Enseignements secondaires : les nominations victime des lourdeurs

Indifféremment des conséquences sur les habitudes professionnelles et sociales des uns et des autres, les nominations des proviseurs et autres responsables d’établissements scolaires, pourtant initiés à temps sont rendu public  interviennent trois mois après la rentrée scolaire. Le temps d’attente du visa de la hiérarchie.

L’arrêté numéro 552/22/Minesec portant nomination des responsables dans les services déconcentrés du ministère des Enseignements secondaires au Cameroun, a été publié le 21 novembre 2022. Cet arrêté porte notamment sur la nomination des proviseurs et autres responsables dans les établissements secondaires. Trois mois après la rentrée scolaire 2022/2023, et 4 mois après la date limite d’attente dans le cadre de la préparation normale de l’année scolaire. Dès le mois de juin par exemple ou de juillet au plus tard, les listes des manuels scolaires sont généralement connues, des décisions importantes sont prises au trop tard au mois d’août. Mais les nominations des proviseurs et autres responsables se font désormais attendre. Le 14 novembre 2022, 6 jours avant la publication de cet arrêté, le site d’information en ligne datacameroun écrivait qu’au ministère des Enseignements secondaires, un proche collaborateur du ministre Pauline Nalova Lyonga confiait que les notes de nominations des proviseurs avaient été établies depuis août 2022 et que les propositions avaient été faites et envoyées aux services du Premier ministre pour validation, mais n’en étaient  jamais ressorties. Et tentant de relativiser la situation, cet informateur affirmait : « il  n’y a jamais eu une date fixée pour la nomination des proviseurs au Cameroun. Une chose est certaine, lesdites nominations ne sauraient tarder. Pourquoi penser qu’il y a un retard alors que le calendrier des nominations n’existe pas ? Cela n’affecte en rien le fonctionnent des lycées car ces derniers sont interconnectés. » Juste une manière polie de justifier les incohérences du gouvernement, car à l’en croire ces nominations auraient intervenu au milieu du 2e trimestre que cela n’aurait rien changé ni dérangé personne. Pourquoi donc le Ministère des Enseignements secondaires préparerait les notes de nomination dès le mois d’août ? En réalité, s’il ne dépendait que du ministère, les concernés devaient déjà être fixés depuis ce mois d’août, car au-delà des émotions que créent les arrêtés et les décrets de nomination, c’est toute une série d’actions et de mouvements qui est enclenchée derrière et qui impacte plus directement les vies des hommes, femmes et enfants, et indirectement celle des élèves.

Le centralisme à outrance était en vigueur, le colon ayant en idée de devoir surveiller de près toutes les personnalités nommées à des postes de responsabilité, en s’assurant qu’elles sont politiquement correctes et pas susceptibles d’inculquer les idées dites nocives à leurs collaborateurs. Les dossiers des préposés aux nominations étaient ainsi scrutés, passés au peigne fin par les fins limiers et toutes informations recueillies.

Lourdeurs administratives

L’arrêté du 21 novembre  2022 portait le visa des services du Premier ministre, même si la signature est celle du ministre des Enseignements secondaires Pauline Nalova Lyonga. C’est dire que le ministre qui a en principe une meilleure visibilité sur la gestion du personnel fait ses propositions mais doit attendre l’accord de la hiérarchie pour officialiser. C’est ainsi que l’administration fonctionne. Le Cameroun continue en effet, 62 ans après l’ « indépendance », de fonctionner sur le modèle administratif importé et implémenté depuis l’époque coloniale, où le colon voulait tout contrôler et donner son avis sur tout. Le centralisme à outrance était en vigueur, le colon ayant en idée de devoir surveiller de près toutes les personnalités nommées à des postes de responsabilité, en s’assurant qu’elles sont politiquement correctes et pas susceptibles d’inculquer les idées dites nocives à leurs collaborateurs. Les dossiers des préposés aux nominations étaient ainsi scrutés, passés au peigne fin par les fins limiers et toutes informations recueillies. Si la méthode assurait à la hiérarchie un contrôle sur les heureux élus qui devenaient ainsi des valets réduits à l’obéissance servile, elle donnait surtout au passage, l’occasion aux intermédiaires de régler leurs comptes, en noircissant le dossier de tel ou en blanchissant celui de tel autre, installant ainsi le clientélisme. Et plus important, la méthode alourdissait la procédure qui mettait un temps interminable à aboutir, le temps même que la mort emporte certains proposés.

Pauline Nalova Lyonga, Minesec

Le régime politique fabriqué et laissé sur place au moment de la prétendue indépendance, a perpétué la méthode. Les procédures de nominations sont tellement lentes que des morts sont nommés. Les nominations ne se font pas sur la base des compétences au poste, mais en fonction du degré d’allégeance au parti au pouvoir, ou au parti proche du parti au pouvoir, quand est venue l’heure des alliances. Un tel peut même être proposé pour ses compétences, mais rattrapé par ses positions politiques en dernière minute. Et pendant tout ce temps mis à retourner les dossiers, corriger les listes, ajouter ou extraire des noms, des jours s’écoulent, des mois passent, les évènements tributaires du calendrier comme la rentrée scolaire passent aussi, tandis que le politique prend plus de temps encore, pour se retrouver en complet déphasage, comme pour la nomination des proviseurs trois mois après la rentrée des classes. Un syndicaliste confiait au média cité plus haut : « Même si les raisons de ce retard ne sont pas connues il serait souhaitable que la ministre attende une fois la prochaine année scolaire car voyez-vous, le personnel nouvellement affecté est appelé à tout recommencer dans sa ville d’affectation. »

Effet contraire

Il va sans dire que la publication de l’arrêté portant nomination des personnels de l’éducation trois mois après la rentrée scolaire, crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Sur le plan social d’abord, c’est la dislocation familiale assurée, avec ses corollaires que sont la perte de l’autorité parentale sur les enfants, l’éloignement physique des conjoints qui peut entrainer l’éloignement des cœurs et aboutir à la rupture. Au plan professionnel, les nouveaux nommés doivent prendre les commandes d’un train en marche et assumer un probable déraillement ou recevoir les lauriers d’une arrivée triomphale en gare, alors qu’ils ne sont en rien responsables du type de passagers embarqués, de la qualité et de la quantité du carburant consommé par la locomotive au départ. Ce qu’ils savent, ces nouveaux responsables, c’est qu’ils doivent se débrouiller pour que l’année scolaire s’achève. Penser que dans ces conditions la qualité de l’éducation n’en prend pas un coup, c’est simplement confirmer l’absence de vision en la matière, car pendant que les Camerounais attendent une véritable politique de l’éducation le gouvernement leur sert…une éducation politisée.

Roland TSAPI

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