Education : les marques introuvables

Le système éducatif camerounais reste les vestiges de la colonisation, le gouvernement peine à s’en approprier

Le système éducatif camerounais, où en est-il ? Le pays est-il en mesure de penser une politique éducative qui corresponde à ses aspirations, quel type de citoyen l’éducation forme pour les prochaines générations, pourquoi tous ces  problèmes dans le secteur de l’éducation? Autant de questions qui se posent en 2022, au regard des conflits qui font désormais partie de l’Adn de ce secteur. Les enseignants se plaignent, les parents crient et dénoncent une arnaque organisée à travers divers frais à payer, même les ministres des départements de l’Education s’insurgent contre le mauvais traitement réservé aux personnels de l’Education dans l’ensemble du personnel de l’Etat.

les programmes inadaptés qui en découlent ; la politique nationale balbutiante et extravertie du livre scolaire ; le statut précaire de la profession enseignante ; les violences et déviances en milieu scolaire ; la qualité des équipements et des infrastructures qui laissent à désirer…sont autant de domaines où des insuffisances sont notoires.

Insaisissable

Qualité de l’éducation , un impératif

Dans la région de l’Ouest Cameroun, une alliance stratégique multi acteurs pour la promotion et la protection du droit à une éducation inclusive et de qualité pour tous, a vu le jour depuis le 9 mars 2022 à Bafoussam. D’après les initiateurs, cette alliance dénommée Educare, nait dans un contexte caractérisé notamment par les violations récurrentes de la législation et de la réglementation scolaire par les autorités, le sous financement de l’éducation qui a pour corollaire la perception des frais illégaux sous divers prétextes fallacieux, l’augmentation exponentielle, non règlementaire et sans concertation des frais d’APEE, la gestion patrimoniale et prébendière des ressources mobilisées par les APEE, La privatisation et la marchandisation de l’éducation, une dégradation continue des conditions d’enseignement et d’apprentissage, l’absence de cadres de concertation et d’un dialogue structuré entre les responsables scolaires et les parents sur la conception et la mise en œuvre des politiques publiques éducatives, des pratiques de corruption et de détournements qui privent les établissements scolaires des ressources mobilisées par l’Etat et les parents d’élèves. En plus, une analyse des enveloppes budgétaires fait ressortir une tendance baissière de la part du budget de l’Etat allouée au Minesec en particulier, et qui s’est accentuée pendant les 3 dernières années sur le plan national. Educare relève que « selon des statistiques officielles rendues publiques par le Minesec au cours sa réunion d’évaluation du processus de digitalisation du paiement des frais exigibles et des examens et concours officiels tenue à Douala au courant du mois d’octobre 2021, les montants cumulés des frais exigibles sur les années scolaires 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021 se chiffrent à FCFA 48 232 538 323 payés par un total de 3 372 472 élèves. Parallèlement, les mêmes élèves ont payé dans les APEE (y compris les frais informatique) des contributions s’élevant à environ FCFA 84 311 800 000 estimés sur la base d’un taux moyen de 25000 FCFA par élève. A ces frais exigibles et d’APEE, il faut ajouter les frais de carnets médicaux (1000frs/élèves/an), soit un total de FCFA 3 372 472 000 qui ne sont comptabilisés nulle part. Les frais payés par les parents d’élèves sur la période s’élèvent donc à FCFA 135 916 810 323 en 3 ans seulement, compte non tenu des frais d’examens et concours officiels versés par les mêmes contributeurs ! Ces chiffres ne concernent d’ailleurs que les établissements publics et ne tiennent pas compte des élèves de l’enseignement privé dont les parents payent d’énormes sommes pour la scolarité de leurs enfants. Or, le Partenariat Mondial pour l’Education qui encadre ces engagements des Etats fixe à 6% du PIB ou 20% des dépenses courantes des Etats, les ressources à allouer à l’éducation. Le Cameroun est à 12, 20% de son budget sur une période cumulée de 20 ans. Soit un gap de 8% à combler. Par ailleurs, la non actualisation  depuis 1998 (Loi d’Orientation de l’Education) d’une philosophie de l’éducation par la détermination du type d’homme ou de femme à former adapté aux mutations sociales, politiques et environnementales ; les programmes inadaptés qui en découlent ; la politique nationale balbutiante et extravertie du livre scolaire ; le statut précaire de la profession enseignante ; les violences et déviances en milieu scolaire ; la qualité des équipements et des infrastructures qui laissent à désirer ; la formation approximative des formateurs et l’absence de financements dédiés à la formation continue ; la non implication des acteurs/cibles dans la définition des politiques publiques éducatives ; le faible impact de la décentralisation sur la gouvernance scolaire au niveau local (Conseils municipaux et régionaux), etc. sont autant de domaines où des insuffisances sont notoires.

Pourtant, le Cameroun devrait travailler à produire des enfants en mesure de se battre demain avec les autres à armes égales, d’où la nécessité d’une éducation de qualité, et qui corresponde à des objectifs précis. La chine, la Russie ont ainsi conçu leurs systèmes éducatifs, et avec les résultats ils fixent aujourd’hui l’agenda de toute l’humanité

Etranger chez soi

Ministères des Enseignements secondaire: Repenser le système

De là à se demander finalement qui a conçu le système éducatif camerounais en particulier, et pour qui ? Un regard sur le passé renseigne que tout a été pensé pour les camerounais. La charte de l’impérialisme, élaborée lors de la traite négrière, discuté en 1884 lors de la conférence de Yalta, dit à l’article 13 : « les pays du tiers-monde n’ont ni culture ni civilisation sans se référer à la civilisation Occidentale. » Et ces impérialistes ont veillé avec le temps à ce que les choses restent en l’Etat. En définitive, le gouvernement camerounais  n’arrive pas à faire fonctionner le système éducatif simplement parce qu’il n’en est pas le concepteur, il a hérité d’un système impérialiste qui lui a été imposé, et dont il reste prisonnier. Le colon français, qui est sorti par la porte et a juste fait le tour de la maison pour rentrer par la fenêtre, veille à travers ses divers programmes, que le système éducatif reste fidèle à ses objectifs, celui de fabriquer des exécutants et des esclaves intellectuels. C’est encore eux aujourd’hui qui décident quelles sont les normes de l’éducation au Cameroun, les diplômes camerounais sont des photocopies conformes des diplômes français, et ils définissent des contenus d’enseignements pour le Cameroun. Ils sont les seuls à décider qu’un diplôme obtenu au Cameroun est valable ou pas, mais le Cameroun ne peut en aucun cas contester la valeur d’un diplôme obtenu en France, il n’en a ni les moyens ni la qualité.  Dans le système éducatif, le Cameroun est comme un simple pilote formé et mis aux commandes d’un avion qu’il n’a pas conçu, il doit juste appuyer sur des boutons suivant les indications qui lui sont dictées par le concepteur. On en arrive à ce qu’un enseignant à la retraite appelle la triple aliénation : aliénation des parents qui donnent seulement l’argent, aliénation des élèves qui ne savent pas pourquoi ils vont à l’école, aliénation des enseignants qui ne savent pas pourquoi ils enseignent. Pourtant, le Cameroun devrait travailler à produire des enfants en mesure de se battre demain avec les autres à armes égales, d’où la nécessité d’une éducation de qualité, et qui corresponde à des objectifs précis. La chine, la Russie ont ainsi conçu leurs systèmes éducatifs, et avec les résultats ils fixent aujourd’hui l’agenda de toute l’humanité

Roland TSAPI

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