Education : Quel citoyen pour demain

La rentrée scolaire reste un rituel pratiqué de manière mécanique chaque année, sans vision claire du type de citoyen qu’on veut former pour le futur. Le peu d’éducation donné à l’école étant dilué par la suite par les déviances sociales

Les cours scolaires reprennent en République du Cameroun le 5 septembre 2022, occasion pour des centaines de milliers de petits enfants de faire leur premier pas à l’école. Rejoignant ainsi leurs aînés déjà embarqués depuis les années précédentes. Le gouvernement camerounais met un point d’honneur à ce que l’évènement soit réussi, sans que la question essentielle n’ait trouvé de réponse : quelle éducation pour quel citoyen de demain ? Beaucoup d’enfants qui s’embarquent sur le chemin de l’école suivent simplement un mouvement de foule, le gouvernement de son côté s’emploie à reprendre chaque année un exercice de routine, au cours duquel ministres, gouverneurs et préfets, chacun dans sa sphère de compétence, va faire le tour des établissements scolaires, pour « s’assurer de l’effectivité de la rentrée scolaire », et remercier à la fin « son excellence monsieur le président de la république pour sa volonté jamais mise en cause, qui ne lésine sur aucun moyen pour assurer une éducation de qualité aux Camerounais.» Dans bien de pays pourtant, qui se sont fixé des objectifs de développement à atteindre, l’éducation est devenue le pilier essentiel sur lequel les dirigeants s’appuient, et tous les secteurs d’activités sont formatés pour l’atteinte de cet objectif.  

C’est par une éducation fondée sur l’exemple que se transmettent les cinq vertus morales, piliers de l’établissement et du maintien d’une harmonie sociale respectueuse des relations hiérarchiques : ren (la bienveillance),  yi  (la droiture), li (la bienséance), zhi (la sagesse), xin (la loyauté). Cette éducation a comme idéal l’intégration sociale. Sa finalité première est de doter chaque esprit d’une conscience sociale développée et d’inculquer les codes qui, à travers le respect des aînés et la piété filiale, garantissent la stabilité sociale.

Exemple de la chine

Une école primaire de Dexing city, Shangrao city, east China’s Jiangxi province, 24 May 2019.

Un exemple qui ne ment pas est celui de la Chine, pays sous développé il y a moins d’un demi-siècle, aujourd’hui redouté de tous pour son agressivité économique, industrielle et militaire, qui s’est lancé à la recherche de l’espace vital partout sur le globe terrestre, et même la planète terre ne lui suffit plus, elle cherche l’espace sur la lune ou sur d’autres planètes. Son secret est simple, le pays s’imposé une vision et a réformé le système éducatif en fonction de cette vision. Dans un dossier consacré à la transition chinoise publiée dans la revue Transcontinentales en 2006, Michel Grenié et Agnès Belotel-Grenié  expliquent que la Chine a depuis fort longtemps accordé un rôle fondamental à l’éducation. L’éducation est depuis les Han un des fondements de l’ordre politique et de l’harmonie sociale. Confucius, qui a vécu de 551 à 479 av. J.-C. est sans doute celui qui a le plus marqué la pensée chinoise sur l’éducation. Ses enseignements insistent sur le besoin d’harmonie dans la société : vivre en harmonie avec les autres, aussi bien dans la famille – qui constitue le modèle naturel par excellence – que dans le reste de la société. C’est par une éducation fondée sur l’exemple que se transmettent les cinq vertus morales, piliers de l’établissement et du maintien d’une harmonie sociale respectueuse des relations hiérarchiques : ren (la bienveillance), yi (la droiture), li (la bienséance), zhi (la sagesse), xin (la loyauté). Cette éducation a comme idéal l’intégration sociale. Sa finalité première est de doter chaque esprit d’une conscience sociale développée et d’inculquer les codes qui, à travers le respect des aînés et la piété filiale, garantissent la stabilité sociale. Les maîtres de l’époque classique associèrent intimement réflexion sur l’art de gouverner et enseignement : Confucius, Mo Zi, Mencius, Xun Zi, Lao Zi, Zhuang Zi, Shang Yang et Han Fei ils fondèrent des écoles et eurent de nombreux disciples. Cela explique qu’enseignants et lettrés jouissent d’une place privilégiée vis-à-vis des gouvernants. En Chine, le système éducatif a une double mission politique : élever les qualités morales de la population et identifier les individus loyaux et talentueux aptes au service de l’État. Le système des concours mandarinaux fut en vigueur pendant près de mille trois cents ans et ne prit fin qu’en 1905 : son contenu et son organisation contribuèrent largement à renforcer le socle des valeurs confucéennes gages de l’unité de la société…Ce qui a contribué à mettre en place ce qui est aujourd’hui appelé « civilisation chinoise. » Les auteurs de cet article observent que  l’introduction récente du concept de « société socialiste harmonieuse » et le rappel de la nécessité de « promouvoir la morale au sein du peuple » montre la volonté des dirigeants chinois de penser la modernisation de leur pays à travers un retour à ses racines confucéennes, c’est-à-dire la primauté à l’éducation

Toutes les activités de la société sont devenues des niches de triche : la musique, le cinéma, la politique, l’économie, le commerce, la religion, les travaux publics, la culture, les concours officiels. Au bout du compte, il devient normal qu’un élève en classe de terminale ne sache pas ce qu’il fera après le baccalauréat, incapable de se faire une idée claire du chemin à prendre, dans ce nid de contre valeurs, en l’absence d’une politique éducative sans nuages.

Vision imprécise

une école au camerounaise: sans vision

La ligne conductrice de l’éducation reste peu lisible au Cameroun, pourtant longtemps réclamée par les pourfendeurs d’une réforme éducative complète, qui passera par les états généraux de l’éducation. Ceux qui conçoivent les programmes scolaires et inscrivent les livres, ne peuvent dire s’ils préparent un futur camerounais extraverti, ou profondément ancré dans sa culture, et le désordre qui règne dans le domaine est prémonitoire de la société de demain. Le manuel scolaire est supposé être unique, mais certains établissements privés imposent aux élèves d’autres livres  en plus. Le peu de morale, de loyauté, de respect, de bienveillance et de sagesse enseigné le jour à l’élève, est saqué le soir à la maison par une télévision avec des programmes qui échappent au contrôle gouvernemental, ce peu de valeur est complètement dilué et avalé par une société dans laquelle la corruption est devenue le mode de gouvernance, dans laquelle un ministre à qui la confiance a été placée pour assurer le bien-être des citoyens dans un domaine précis, peut détourner les milliards qui lui sont confiés, prendre la fuite et être rattrapé hors des frontières, être ramené au pays, faire une courte prison, être libéré après avoir remboursé, et être reçu à la présidence de la république le lendemain, quand des honnêtes citoyens cherche en vain à y être reçu. Toutes les activités de la société sont devenues des niches de triche : la musique, le cinéma, la politique, l’économie, le commerce, la religion, les travaux publics, la culture, les concours officiels. Au bout du compte, il devient normal qu’un élève en classe de terminale ne sache pas ce qu’il fera après le baccalauréat, incapable de se faire une idée claire du chemin à prendre, dans ce nid de contre valeurs, en l’absence d’une politique éducative sans nuages.

Roland TSAPI

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