Emancipation de l’Afrique : L’espoir Gbagbo

La cabale pour diaboliser et éloigner du pouvoir l’ex président ivoirien qui s’est illustré pour son combat contre l’impérialisme, a été rattrapée par les faits. Parti du pays comme un vulgaire bandit, il est revenu blanchi comme un messie

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 « Je suis heureux de retrouver la Côte d’Ivoire et l’Afrique », cette phrase compte parmi les premières prononcées par Laurent Ngabo le 17 juin 2021, à son arrivée à Abidjan, alors que des milliers de populations étaient mobilisés pour l’accueillir, comme un messie. Un retour dans des conditions complètement à l’opposé de celles dans lesquelles il avait quitté le pays il y a 10 ans, le 30 novembre 2011, embastillé comme un criminel. Le pouvoir judiciaire lui avait collé tous les maux derrière le dos, suffisamment pour qu’il soit présenté au monde entier comme un monstre. Le 11 avril 2011 en effet, après dix jours de combats à Abidjan et de bombardement de la résidence présidentielle par les forces spéciales françaises de la Force Licorne et l’ONUCI, Laurent Gbagbo était arrêté en compagnie de son épouse Simone par les forces d’Alassane Ouattara. Il avait été placé en état d’arrestation à l’hôtel du Golf, et pour l’éloigner d’Abidjan et de ses partisans, il fut transféré  à Korhogo dans le nord du pays, parti du territoire que  les rebelles avaient envahie depuis sa prise du pouvoir 10 ans plutôt et qui lui était resté hostile, et assigné à résidence. Le même sort sera réservé  à son épouse quelques jours plus tard, placée à son tour en résidence surveillée à Odienné, une autre localité du nord ivoirien. Il était resté dans ces conditions pendant 4 mois, le temps que l’on trouve les charges contre lui et que les preuves soient préparées aussi. Le 18 août 2011, il est inculpé et placé en détention préventive pour crimes économiques, les chefs d’accusation retenus contre lui étant le vol aggravé, le détournement de deniers publics, la concussion, le pillage et atteinte à l’économie nationale. Ce qui permit de justifier sa détention pendant 8 mois.  

Diabolisation

Mais l’accusation de grand bandit ne suffisait pas, il fallait trouver quelque chose de plus lourd, et la Cour pénale internationale fut mise à contribution. À partir du 30 novembre 2011, il est inculpé par cette juridiction comme co-auteur de quatre chefs d’accusation: meurtres, viols et violences sexuelles, actes de persécution et autres actes inhumains. Embarqué à la tombée du jour avec un mandat émis 7 jours plus tôt, Gbagbo atterrissait nuitamment à Rotterdam, la capitale des Pays Bas, avant de se voir transférer par voie routière  au centre de détention de la Cour pénale international, logé dans le quartier balnéaire de Scheveningen. Le journal français l’Express publiait un article ce 30 novembre 2011 qui disait : « Au fond, Dominique de Villepin avait vu juste. En janvier 2003, à l’apogée de la tension entre Paris et Abidjan, “DDV”, alors ministre des Affaires étrangères, avait apostrophé ainsi Laurent Gbagbo dans les coulisses de la conférence de Kléber: « Toi et ton épouse Simone, vous finirez à La Haye » La prophétie s’accomplissait donc. Le procès de Laurent Gbagbo, conjoint avec celui de Charles Blé Goudé son ministre de la Jeunesse, s’ouvre à La Haye le 28 janvier 2016. Pour ce procès, le pouvoir d’Alassane Ouattara avait mis les moyens en jeu pour préparer pas moins de 80 témoins, qui devaient aider à le charger.  Mais d’après Le Monde diplomatique  dans son édition du 1er décembre 2017, « aucun des quatre-vingt témoins de l’accusation n’a apporté d’éléments probants sur l’existence d’un plan commun et sur la culpabilité de l’ancien chef d’État ivoirien. Leurs propos ont été soit confus, soit contradictoires, et de nombreux témoignages ont tourné à l’avantage des accusés » 

En plus des accusations de crime contre l’humanité et de génocide qui l’ont conduit à la cour pénale internationale, la machine judiciaire avait été également mise en branle en Côte d’Ivoire même, où tout était bon à lui coller sur le dos pour justifier le discrédit et la diabolisation. Le 18 janvier 2018, alors que les témoins à la Cour pénale internationale étaient de plus en plus coincés, l’ex-chef de l’État ivoirien et trois de ses ex-ministres, dont son ancien Premier ministre Gilbert Aké N’Gbo, avaient été condamnés par la Cour d’assise d’Abidjan à 20 ans de prison et 329 milliards FCFA d’amende, dans l’affaire du « braquage » de l’Agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale ivoirienne. Pour bien montrer qu’il s’agissait juste d’alourdir le dossier Gbagbo, la Cour n’avait pas délivré de mandat de dépôt pour les deux accusés présents ce jour-là et ils sont rentrés libres chez eux, mais un mandat d’arrêt international avait été lancé contre lui qui était déjà retenu à la prison de la Haye. Comme pour dire que si l’on ne réussissait pas à le salir à la Cpi il ne devait pas échapper à la cabale locale.

Le crime panafricaniste

Laurent Gbagbo, en entrant à la prison de la Haye, avait allongé la liste des ex-chefs d’Etat poursuivis pour crimes contre l’humanité. Avant lui, le Serbe Slobodan Milosevic, le Libérien Charles Taylor et le Tchadien Hissène Habré avaient aussi fait face à des juges internationaux pour des crimes de masse. Le premier était décédé en prison avant le verdict, le second avait été condamné à cinquante ans de prison, qu’il purge aujourd’hui au Rwanda. Le troisième a été condamné à la prison à perpétuité à Dakar en 2017. Laurent Gbagbo quant à lui est ressorti libre, les mains hautes et acclamé par la foule. Toutes les accusations montées depuis 2011 contre lui se sont écroulées progressivement comme un château de cartes.

Que lui reprochait-on en réalité ? Juste d’oser penser le bien-être des Ivoiriens et lutter pour une indépendance véritable de l’Afrique. Ils lui reprochaient la même chose qu’à Thomas Sankara au Burkina Faso, qu’a Mohammar Khadafi en Libye pour ne citer que ces derniers. Leur crime commun étant de combattre l’impérialisme et de vouloir donner plus d’autonomie à l’Africain, lui permettre de vivre de ses ressources et éviter que les richesses du sol africain ne soient plus pillées dans le sang et la douleur des Africains. Pour cela il fallait les mettre hors d’état de nuire. Mais comme dit un adage, « il y a des moments dans la vie où on est appelé à courir, même si l’on n’a rien à rattraper. Mais quelle que soit la vitesse de notre course, la vérité finira toujours par nous rattraper. » Le retour libre de  Gbagbo est la preuve qu’il y a de l’espoir pour l’Afrique.

Roland TSAPI

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