Education : quel système éducatif pour le Cameroun

L’orientation des programmes scolaires ne tient pas toujours comptes des besoins locaux en termes de main d’œuvre qualifiée

L’année scolaire 2021 tire à sa fin. Selon les statistiques de l’office du baccalauréat du Cameroun qui gère les examens probatoire et baccalauréat francophone, 115 447 candidats se sont présentés au baccalauréat de l’enseignement général, un chiffre en baisse par rapport à la session 2020, à laquelle il y avait 120 000 candidats. Les niveaux d’enseignement inférieurs présentaient des candidats aussi nombreux, et dans l’ensemble le constat est que l’enseignement général prime toujours sur l’enseignement technique au Cameroun, remettant au goût du jour la question essentielle, quel enseignement pour quel Cameroun ? Le pays doit se développer, et pour cela a besoin d’une main d’œuvre qualifiée, corollaire d’une professionnalisation de l’enseignement à tous les niveaux. Les politiciens sont unanimes là-dessus, mais d’années en années les politiques tardent à se mettre en place. Dans tous les coins du pays, un coup d’œil dans un arrondissement laisse constater que la prédominance des établissements secondaires d’enseignement général reste forte sur les établissements d’enseignement technique. Dans certains pays au monde où ce type de nécessité s’est fait sentir à un moment, les décisions ont été radicales pour renverser la tendance.

Dans le pacte colonial signé entre le Cameroun oriental et la France le 26 décembre 1959, le point 3 précise que la France devra orienter la détermination des programmes scolaires du Cameroun à tous les niveaux.

Exemple de l’Empire du milieu

En Chine, le président Deng Xiaoping, qui a dirigé le pays pendant 14 ans, de 1978 à 1992, avait littéralement réorienté l’éducation. Sous son règne, le régime politique avait ressenti la nécessité de développer la science, la technologie, les ressources intellectuelles et surtout l’éducation populaire afin de moderniser le pays. Les demandes en éducation se trouvèrent alors élevées, notamment dans les domaines des nouvelles technologies, des sciences de l’information et de l’administration, en raison de la réforme économique du pays. Le gouvernement percevait alors  des besoins importants en main-d’œuvre qualifiée afin de subvenir aux besoins de sa nombreuse population. En 1980 donc, la base du système scolaire avait évolué : le développement des attitudes et des connaissances politiques était mis au second plan, remplacé par la qualification en vue du marché du travail. Jusqu’à ce jour, les politiques d’éducation visent un système d’éducation universelle au primaire et au secondaire afin de rendre la main-d’œuvre plus qualifiée. Parmi les politiques éducatives, en 1985, le gouvernement chinois avait instauré une loi rendant obligatoire un minimum de 9 ans d’éducation pour tout le monde, une loi qui allait de pair avec la gratuité de l’éducation, pour que personne ne trouve de prétexte pour s’y soustraire. 20 ans après cette réforme de l’éducation, donnant la priorité à l’enseignement technique, la Chine s’était déjà repositionnée dans les années 2000 comme une puissance mondiale, et s’est mise à la conquête du monde, imposant partout où elle arrive son savoir-faire et sa technologie. Et ce n’est pas au Camerounais de la rue qu’on viendra dire cela, puisqu’il est menacé dans son existence immédiate par les ressortissants chinois qui bousculent tout.

L’urgence d’un saut qualitatif

Une université, pour la formation des chômeurs?

Dans le pacte colonial signé entre le Cameroun oriental et la France le 26 décembre 1959, le point 3 précise que la France devra orienter la détermination des programmes scolaires du Cameroun à tous les niveaux. Cela a été le cas jusqu’ici, avec des programmes complètement en inadéquation avec les besoins locaux. En 2013, avec l’appui de la fondation Friedrich Ebert Stifung de Yaoundé,  Cameroon Youths and student forum for peace, une organisation de la jeunesse, avait mené une étude au sein de la classe jeune sur la réforme éducative au Cameroun. Les résultats publiés en 2014 dans un document d’orientation intitulé la voix de la jeunesse : réforme du secteur de l’éducation en faveur de l’emploi des jeunes disent : « En ce qui concerne les réformes éducatives, 89% des enquêtés ont dit ne pas être satisfaits de celles menées jusqu’ici, notamment celles relatives à l’emploi des jeunes. Il est important de relever que les réformes initiées par le gouvernement dans le secteur de l’éducation ne sont pas en adéquation avec les exigences du marché de l’emploi. Le gouvernement camerounais devrait donc accélérer les réformes du secteur éducatif à tous les niveaux (du primaire à l’université) pour s’adapter au marché de l’emploi. A titre illustratif, de nos jours au Cameroun, très peu d’établissements scolaires fournissent de véritables cours d’informatique à leurs élèves. Bien que la plupart d’établissements disposent d’au moins un outil de formation en informatique, les TI utilisés sont en quantité insuffisante (que ce soit le nombre d’ordinateurs ou de formateurs). Ces établissements sont sous-équipés, avec de vieux ordinateurs qui ne servent pratiquement plus à rien. Il est grand temps d’investir dans le domaine informatique à tous les niveaux d’éducation afin d’élargir le champ de possibilités d’emploi des jeunes. » Ce qui était vrai hier l’est encore aujourd’hui. Les différents candidats aux examens, surtout ceux du baccalauréat de l’enseignement général attendent les résultats avec anxiété, pas toujours par peur de l’échec, mais surtout à cause de l’incertitude du lendemain. Plusieurs élèves ont souvent le sentiment d’être inutiles le lendemain de la proclamation des résultats, avec leur diplôme d’enseignement général, surtout quand ils voient les rares amis qui ont fait l’enseignement technique gagner déjà leur pain quotidien avec des petits travaux ou en proposant leurs services. Un jeune bachelier en enseignement général, que les parents envoient appeler un petit frère qui fait 4eme année électricité venir démonter une prise électrique contre paiement, a le sentiment d’avoir perdu le temps en effet. Même si cela n’est pas vrai dans l’absolu, le contexte actuel ; dominé par le chômage, commande que les programme scolaire épouse davantage les réalités locales et réponde aux besoins de la société. La chine l’a compris et l’a mis en application, cela a pris quelques années, mais les résultats sont là. Le Cameroun peut toujours briser le pacte colonial pour devenir maître de ses programmes scolaires, afin que les établissements secondaires et les universités ne soient plus des usines de production des chômeurs, obligés de se reconvertir dans l’informel, avec des métiers dont la plupart est source de désordre urbain

Roland TSAPI 

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