Education : rentrée 2021, l’administration « satisfaite » des dysfonctionnements

Alors que le mal est profond, le gouvernement fait la sourde oreille et ferme les yeux, les administratifs sur le terrain se disent satisfaits, pour un domaine qui brille qu’en surface

C’est reparti depuis le 06 septembre 2021 pour une nouvelle année scolaire au Cameroun. Comme les années précédentes, les autorités administratives sur l’étendue du territoire étaient sur le terrain, pour disent-ils vérifier l’effectivité du retour des enfants à l’école. Elles sont rentrées de ces tournées devenues des rituels annuels, en marquant leur satisfaction, laissant derrière elles une école camerounaise qui est à repenser, recadrer et réorienter dans l’ensemble. Quelques clichés :

Le premiers pas faussé

Une école maternelle du Cameroun

Commençons par les élèves de la maternelle, ceux qui font leurs premiers pas à l’école. Au Cameroun, le système éducatif est régi par la loi d’orientation de l’éducation numéro 98/004 du 14 Avril 1998. L’article 17 nous apprend que le premier niveau de l’enseignement est la maternelle, où l’enfant est admis à 4 ans et les études durent deux ans. Si dans les écoles maternelles publiques, des efforts sont encore fait surtout dans le système anglo-saxon, les écoles privées quant à elles ont entièrement refait la loi depuis des années. Elles admettent des enfants à partir de deux ans, poussées par l’appât du gain et par des parents qui, soit inventent l’intelligence de l’enfant, soit veulent s’en débarrasser pour courir après les vanités terrestres. Cette illégalité est désormais ancrée dans le système, où les écoles sont allées jusqu’à restructurer l’enseignement maternelle en trois : la petite section, la moyenne section et la grande section. Dans un document intitulé « Curriculum de l’enseignement maternel francophone camerounais » signé en 2018, le ministre de l’Education de Base Laurent Serge Etoundi Ngoa reprécise pourtant : « Conformément à la règlementation en vigueur, l’âge d’entrée à l’école maternelle est fixé à 04 ans révolus. Bien qu’il ne soit pas aisé d’établir un profil systématique de l’enfant de l’école maternelle, la mission assignée à cette institution par les instances internationales de l’éducation est triple: socialiser, scolariser, faire apprendre et exercer. Pour remplir ces missions et s’orienter résolument vers l’émergence du pays, le sous-système de la maternelle camerounaise s’engage à faire développer des compétences aux apprenants dont elle a la charge. » Aujourd’hui les données de l’éducation sont faussées dès la base, dès le plus bas âge, la réglementation en la matière a été mise de côté, et tout le monde s’en contente. Sur un autre plan, ces écoles maternelles sont aussi transformées en centres commerciaux où l’on trouve des magasins de stockage des papiers hygiéniques et des rames de papiers, tous les parents devant en fournir à l’inscription, sans qu’aucun compte ne leur soit rendu de l’utilisation à la fin, la chèvre doit bien brouter là où elle est attachée.

la gratuité de l’école primaire s’étant avérée une illusion, le secteur est devenu un milieu des affaires, au sens le plus capitaliste du terme.

Le deuxième pas « perdu »

Et à l’école primaire, où en est-on avec la gratuité ? Depuis le 10 février 2000, le président Paul Biya l’avait annoncée comme un cadeau à la jeunesse camerounaise. Les parents ne devaient plus payer dès la rentrée suivant les frais exigibles de 1500 francs. Suite à cette annonce, il y a eu la circulaire du 24 juillet 2000 portant organisation des modalités pratiques d’approvisionnement des écoles en matériel didactique et pédagogique. En fonction du nombre d’élèves, chaque école publique est supposée recevoir depuis lors à chaque rentrée scolaire un paquet minimum en fournitures, et un budget de 2500 F/élève est également versé à chaque école primaire publique. Dans les écoles où sont descendus les autorités administratives et les gouvernants le jour de la rentrée scolaire 2021, combien d’école primaires publiques avaient reçu ce paquet minimum, pour « démarrer sur les chapeaux de roues » d’après leur expression ? Et que dire du budget de fonctionnement ? Avec le temps, et pour ne pas mourir, les écoles primaires publiques ont chacune fixé le coût de sa gratuité, et il faut payer, au point où au Cameroun aucun parent ne peut dire avec exactitude ce qu’il débourse annuellement pour la scolarité de son enfant. Ce coût de la gratuité est dilué dans les frais d’Apee et d’autres frais subtilement imposés tout le long de l’année sous divers prétextes : journée gastronomique, photos, excursion, activités sportives, contribution pour X ou Y. Tout à côté dans l’enseignement primaire privé, c’est aussi une autre paire de manches. Hors mis les établissements huppés réservés à la classe sociale que les autres humains sont venus accompagner, les frais d’inscriptions seuls s’élèvent à 20 000 francs dans la majorité des cas, avec la première tranche de la scolarité exigible. Dans certains établissements, il est même imposé à l’inscription un livre extra programme appelé le « livre du maître », qui est présenté aux parents comme étant plus indispensable que les livres inscrits au programme. Bref, la gratuité de l’école primaire s’étant avérée une illusion, le secteur est devenu un milieu des affaires, au sens le plus capitaliste du terme.

Et plus regrettable encore, l’année scolaire 2021/2022 a démarré, sans que le problème des enfants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne soit résolu, sans qu’on ait des nouvelles des 5 fonctionnaires kidnappés dans une forêt d’Ekondo Titi le 15 juillet 2021. Elle est pourtant satisfaisante, pour eux.

Colère sourde

Pour ce qui est de l’enseignement secondaire, le privé est juste la prolongation du primaire, tandis que le public est en proie à tous les maux. Déjà, le parent d’un élève d’un établissement secondaire public, est devenu une vache à lait, qu’il faut traire jusqu’à la peau à travers les frais d’Apee en premier. Volontaire au départ, les chefs d’établissement imposent désormais l’adhésion et le paiement des frais d’Apee comme condition avant même de payer les frais exigibles. L’Etat demande à un élève de payer 7500 francs pour l’année scolaire, des privés lui imposent d’y ajouter jusqu’à 40 000 francs parfois, et le même état ne dit rien, si ce n’est pour conforter cette autre illégalité. La question est devenue épineuse, les Apee ont quitté les salles de classes pour se retrouver dans les tribunaux, sans que les pouvoirs publics ne lèvent le petit doigt, ni osent siffler la fin de la récréation. Les parents ont encore subi cette frustration en 2021, et ruminent en silence leur colère. Et plus regrettable encore, l’année scolaire 2021/2022 a démarré, sans que le problème des enfants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne soit résolu, sans qu’on ait des nouvelles des 5 fonctionnaires kidnappés dans une forêt d’Ekondo Titi le 15 juillet 2021. Elle est pourtant satisfaisante, pour eux.

Roland TSAPI

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