Endettement : le Cameroun resserre la corde de l’esclavage à son cou

Le niveau d’endettement du pays, les caisses  désespérément vides et la gabegie entretenue au sommet, a fini par mettre le pays aux enchères sur la place financière internationale

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L’image simplifiée de ce qui arrive au Cameroun est celle-ci : le père d’une famille avait déjà beaucoup de dettes à payer, et devait verser un montant précis à la banque chaque mois. Il est venu voir le banquier pour lui expliquer que les enfants sont malades à la maison, et que si rien n’est fait, cette maladie va contaminer tous les autres membres de la famille. Le banquier, pris de pitié, est d’abord allé négocier avec celui à qui le père devait payer de l’argent, afin qu’il accepte de différer le paiement en attendant que le père fasse face à la maladie. Il a en plus donné de l’argent au père afin de l’aider à acheter tout ce dont il avait besoin pour soigner les enfants, protéger les autres contre la maladie et continuer à donner la ration à la maison, aider ceux qui à cause de la maladie ne sont pas allé travailler comme d’habitude, et surtout faire en sorte que cette maladie n’aggrave pas la situation déjà pas bonne de toute la famille. Le père de famille a donc cessé de payer les dettes, ce qui lui faisait quelques économies, il a aussi reçu de l’argent du banquier, ce qui devait augmenter ce qu’il économisait déjà en ne payant plus les dettes. De retour à la maison, il a donné à chaque enfant une partie de l’argent à gérer, chacun devait s’occuper de quelque chose de précis. 6 mois après, le banquier veut faire les comptes. Le père commence à chercher les factures, fouiller ses poches pour voir ce qu’il y a dedans, demander où est passé le carton qu’il a laissé au magasin, mais comme dans toute bonne maison où règne le désordre, chaque enfant répond qu’il ne sait pas, personne n’a rien touché, personne n’a rien vu non plus. Certains répondent qu’ils n’avaient même pas touché de l’argent qu’on leur avait donné. Le père voit pourtant que pendant ce temps certains enfants ont acheté des voitures, changé de mode de vie, épousé d’autres femmes, construit de nouvelles maisons. Il avait pourtant promis au banquier d’être sage, qu’il allait utiliser cet argent avec beaucoup de rigueur et qu’il lui rendra fidèlement compte.

Le Fmi augmente les dettes….

Le communiqué de presse numéro 20/168 du Fond monétaire international, renseigne que le 17 avril 202O, Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international avaient invité les dirigeants africains, leurs partenaires bilatéraux et les institutions multilatérales à donner une plus forte impulsion à la riposte face à la COVID-19 dans les pays africains. Le Président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, et des représentants des pays avaient présenté leurs plans pour un usage efficace des ressources, les organisations multilatérales, parmi lesquelles les Nations Unies, s’étaient engagées à continuer d’apporter leur aide et les partenaires bilatéraux ont souligné de nouveau leur engagement à accorder un moratoire sur la dette à compter du 1er mai 2020. Cela faisait suite aux appels lancés par le Président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, la Directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, et d’autres partenaires pour que les créanciers suspendent les remboursements de la dette afin d’offrir une aide indispensable aux pays les plus pauvres. Ensemble, les créanciers officiels avaient mobilisé des ressources à hauteur de 57 milliards de dollars en faveur de l’Afrique pour la seule année 2020, y compris, pour chacun, plus de 18 milliards de dollars du FMI et de la Banque mondiale, afin de fournir des services de santé de première ligne, d’aider les populations pauvres et vulnérables et de maintenir les économies à flot face au pire ralentissement de l’économie mondiale depuis les années 30.

Dans un autre communiqué de presse, celui numéro 20/265, Le FMI informait que le 4 mai 2020, il avait approuvé un décaissement de 226 millions de dollars, soit 121 milliards 596 millions 68 mil 200 franc cfa, au titre de la facilité de crédit rapide (FCR) pour aider les autorités camerounaises à répondre aux besoins urgents de financement de leur balance des paiements dus à la pandémie de COVID-19 et aux chocs sur les termes de l’échange provoqués par la chute brutale des prix du pétrole. L’institution monétaire avait également approuvé la demande que les autorités avaient présentée en vue d’une prolongation jusqu’au 30 septembre 2020 de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), qui devait expirer le 25 juin 2020, et d’un rééchelonnement de l’accès aux ressources dans le cadre de cet accord.

Pour mieux affaiblir

Le Minfi Louis Paul Motaze continue à négocier

Un an après, l’économiste Dieudonné Essomba, qui rappelle que le Fonds monétaire international n’est pas là pour contempler le beau paysage du Cameroun, explique en termes simples : « l’amateurisme, la condescendance, l’imposture et la désinvolture ont ramené la Cameroun à la même situation qu’en 1987, quand il était devenu incapable de régler ses dettes. Et comme d’habitude, le FMI arrive pour jouer le rôle d’interposition entre nous et nos créanciers. Cela signifie que le FMI rembourse notre dette à notre place, ce qu’on masque sous le terme technique de « financement du remboursement de la dette ». Nous ne devons donc plus payer la dette aux gens qui nous ont donné l’argent et qui sont impatients de récupérer leur dû, mais désormais au FMI. Le rachat de nos dettes par le FMI a 3 avantages : les échéances de remboursement sont décalées dans le futur, les taux d’intérêts sont faibles, une partie de la dette peut être annulée. Mais ces services du FMI ont une terrible contrepartie : l’ajustement structurel. En effet, le FMI part du principe que si le Cameroun se retrouve en cessation de paiement, c’est bien parce qu’il a mené une très mauvaise politique et qu’il vivait au-dessus de ses moyens. le FMI viendra lui imposer des mesures qui le contraignent à vivre en fonction de ses moyens, comme la privatisation, la baisse des salaires, la compression des effectifs ou la dévaluation (…) En conséquence, ce n’est plus aux étrangers impatients que nous devons l’argent, mais désormais au FMI, à qui nous devons désormais totale obéissance, comme un toutou qui frétille sa queue devant son maître, mendiant un regard de reconnaissance. »

En d’autres termes, plus que jamais, le Cameroun a resserré la corde de l’esclavage à son cou, comme le père endetté et mauvais gestionnaire, et le banquier est désormais en droit de venir chez lui prendre femmes et enfants, le terrain et tout ce qu’il y au-dessus comme en dessous, sans qu’il n’ait un mot à dire, si oui « merci ». Pas étonnant que les terres soient bradées à tour de bras, et que toutes les ressources du pays prennent la route de la mer, avec la bénédiction des autorités.

Roland TSAPI

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