Elections locales 2020 : les partis à l’épreuve de la campagne électorale

Le début de la campagne électorale montre une fois de plus que l’organisation des élections et la participation, du côté de l’administration comme de celui des partis politiques reste une gageure, le chemin reste long pour une offre acceptable

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La campagne électorale pour les élections législatives et municipales du 09 février 2020 a été officiellement lancée le 25 janvier 2020 sur l’étendue du territoire national. Le mot campagne étant compris ici, non pas comme une zone rurale qu’on oppose à une zone urbaine, mais  comme une opération programmée de communication politique. La campagne électorale est ainsi la période qui précède une élection, durant laquelle les candidats et leurs partisans font leur promotion afin de récolter le plus grand nombre possible de voix.

En dehors de la loi

Le Code électoral camerounais réglemente la campagne électorale à l’article 93.- «  (1) Pendant  la campagne électorale, des  réunions ayant pour but d’expliquer et de commenter à l’intention  des électeurs les programmes et les  professions de foi, peuvent être organisées par les partis politiques en  compétition, ou par les candidats et leurs représentants. (2)  A cet  effet, le mandataire de chaque liste ou autre représentant de chaque parti politique ou candidat ayant l’intention d’organiser des réunions électorales, dépose auprès des autorités administratives et des démembrements territoriaux d’Elections Cameroon, son calendrier de réunions, afin que des dispositions soient prises pour assurer le maintien de l’ordre public. (3)  A défaut d’un calendrier de réunion, toute réunion publique organisée à cet effet doit être déclarée à l’autorité administrative et aux démembrements territoriaux d’Elections Cameroon, au moins  vingt-quatre (24) heures à l’avance, avec mention de l’heure et du lieu de sa tenue. »

Dans le principe les partis politiques devraient se conformer à cette loi, ne serait-ce que par décence et par respect vis-à-vis des électeurs dont les suffrages sont sollicités. Mais pour les programmes de campagne par exemple, il est difficile d’en avoir un auprès d’un parti politique. Les médias désireux de couvrir ces campagnes l’ont appris à leurs dépens depuis le 25 janvier 2020. Et quand un parti politique ou un candidat est incapable de communiquer un planning de campagne lisible aux médias, cela va de soi qu’il n’a rien déposé auprès  des autorités administratives et des démembrements d’Elections Cameroon, comme l’exige la loi. Cela peut sembler anodin, mais cette attitude est révélatrice du type de politique qui continue d’être menée au Cameroun, fondée essentiellement sur  la triche.

Sur le terrain, les affiches de campagnes se font dans une cacophonie indescriptible, malgré les dispositions de l’article 91 du Code électoral, qui précise à l’alinéa 1 «  des  emplacements sont réservés par les municipalités  à la demande d’Elections Cameroon, pour  l’apposition des affiches et du matériel de campagne de chaque candidat ou liste de candidats. (2)  Tout affichage public, même par affiche timbrée, relatif à l’élection, en dehors de ces emplacements, est interdit, aussi bien pour les candidats que pour tout autre personne ou  groupement. »  Et toute cette cacophonie se fait sous l’œil impuissant de Elections Cameroon, qui devrait d’après l’alinéa 5 du même article, faire  procéder à l’enlèvement  des affiches apposées irrégulièrement.

Impréparation

La campagne est donc ouverte depuis 48 heures, à la camerounaise bien sûr. Elle a une fois de plus laissé voir le niveau d’organisation des partis politiques, en deçà de la moyenne. Une impréparation imputable à tout, mais surtout à l’incapacité de ces formations politiques à anticiper. Il faut noter qu’ailleurs, pendant que les autres ont fait de la politique un métier, au Cameroun elle est encore une activité de temps perdu, et à temps perdu. Pas de programme de campagne, pas de programme de passage dans les médias. Certains candidats sont surpris que les médias les sollicitent alors qu’en réalité ils devraient sauter sur l’occasion, mais ils trouvent encore le moyen de se débiner. Ce qui dénote tout simplement d’un manque d’assurance et de conviction. Sous d’autres cieux, à la veille de la campagne, les salles de rédactions sont inondées des communiqués et programmes des candidats, à plus forte raison quand il s’agit des élections locales. Mais au Cameroun, tous les partis politiques continuent de jongler sur tout, avec tout le monde. Ils jonglent avec l’administration, ils jonglent avec la loi, ils jonglent avec les électeurs, ils jonglent avec eux-mêmes.

Inquiétude

Et il y a là de quoi s’inquiéter, car on ne peut pas vouloir le bien-être des populations et commencer par ne pas respecter le minimum au moment où l’on les sollicite pour avoir le mandat. Le paradoxe dans cela est qu’ils arrivent tout de même à gagner des hommes et femmes à leurs causes. En mars 2014, Le politologue Alexandre Vatimbella publiait dans le journal français le Figaro, une réflexion sur la campagne électorale, intitulée « Pourquoi les électeurs préfèrent les menteurs. » Pour lui, la campagne électorale n’est autre chose qu’une opération de duperie, et en toute honnêteté intellectuelle, il est tout aussi important de condamner les menteurs que de fustiger ceux qui veulent bien les croire alors qu’ils savent qu’ils mentent. Il se demandait pourquoi la  grande masse des électeurs ne croient plus au discours politique, se méfient des promesses et accusent les élus de mensonges tout en continuant, dans une sorte de duplicité idéologique, à mettre un bulletin dans l’urne en votant, de plus, pour le même camp qui vient pourtant une nouvelle fois de les décevoir.

Il est évident qu’aucune loi, aucun serment sur l’honneur ne permettront de faire de tous les politiques des personnes respectueuses des citoyens, mais il appelait les populations « non seulement à ne plus gober les promesses intenables et les discours démagogiques qu’elles savent tels,  mais également à ne plus s’en remettre à ceux qui les tiennent en les élisant ou en leur faisant confiance les yeux fermés. » Pendant la campagne électorale donc, les populations devraient, au-delà des apparences  que leur miroitent les candidats, rester vigilantes, exigeantes mêmes. Parce qu’en fin de compte elles n’auront que les hommes politiques qu’elles méritent. Des hommes politiques respectueux des lois, ou fossoyeurs des lois.

Roland TSAPI

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