Education : zones rurales, l’urgence d’agir

Les conditions dans lesquelles les élèves vont à l’école en zone rurale sont médiocres, l’absence du matériel didactique vient s’ajouter à la vétusté des infrastructures  et au manque d’électricité nécessaire pour certaines formations. La qualité des enseignements en prend forcément un coup.

Des ordinateurs de cours dans une salle de classe d’une école publique au Cameroun

Dans un coin d’une salle de classe de l’école publique de Banefo par Bafoussam, sont posés deux écrans d’ordinateur à tube cathodique, hors d’usage. La maîtresse des lieux explique qu’elle les a ramenés de chez elle, au moins pour montrer aux élèves à quoi ressemble un ordinateur. « Il est prévu que les élèves aient les cours d’informatique depuis la section d’initiation au langage, ajoute-t-elle, mais l’école n’a pas d’ordinateurs, encore moins d’électricité. Donc s’il y avait même un ordinateur on ne pourrait l’allumer. Ces écrans ci, on les promène de salle de classe en salle de classe quand il est l’heure d’informatique. » Les élèves de cet établissement scolaire public n’ont donc droit qu’à une vague image d’un écran d’ordinateur obsolète, comme cours d’informatique.  Il en est ainsi pour tous les niveaux confondus jusqu’au Cours moyen deuxième année, où les élèves sont soumis à l’examen national d’obtention du Certificat d’étude primaire et élémentaire, au même moment que les élèves du même niveau des écoles primaires en zones urbaines, qui bénéficient du meilleur encadrement dans les établissements privés surtout. Le cliché de l’école publique de Banefo n’est pas isolé. A Fotsem Lessing, dans le groupement Foréké arrondissement de Dschang, il existe depuis 7 ans un Collège d’enseignement technique industriel et commercial (Cetic), créé par décision n° 441/15/Minesec/Cab du 13 août 2015, signé du ministre Louis Bapes Bapes. Cet établissement scolaire ouvre en 2016 et forme dans 03 spécialités, Employé des Services Comptables (Escom), maçonnerie (Maco) et Electricité d’Equipement (Eleq). 7 ans après, cet établissement qui forme les apprenants en électricité n’a pas d’électricité. Les cours d’informatique, incontournables ici, se font dans les locaux d’une école plus rapprochée du centre et bénéficiant d’un branchement électrique. Ces élèves, formés eux aussi dans des conditions drastiques, sont soumis à la fin de la 4eme année, aux mêmes épreuves écrites et pratiques que les élèves des établissements de même catégorie en villes, qui elles bénéficient du minimum. Dans toutes les régions du pays on trouverait des situations similaires, où l’éducation offerte est au rabais, dans des conditions à la limite inhumaines, et surtout cette situation dure dans le temps. Les premières années de création d’un établissement comme le Cetic, l’on peut encore évoquer la nouveauté du projet pour justifier l’absence du minimum pendant un an ou deux, mais 7 ans après la création d’un établissement public supposé former des électriciens, qu’on n’ait pas consenti le minimum pour y construire un réseau électrique, repose la question de l’importance accordée à l’éducation et à la formation.

Le système crée ainsi des enfants mentalement hybrides, qui savent qu’ils ont été admis au concours d’entrée en 6eme, même avec 1 de moyenne, mais qu’ils ont échoué au Cep avec 3 de moyenne. Le sens des notes ne les intéresse pas. Ce qu’ils retiennent surtout c’est que le système les a empêchés d’être collégiens et continuer l’école, la frustration s’installe et le pas vers le décrochage est vite franchi. Une porte ouverte vers l’oisiveté qui rapproche de nous l’ennui, le vice et le besoin, auxquels il faut ajouter la délinquance, la drogue et l’insécurité.

Négligence

Salle de classe de l’école publique de Banefo Bafoussam

Le droit à l’éducation est consacré par la déclaration universelle des Droits de l’homme, et repris par le préambule de la constitution du Cameroun. Droit à l’éducation, ne veut pas dire droit à la création d’une école ou d’un collège, mais consiste surtout à veiller à ce que ces écoles fonctionnent de manière optimale, et que leur création réponde effectivement à une demande dictée par la démographie, plutôt au besoin des hommes politiques soucieux de prouver leur existence pour s’attirer des faveurs électorales. La conséquence de la négligence des structures scolaires en zone rurale, est la piètre qualité de l’enseignement qui éloigne finalement l’école de sa sacro-sainte  mission de former un esprit sain dans un corps sain. L’opinion se rappelle encore ce résultat du concours d’entrée en 6eme du Ces d’Ekekam II dans le département de la Lekié, région du Centre, rendue public le 23 mai 2022. 20 candidats admis et classés par ordre de mérite, le premier avec 7,1 de moyenne et le dernier avec 1,3 de moyenne. Une situation qui crée un problème immédiat. En classe de première année de notre  Cetic de Fotsem Lessing, témoigne un enseignant, la liste officielle comporte les noms de beaucoup d’élèves admis au concours d’entrée, sans doute dans les mêmes conditions que ceux du Ces d’Ekekam II, mais qui ont été obligés de reprendre la classe de Cm2 faute d’avoir obtenu le Cep. Une enseignante expliquait qu’en zone rurale, on est obligé de faire passer les élèves au concours d’entrée en 6eme avec des notes pareilles, pour les attirer vers l’école d’abord et parce qu’ensuite on ne va pas laisser les classes de 6eme vides. Mais le Cep qui est un examen national et une condition pour amorcer le secondaire, ne s’encombre pas des considérations locales, et malgré l’harmonisation des notes, la direction des examens et concours ne peut se permettre de descendre en deçà d’un certain seuil pour harmoniser les admissions avec celles accordées pour ces concours d’entrée en 6eme ou en 1ere année. Le système crée ainsi des enfants mentalement hybrides, qui savent qu’ils ont été admis au concours d’entrée en 6eme, même avec 1 de moyenne, mais qu’ils ont échoué au Cep avec 3 de moyenne. Le sens des notes ne les intéresse pas. Ce qu’ils retiennent surtout c’est que le système les a empêchés d’être collégiens et continuer l’école, la frustration s’installe et le pas vers le décrochage est vite franchi. Une porte ouverte vers l’oisiveté qui rapproche de nous l’ennui, le vice et le besoin, auxquels il faut ajouter la délinquance, la drogue et l’insécurité.

L’urgence d’agir

L’enseignante expliquait que faire passer les enfants avec des notes ridicules, venait de l’idée de les flatter pour qu’ils viennent à l’école, sous-entendu qu’elle n’attire pas. Comment d’ailleurs serait-elle attrayante quand elle est logée dans des abris de fortune que les intempéries érodent d’années en années dans l’indifférence totale ? Comment le serait-elle quand dans un lycée technique ou un collège d’enseignement technique, on enseigne l’électricité, sans électricité, comment le serait-elle si le cours d’informatique se résume à la présentation aux élèves d’un écran dépassé par le temps? Pour l’éducation en zone rurale, il y a plus que l’urgence…d’agir

Roland TSAPI

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