ville qu’il a laissé, a eu ces mots de regrets : « à Douala, c’est foutoir complet…on ne sait pas à quel saint se vouer », avant d’appeler les citoyens à être civiquement responsables. C’était peu dire, car en réalité, le mépris de l’habitant de la ville de Douala envers son environnement immédiat, est tel que la ville a été transformée en un vaste urinoir, si l’on ne retient que cet aspect. Il est impossible de passer à certains endroits de la ville sans se boucher les narines, tant l’air est pollué par les puanteurs des urines. Même dans le quartier administratif qui est Bonanjo, il suffit de se rapprocher de l’arrière de certains bâtiments pour se rendre compte du niveau d’insalubrité des lieux, et cela est plus grave quand l’on sait que dans la plupart des bâtiments abritant les locaux administratifs, les toilettes sont souvent défectueuses. Il est impossible pour un usager qui va demander un service dans un bureau administratif et à qui il faudra une journée  entière, de trouver un bureau doté de toilettes où il pourra aller soulager sa vessie qui pèse. Conséquence, il se débrouille dans la nature.

…une ville en décadence

Une ville ne peut pourtant se penser sans toilettes publiques. En France, plus de 750 toilettes publiques et urinoirs sont installés dans Paris pour répondre aux exigences de la vie parisienne et des touristes. Leur accès est gratuit sur tout le territoire parisien. Que font ceux qui gèrent les villes camerounaises, autorités municipales et administratives confondues ? Au-delà des textes règlementaires au niveau national, nous avons trouvé, dans la recherche des textes et décisions administratives qui ne sont jamais respectées comme nous le relevions dans le précédent éditorial, une lettre circulaire du préfet du Wouri datant du 6 février 2013, relative à l’observation de certaines règles d’hygiène dans les cérémonies publiques, adressée à tous les sous-préfets du département. Le patron du département, Naseri Paul Béa à l’époque avait écrit : « Dans le cadre de la campagne d’hygiène et de salubrité publique et de lutte contre les maladies épidémiques dans le département du Wouri, il m’a été donné de constater que lors des cérémonies publiques organisées dans le département du Wouri, plus précisément dans la ville de Douala, les conditions d’hygiène ne sont pas respectées, le public défèque un peu partout dans la nature, les promoteurs desdits évènements ne prennent pas les dispositions pour préserver l’environnement et éviter ainsi la propagation des maladies. Cet état de chose constitue une souillure pour la nature et ternit l’image de la ville. Pour y mettre un terme, j’ai l’honneur de vous prescrire de bien vouloir pour toute demande d’autorisation de manifestation publique, au préalable exiger un justificatif des dispositions prises qui certifient que le promoteur a prévu les toilettes pour les cérémonies ayant lieu dans les places publiques. Je tiens la main à l’observation rigoureuse de la présente prescription que je vous demande de respecter scrupuleusement. »

Restaurer l’image

L’initiative aurait donné un coup de pousse à la protection de l’environnement et aidé à maintenir la ville de Douala à un niveau respectable, mais la lettre circulaire  a échoué comme les autres au fonds des tiroirs des sous-préfets. Il n’est pas sûr que ceux qui ont été affectés par la suite à la tête des sous-préfectures dans la ville de Douala sont même au courant qu’une telle lettre circulaire existe, du moment où ce genre d’initiative n’est pas courante. Mais il n’est pas trop tard. La lettre circulaire est toujours en vigueur, à moins qu’elle n’ait été annulée par un autre préfet du Wouri après Naseri Paul Béa. Et au-delà des manifestations publiques visées dans la lettre circulaire, la protection de l’environnement reste un devoir, restaurer à la ville de Douala une image de ville moderne reste un défi. La capitale économique se prépare à recevoir la coupe d’Afrique des nations, raison supplémentaire pour que les autorités municipales dotent la ville d’un minimum de toilettes publiques et d’urinoirs. Mais au-delà des événements ponctuels, les toilettes publiques ne sont plus seulement un enjeu de santé publique pour un pays en développement comme le Cameroun, mais aussi dans les villes, et surtout Douala la porte d’entrée, elles deviennent un défi écologique et même économique, car en plus il existe des entreprises et des start-up qui se développeront bien tout en évitant à la ville, de continuer à être un vaste urinoir.

Roland TSAPI

3 Replies to “Environnement : Douala, malade des toilettes publiques”

  1. Initiative très louable. Je crois que tout le monde gagnerait à ce que ce projet marche. Nos villes principales (Yaoundé et Douala) sont devenues au fil du temps de vastes poubelles.
    Courage à vous.

  2. Douala a vraiment mal à son environnement .
    Vous ne pouvez faire un pas sans vous boucher les narines du fait de l’épandage sauvage des urines dans les artères de la ville ,le long des murs de la cité .
    Il y’a pourtant des petites structures qui font dans l’hygiène et salubrité ,qui font dans les urinoirs et cabines de toilettes mobiles . Qu’attend donc le super Maire pour s’attacher de leurs services ?
    On a vu à Akwa il y’a deux ans environ de manière furtive les urinoirs qu’on croyait pourtant solution au problème hélas ! Ils avaient vite disparu et personne ne nous a expliqué Pourquoi .
    Mon beau Cameroun noyé dans les urines

  3. Une circulaire préfectorale comme vous dites existe et elle exigerait à chaque organisateur d’événement de devoir présenter un certificat en conformité avec l’hygiène et salubrité pour obtention d’autorisation .
    Mais allez-y voir !
    Pourquoi les sous préfets ne font pas respecter cette circulaire eux qui délivrent les autorisations sans contrôle ?
    Ils sont finalement dans une certaine mesure complices de la saleté dans la ville.
    Corruption quand tu nous tient !
    Parce que l’on critique la mauvaise gestion de la cité,les mauvaises langues vont nous taxer d’ennemis de la république , d’anti patriotes.
    Merci de nous tenir en veille Mr le chroniqueur

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