Education : OTS et le double langage du gouvernement

Les enseignants du secondaire et du primaire font de nouveau planer une menace sur l’année scolaire 2022/2023, à cause des promesses non tenues du gouvernement. Les priorités semblent ne pas toujours être l’éducation, qui est pourtant le socle de tout développement durable.

La rentrée scolaire 2022/2023 au Cameroun sera retenue comme l’une des rentrées qui aura tenu le gouvernement en éveil, non pas pour les préparatifs habituels, mais à cause des menaces qu’auront fait planer sur elle les principaux acteurs de l’éducation. Le 15 août 2022, les mouvements d’enseignants du secondaire On a trop supporté (OTS) et du primaire On a trop attendu (OTA) ainsi que le Syndicat des enseignants camerounais pour l’Afrique (Seca) ont signé une lettre commune de «préavis de grève pour la rentrée scolaire», adressée au Premier ministre et au ministre des Enseignements secondaires. Ils annonçaient que si rien n’est fait pour la résolution des revendications des enseignants, « la grève débutera par le boycott de la rentrée scolaire 2022/2023, se poursuivra avec le boycott de l’Assemblée générale du premier trimestre et se perpétuera avec l’opération “Craie morte” ». Retour en arrière : depuis le 21 février 2022, ces mêmes acteurs avaient entamé un mouvement de grève sourde, invisible et rampante, qui a touché tous les coins du pays où la misère avait fait corps avec le corps enseignants. Les griefs étaient les mêmes qu’en août, 28 au total, parmi lesquels le  paiement de tous les rappels dû aux enseignants, la suppression pure et simple du système des 2/3 et 1/3 dans les avances de solde, l’automatisation des effets financiers ou encore la révision du statut spécial des enseignants.

Plus globalement, le Secrétaire général de la présidence de la République avait adressé le 9 mars 2022 une correspondance au secrétaire général des services du premier ministre, lui répercutant le « Très Haut Accord » du président de la république « pour la mise en œuvre urgente des mesures financières et administratives afin de répondre aux revendications formulées par les enseignants »,

Promesses

Début mars 2022, une concertation entre les parties avaient lieu à Yaoundé au cours de laquelle des promesses avaient été faites et des engagements pris pour la résolution des problèmes à court, moyen et long terme en fonction de la nature. L’intégralité des salaires devaient désormais être versé dès le mois qui suivait  à tous les enseignants concernés par la mesure.  Le  ministère des Finances (Minfi) s’était engagé à débloquer plus de  138 millions de francs cfa pour le paiement des indemnités de logement de 4 692 enseignants, et avait promis que le non-logement sera désormais payé automatiquement grâce à la mise à jour de l’application de validation par le groupe de Travail Minfi. Le Minfi promettait également de mettre à disposition plus de 2 milliards fcfa pour les mois d’avril et mai dans le but de payer les compléments de salaire, tout en reconnaissant que «la dette salariale côté Minesec, à la dernière évaluation de décembre 2020, s’élevait à 115,5 milliards fcfa», contrairement aux 180 milliards  avancés par les grévistes. Quant aux avancements, le Minfi faisait savoir qu’ils seront payés à partir du mois de juin sur le principe du First In, First Out (Fifo). Pour sa part, le ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative, pointé du doigt comme le cimetière des dossiers, expliquait que sur les 7 065 dossiers reçus entre le 14 et le 21 février, 1 829 dossiers d’intégration étaient en cours de traitement, 3500 dossiers d’avance de solde étaient déjà traités ainsi que 238 dossiers d’intégration. Côté ministère des Enseignements secondaires, le ministre Nalova Lyonga affirmait  avoir reçu « 5 642 dossiers de prestations familiales : 2 642 traités et prêts pour paiement ; 3 000 dossiers incomplets renvoyés à la relance pour complétude ». De même, 120 000 Arrêtés d’avancements devait  être transmis au ministère des finances pour évaluation au plus tard le 10 mars 2022. Il a également été décidé la suppression du système des 2/3, la prise en charge partielle et la « vérification circonstanciée au cas par cas et des paiements des rappels dus aux enseignants au titre des non-logements, compléments de salaire, avancements et autres actes de carrière » Bref, plus globalement, le Secrétaire général de la présidence de la République avait adressé le 9 mars 2022 une correspondance au secrétaire général des services du premier ministre, lui répercutant le « Très Haut Accord » du président de la république « pour la mise en œuvre urgente des mesures financières et administratives afin de répondre aux revendications formulées par les enseignants », notamment le paiement à partir du mois de mars 2022 du complément salarial mensuel à verser aux enseignants titulaires ou non du décret d’intégration, qui ne percevaient que les 2/3 de leur salaire et de l’indemnité de non logement due aux enseignants qui n’en percevaient pas, l’apurement à compter du mois de mai 2022 et de manière progressive, les rappels relatifs à l’indemnité de non logement et au complément salarial dus aux enseignants, et le paiement échelonné à compter du mois de juin 2022 des rappels relatifs aux avancements et reclassements des enseignants.

Par contre, dans l’intervalle, le ministre des Enseignements secondaires avait instruit aux délégués régionaux de son ministère, de transmettre à leur hiérarchie avant le 5 mai la liste des grévistes, qui selon elle, avaient en observant le mot d’ordre, manqué à l’obligation de servir, de se consacrer au service, et à l’obligation de réserve et d’obéissance. Oubliant que la grève était la conséquence du manquement en amont par le gouvernement lui-même… de ses propres devoirs.

Doute raisonnable ?

Ferdinand Ngoh Ngoh, SgPr, interpellé

Ce train de mesure avait alors été accueilli avec scepticisme par les grévistes. Au sortir de la concertation avec le gouvernement et avant la correspondance du SgPr au SgPm, ils avaient déjà pris les devants dans un communiqué publié  le 6 mars : «Nous nous rendons compte que le gouvernement ne mesure pas le degré de mécontentement des enseignants et préfère multiplier les réunions dont les résolutions ne sont pas de nature à répondre efficacement à nos revendications, le rapport précise que le début de paiement des avancements est fixé pour le début du mois de juin, ce qui ne correspond pas à nos attentes». Le temps leur a donné raison. Le temps de la trêve, alors que le gouvernement devait le mettre à profit pour trouver des solutions définitives à des problèmes qui n’auraient jamais dû exister, rien ne semble avoir été fait, si les enseignants ont renouvelé le préavis de grève pour le 5 septembre 2022, date prévue pour la rentrée scolaire. Par contre, dans l’intervalle, le ministre des Enseignements secondaires avait instruit aux délégués régionaux de son ministère, de transmettre à leur hiérarchie avant le 5 mai la liste des grévistes, qui selon elle, avaient en observant le mot d’ordre, manqué à l’obligation de servir, de se consacrer au service, et à l’obligation de réserve et d’obéissance. Oubliant que la grève était la conséquence du manquement en amont par le gouvernement lui-même… de ses propres devoirs.

Roland TSAPI

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