Education : les dons de l’asservissement

Comme les bienfaiteurs, des élites profitent du retour dans les classes pour offrir des « dons » aux élèves de diverses localités, constitués de cahiers et autres matériels didactiques. Sous la « générosité » affichée se cache en réalité une opération de marketing politique sans grand impact sur la qualité de l’éducation, dont les problèmes sont connues et pourtant éludées dans les cercles de décision.

La rentrée scolaire au Cameroun est devenue l’occasion pour les élites politiques et autres personnalités, de se donner en spectacle dans leurs localités d’origine par la remise des dons aux élèves. Le choix des bénéficiaires dépend des divers critères, décidé par ces messies ponctuels. Un coup d’œil sur les une des journaux du lundi 19 septembre donne une idée de l’ampleur du phénomène : Catherine Mbarga, conseillère régionale du Sud : des kits scolaires à profusion   pour les élèves de Biwong Bane, lit-on à la Une de Pile ou Face. Lekié, le député Koah Songo prime les meilleurs élèves, selon L’Eveil Républicain. La première page de Réalités plus est consacrée entièrement à cette actualité. En haut de page on lit : Koung-Khi, l’honorable Albert Kouinche, le conseiller municipal Justin Talom et le maire David Kengne volent au secours des orphelins et veuves de feu Victor Fotso. Les trois élites on effet offert la somme de 10 millions de francs Cfa pour soutenir la rentrée scolaire des orphelins du milliardaire défunt. En bas de page de ce journal, on est à Njinka-Foumban, où le ministre Njoya Zakariatou offre des fournitures à 600 élèves. Le journal Les Preuves revient sur Bandjoun en lançant « Sos il faut sauver les orphelins et veuves Fotso Victor ». La Cameroon radio and television (Crtv) quant à elle, et Cameroon tribune, rendaient compte de la cérémonie tenue le 17 septembre 2022 à la place des fêtes de la ville de Bafoussam par Nguihé Kanté, secrétaire général adjoint des services du Premier ministre qui était à la 7eme édition de la Journée de l’excellence scolaire et académique, au cours de laquelle 350 élèves du département de la Mifi ont été primés. Des exemples peuvent être cités à profusion, tant l’occasion est bonne pour ces élites de faire preuve de « générosité. » Députés, conseillers régionaux et municipaux, membres du gouvernement, tous se sentent presqu’obligés en cette période, de faire un geste pour soutenir les enfants. Certains choisissent les nécessiteux où ceux qu’ils qualifient de tels, pendant que d’autres choisissent de primer l’excellence, ceux des enfants qui sont le meilleurs.

Il s’agit d’un investissement politique de ces élites, une sorte d’achat des consciences des enfants et des parents qui se sentiront désormais obligés moralement, et lors de la prochaine échéance électorale, elles, ces élites, reviendront faire campagne en rappelant tous ces « bienfaits » antérieurs, avec photos, coupures de journaux et vidéogrammes à l’appui pour convaincre les sceptiques

Investissement…

Que cachent en réalité ces supposés gestes de générosité ? D’abord, comme disait Bruce Willis, « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ». Cette notion s’explique mieux dans le domaine informatique, avec internet qui propose des milliers de services en don ou gratuitement. Le bénéficiaire peut avoir l’impression de ne rien payer, parce qu’il ne débourse pas de l’argent. Ou plutôt, ce n’est pas forcément lui qui paye, en tous cas pas consciemment, mais son utilisation du service n’est pas sans contrepartie : il accepte l’utilisation de ses données personnelles, il accepte des contrats d’utilisation léonins qui font de lui une main d’œuvre sans droit ni titre, il accepte d’être pisté, tracé, traqué pour que le client final (généralement une régie publicitaire) sache tout de lui pour mieux le cibler. C’est la même chose pour « ces dons » à la pelle faits à la veille des rentrées scolaires. Il s’agit d’un investissement politique de ces élites, une sorte d’achat des consciences des enfants et des parents qui se sentiront désormais obligés moralement, et lors de la prochaine échéance électorale, elles, ces élites, reviendront faire campagne en rappelant tous ces « bienfaits » antérieurs, avec photos, coupures de journaux et vidéogrammes à l’appui pour convaincre les sceptiques. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que ces offres de dons se fassent avec tambours et trompettes, sous forte couverture médiatique dont la présence est bien budgétisée. Il faut que le monde entier sache qu’elles ont donné un cahier et un crayon, alors que selon la bible à Matthieu chapitre 6: verset 3 – « …quand tu fais un acte de compassion, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite. » Sur ce plan donc, les élites ne donnent pas des fournitures scolaires parce qu’elles aiment trop ces enfants, mais parce qu’elles veulent se servir d’eux pour se mettre en scène ou être au-devant de la scène si elle est déjà occupée, sinon ces dons pouvaient aussi bien se faire discrètement.

Le financement de la construction d’une ligne électrique pour un lycée technique, suivi par des machines pour les ateliers par exemple, seraient plus bénéfique pour les enfants. Une bonne qualité de l’éducation garantirait une formation qui permettrait à la jeunesse d’être autonome, indépendant et libre, et cette qualité de l’éducation se défend à l’Assemblée nationale, au sénat, dans les conseils régionaux et municipaux, et c’est dans ces instances que les élites devraient intervenir pour être utiles. La culture des dons contribuent plus à asservir la jeunesse, qu’à la servir.

…et asservissement

L’autre face cachée de ces dons occasionnels, c’est la volonté manifeste de l’élite de maintenir les autres dans une situation de dépendance pour être toujours les plus en vue du coin. Selon le proverbe chinois, celui qui t’apprend à pêcher t’aime plus que celui qui te donne le poisson. Issues la plus part du temps du gouvernement et de ses excroissances que sont le Sénat, l’Assemblée nationale, les Conseils régionaux ou municipaux, ces élites sont bien placées pour connaître quels sont les problèmes de l’éducation au Cameroun, qui sont loin d’être ceux du manque des cahiers. L’éducation souffre du manque des infrastructures, d’équipements, de personnels enseignant, de programmes scolaires adaptés, de financement entre autres. Il y a des établissements scolaires primaires où le directeur est le seul maitre fonctionnaire, tous les autres sont des volontaires ou des vacataires payés par les parents. Il y a des Cetic, des lycées techniques et d’enseignement général sans électricité dans les zones où ces élites se présentent en messie. Tout cela découlant de la mauvaise gouvernance entretenue au sommet et au sein des différentes instances institutionnelles par le système auquel toutes ces élites appartiennent. Le financement de la construction d’une ligne électrique pour un lycée technique, suivi par des machines pour les ateliers par exemple, seraient plus bénéfique pour les enfants. Une bonne qualité de l’éducation garantirait une formation qui permettrait à la jeunesse d’être autonome, indépendant et libre, et cette qualité de l’éducation se défend à l’Assemblée nationale, au sénat, dans les conseils régionaux et municipaux, et c’est dans ces instances que les élites devraient intervenir pour être utiles. La culture des dons contribuent plus à asservir la jeunesse, qu’à la servir.

Roland TSAPI 

One Reply to “Education : les dons de l’asservissement”

  1. Donc les veuves et orphelins de feu Fotso Victor ont plus besoin d’aide que les plus nécessiteux hein? Hum. Mieux je m’arrête là 🚶🏽‍♀️🚶🏽‍♀️🚶🏽‍♀️

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