Engagement : La société camerounaise résignée

Dans une logique de renoncement qui ne dit pas son nom, la société camerounaise se laisse mourir, convaincue qu’il n’y a pas d’alternative aux actes pourtant néfastes qui son posée au quotidien, dans l’indifférence de tous

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On va faire comment. Cette expression courante au Cameroun depuis des années, est utilisée  chaque fois que l’on se retrouve devant une situation qui nécessite en principe une prise de décision.  Elle est en réalité devenue avec le temps un mot de passe universel ou par défaut, utilisé pour se défiler. Et au fil des années, l’expression a tellement pris corps et est rentrée dans les habitudes qu’elle a engendré des tentacules toujours dans le langage.  « Tu ignores quoi? Tu durcis pourquoi? C’est comme ça que le pays fonctionne. Tu penses que tu peux changer quoi? C’est comme cela que le pays se gère, tu viens d’arriver ? C’est  ainsi que personne n’entreprend aucune une démarche pour rentrer dans ses droits, encore moins pour accomplir ses devoirs.

Devoir…

Pour ce qui est des devoirs, le vendeur à la sauvette installé sur la chaussée pense qu’il ne peut faire autrement que d’obstruer cette voie publique. Celui ou celle qui jette les ordures ménagères sur la chaussée ou à côté du bac à ordure se cache derrière l’expression on va faire comment, même quand ce qui devait être fait est bien évident, à savoir mettre ses ordures dans le bac. Le conducteur de moto taxi demande comment il devait faire s’il ne roulait pas à contre sens en violant tous les feux de signalisation, le chauffeur de taxi  pose la même question quand il s’agit de forcer le passage ou faire des surcharges. Des populations s’installent et construise des maisons dans des zones à risque, où l’on se demande souvent comment ils ont fait pour y acheminer le matériau. Quand elles sont interpellées et sensibilisées sur les dangers qu’elles encourent, l’on s’entend dire on va faire comment, qu’elles n’ont pas le choix. Le prestataire de service ou  l’entrepreneur  bricole un marché qui lui a été attribué, le fonctionnaire ne connait pas l’heure d’arrivée au bureau. Le laxisme est installé dans tous les corps de métiers et dans tous les domaines, rien ne semble échapper à ce refus d’accomplir son devoir.

…Et droit

La situation est encore plus prononcée quand il s’agit de jouir de ses droits. Le non accomplissement des devoirs des uns ayant pour conséquence directe la violation systématique des droits des autres, y compris pour soi-même. Le vendeur installé sur la chaussée empêche l’usager de passer librement, mais chacun passe à côté, se fraie un chemin comme il peut en se disant « on va faire comment.» Les établissements scolaires publics imposent des frais d’Apee exorbitants aux parents, tous savent que c’est illégal, mais ils payent en se posant la même question. Les établissements scolaires privés imposent des outils  ou des tenues à acheter sur place, tout le monde sait que le commerce est interdit dans les écoles mais laisse faire. Un enfant réussi normalement au concours d’entrée en 6e  dans un lycée surtout au common entrance mais l’on exige des sommes importantes aux parents pour qu’ils soient retenus à  l’interview.

Les prix de certaines denrées comme le gaz augmentent ou changent du jour au lendemain, ou encore sont fixés selon les humeurs des commerçants. Malgré les campagnes de sensibilisation et même de répression du ministère du Commerce rien n’y est fait, les clients payent en ruminant que les commerçants sont malhonnêtes, certes, mais payent quand même, personne n’ose lever le petit doigt. Des personnes sont victimes des injustices de toutes sortes à longueur de journée, subissent les mauvais états de route, la mauvaise couverture sanitaire, les coupures intempestives d’eau et d’électricité, mais disent qu’elles sont déjà habitués, on va faire comment ?

La lâche neutralité

Pour cette expression, la situation pourri au jour le jour, devant tout le monde, et très peu s’en émeuvent, la majorité ayant choisi la fuite des responsabilités, le déni de soi, le refus de faire face à une réalité que l’on voit pourtant, l’indifférence, la neutralité en somme. Mais qu’est-ce que la neutralité ?

Au cours du 33eme congrès de  Conférence internationale des barreaux de tradition commune  (CIB) tenu à Lausanne en suisse du 5 au 8 décembre 2018, Jacques Moukanga, avocat du barreau de Lubumbashi en République démocratique du Congo a essayé de démontrer que la neutralité est simplement  une lâcheté, qui n’est pas sans conséquence d’ailleurs. L´important, dit-il, ce  n´est pas d´être neutre ou pas, pour savoir si on est sage ou lâche, l´important c´est de savoir pourquoi on est neutre ou pourquoi on ne l´est pas, derrière une attitude il y a toujours des raisons qui nous poussent à agir ou pas. Parmi ceux qui gardent leurs points de vue pour eux, il y a beaucoup de gens qui le font pour ne pas blesser, ne pas vexer, bref ils font ça pour que ça ne leur retombe pas dessus après. Parmi ceux qui gardent les choses pour eux, il y a aussi une partie  qui le fait par sagesse parce qu´ils considèrent vraiment que c´est la bonne attitude à avoir.

Dans le développement il dit « on nous a vanté les vertus de la neutralité, qu’elle est la sagesse de la prudence ou la prudence de la sagesse, qu’elle préserverait de la vengeance, de l’affrontement, qu’elle garantirait la paix républicaine, on a même soutenu que la neutralité serai gage de crédibilité, mais à dire vrai, toute neutralité cache une lâcheté qui a honte à s’avouer. Si la neutralité empêche d’affronter le chaos de l’affrontement, elle permet à l’injustice de prospérer. Quand vous être neutre dans une situation d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur, car la neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. La neutralité a engendré la langue de bois, ce patois de politiciens et des technocrates irrésolus, des lâches qui effraient l’opinion publique, en disant aux uns vous avez raison, et aux autres vous n’avez pas tort. »Il conclut en rappelant que Dieu même a horreur la neutralité, quand il dit dans la bible à Apocalypse chapitre 3 verset 16 « parce que tu es tiède, tu n’es ni bouillant ni froid, je te vomirai »

En définitive, Le pays ne peux fonctionner, se développer et garantir à ses filles et fils des meilleures conditions de vie, si l’on ne sort pas de cette coquille de « on va faire comment » dans laquelle l’on semble enfermé, et dont chacun en a fait une zone de confort.

Roland TSAPI

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