Elections partielles : reprise dans les mêmes conditions de température et de pression

Le scrutin du 9 février 2020 a  été annulé dans 11 localités des régions en crise, il va être repris dans les mêmes conditions, qui ne garantissent  pas une élection juste et transparente. Et pourtant il va être repris

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  Le 6 mars 2020, le président de la République Paul Biya, a signé un décret convoquant pour le 22 mars 2020 les électeurs pour les législatives partielles dans les circonscriptions de Menchum Nord et Sud, Mezam Nord, Centre et Sud, Bui Ouest, Centre et Sud,  Momo Est et Ouest  dans la région du Nord-Ouest et du Lebialem dans le Sud-Ouest.  Le Conseil constitutionnel avait annulé le 25 février 2020  les élections du 9 février dans ces circonscriptions, suites aux recours introduits par le Social democratic front pour diverses irrégularités. Les avocats du Sdf avaient fait valoir que la situation sécuritaire a entaché le processus électoral. Ainsi les élections n’ont pas eu lieu dans certaines localités où les populations craignaient pour leur vie, surtout qu’à la veille les sécessionnistes avaient lancé un mot d’ordre de boycott assorti des  menaces sur les personnes qui sortiraient pour aller voter. Le Sdf avait  également pointé un doigt accusateur sur Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation des élections, d’avoir «violé le code électoral en regroupant plusieurs bureaux de vote dans des centres de vote », rendant ainsi difficile l’identification des bureaux de vote par les électeurs. Ce que les avocats d’Elecam n’ont pas nié, en expliquant qu’à cause des exigences sécuritaires imposées dans ces deux régions anglophones, il a plutôt été créé de nouveaux bureaux pour que les électeurs puissent voter en toute quiétude, loin des représailles et des mouvements de groupes armés sécessionnistes.

Tous d’accords sur l’irrégularité

Tous étaient donc d’accord sur le fait que l’insécurité prévalait dans ces circonscriptions. Et il n’est pas anodin de remarquer que toute la ville de Bamenda est concernée par cette annulation. Si donc dans la capitale régionale, où vivent le gouverneur et toutes les autres hautes autorités de la ville, et qui bénéficient de plus fortes mesures de sécurité, les élections n’ont pas pu se tenir en toute quiétude, l’on imagine que dans les localités reculées  où les sécessionnistes se meuvent avec plus d’aisance, il devait être plus difficile de conduire les opérations de vote. Pourtant, avant les élections, les 7 et 8 janvier 2020 respectivement, deux contingents de 350 gendarmes chacun avaient été envoyés à Buea et Bamenda les deux capitales des régions en crise, officiellement pour renforcer la sécurité des populations et permettre que les élections se déroulent normalement. Le problème n’a visiblement pas été résolu, pour que le Conseil constitutionnel en arrive à s’appuyer sur les raisons d’insécurité avancées par le Sdf pour annuler les élections dans certaines circonscriptions. Cette annulation  donnait en même temps à Elecam, d’après l’article 135 alinéa 2 du code électoral, un délai de 20 jours au moins et 40 jours au plus, à compter de la date de l’annulation, pour organiser les élections partielles. Le président de la république est resté dans ce délai, en convoquant le corps électoral pour le 22 mars 2020.

Mais le problème est que la situation qui a amené à l’annulation des élections ne s’est guère améliorée entre temps, elle s’est empiré au contraire. Le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji avait assuré avant les élections que la situation sécuritaire était désormais sous contrôle dans les deux régions, le Conseil Constitutionnel a dit autre chose en annulant les élections partiellement dans ces régions, et les faits récents montrent davantage que les déclarations du ministre étaient très loin de la réalité, et que le fossé se creuse plus profondément chaque jour qui passe. Le 8 mars 2020, en pleine célébration d’un événement officiel, les sécessionnistes ont  porté l’attaque jusque devant la tribune où le gouverneur de la région faisait son discours. L’attaque est désormais frontale, les hostilités sont portées au cœur même de la ville et en plein jour, on en est arrivé à ce que les autorités administratives et les forces de défenses soient ouvertement narguées par des sécessionnistes qui montrent encore plus des signes de détermination.

attaque à Bamenda le 8 mars

De mal en pis

Dans des conditions pareilles, les élections partielles vont elle se tenir ? Les bureaux de vote déplacés vont-ils être remis à leurs emplacements initiaux, les salles de classes devant servir de ces bureaux de vote, qui avaient été détruites, ont-elles été reconstruites entre temps ? Qu’est ce qui a concrètement changé positivement pour que les élections soient reprogrammées ? Les faits démontrent qu’on a plutôt reculé depuis lors. Et avec un regard plus détaché, l’on voit bien que la décision du Conseil constitutionnel d’annuler partiellement les élections dans ces circonscriptions, était une façon pour lui de dire au gouvernement que ces élections n’auraient même jamais dû se tenir. Encore qu’il ne s’est prononcé que sur des cas pour lesquels il a été saisi, c’est dire que si le Sdf ou tout autre parti politique en compétition dans ces deux régions avaient eu les moyens matériels, humains et financiers pour introduire des recours en annulation dans toutes les circonscriptions des deux régions, il est fort probable que l’annulation les aurait concerné toutes également, car personne ne peut dire la main sur le cœur, que les élections du 9 février 2020 se sont déroulées dans des conditions de sécurité minimales, dans des localités où les écoles ont été détruites, les antennes d’Elecam mis à sac et des populations déplacées. Et comme disent les scientifiques, dans les mêmes conditions de température et de pression, les mêmes causes produisent les mêmes effets. On peut même dire que  les partielles du 22 mars produiront des effets pire, la situation étant elle-même devenue pire. Devant l’obstination de l’Etat à tenir les élections dans ces conditions, on se seraient même attendu à ce que les partis en lice, le Rdpc et le Sdf, et accessoirement le Bric, l’Udp et l’Opdc prennent leur responsabilité, mais comme dans un camp comme dans l’autre l’on veut être député à tout prix, il n’est pas impossible que des arrangements puissent se faire, les partis pourront arriver à une sorte de gentlemen agreement qui évitera que ne se reproduise cette situation de honte, pourvu que chacun tire son épingle du jeu en sauvant quelques sièges…dans l’applaudimètre national

Roland TSAPI

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