Education : le rare paquet minimum

La mesure prise pour faciliter le fonctionnement des établissements scolaires primaires suite à la gratuité de l’école annoncée depuis 2000, a connu toutes les peines pour son application. D’abord géré par le ministère de l’éducation de base, ensuite transféré aux communes, le paquet minimum continue d’être le talon d’Achille de l’éducation primaire

Le 10 février 2000, à l’occasion de son adresse à la jeunesse, le président de la République annonçait la gratuité de l’école primaire au Cameroun, ce qui impliquait la suppression de la somme de 1500 francs cfa payée jusque-là comme frais exigibles. Rétrospectivement, cette mesure était déjà contenue dans la loi n°63/cor/5 du 3 juillet 1963 portant organisation de l’enseignement primaire élémentaire. D’après son premier article, « l’enseignement primaire est laïc et gratuit. Il est ouvert à tous sans discrimination de sexe, de confession ou de race». Au niveau international, le Cameroun avait déjà adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 qui en son article 26 stipule que « l’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire… » De même, la convention relative aux droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 20 novembre 1989 énonce en son article 28.1a que « Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité de chance, ils rendent l’enseignement obligatoire et gratuit pour tous. » L’annonce de la gratuité de l’école le 10 février 2000 était donc un retour à la normale.Mais la suppression de frais exigible devait être compensée, car l’éducation a un coût. Une étude de 2005 révèle que  le coût par élève supporté par le gouvernement varie de 3567 fcfa dans les écoles primaires de l’extrême nord, à 30000 fcfa dans les écoles urbaines du centre avec une moyenne nationale de 22409 fcfa. D’où  l’introduction de la caisse d’avance et surtout du paquet minimum avec la suppression des frais exigibles.

Le paquet minimum était alors pourvu au niveau central et acheminé vers les écoles via les différents services déconcentrés, mais les lourdeurs administratives et les difficultés d’exécution des marchés d’approvisionnement n’avaient jamais permis que le matériel arrive à temps dans les écoles.

Besoins primaires

Par l’expression paquet minimum, on entend une enveloppe qui contient un ensemble de matériel didactique et pédagogique qu’on remet à chaque école publique en début et en milieu d’année scolaire pour permettre un démarrage effectif et un fonctionnement normal des activités d’enseignement. En principe, le contenu du paquet minimum est fait des cahiers de préparation pour maître, des boîtes de craie, de stylos à billes, des enveloppes, trombones, punaises, chemises cartonnées, papiers quadrillés, rames de papier (1ère et 2ème frappe), boîte de colle et médicaments de première intervention, l’épaisseur du paquet variant  d’une école à une autre. La circulaire du 24 juillet 2000 portant organisation des modalités pratiques d’approvisionnement des écoles en matériels didactiques et pédagogiques venait en fixer le canevas de fonctionnement. Le paquet minimum était alors pourvu au niveau central et acheminé vers les écoles via les différents services déconcentrés, mais les lourdeurs administratives et les difficultés d’exécution des marchés d’approvisionnement n’avaient jamais permis que le matériel arrive à temps dans les écoles. Jusqu’en 2010, date depuis laquelle la ligne budgétaire réservée au paquet minimum  est envoyée aux maires sous forme de carton,  selon l’article 20 de l’arrêté du 31 décembre 2010 du ministre de l’Education de Base. Le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa de l’Education de base expliquait en 2019 que « les règles de la décentralisation nous demandent de faire exécuter par nos communes, les tâches qui naguère étaient exécutées par nos services. Donc, les budgets libérés pour le paquet minimum sont naturellement orientés vers les municipalités.» La consistance de ce carton étant fonction du nombre d’élèves dans la commune, d’après les statistiques fournies par l’inspection d’arrondissement.

les cartons des paquets minimum, pourtant déjà disponibles auprès des mairies, ont été retirés à la dernière minute sans information ni sur les raisons du retrait, ni sur la date de retour. Les plus optimistes évoquent cependant des difficultés de trésorerie au niveau de l’Etat et espèrent que tout reviendra à la normale

Retrait

Laurent Serge Etoundi Ngoa, Minedub

Tout allait plus ou moins bien jusque-là. Les maires avaient d’ailleurs saisi cette opportunité pour se faire des coups de publicité politique, en présentant la remise du paquet minimum, faite sous le feu des caméras comme une action personnelle. Qu’importe, cela permettait au moins que les écoles primaires soient dotées du matériel dans un délai raisonnable, et certains maires anticipant même sur le retard des cartons, trouvaient des fonds ailleurs pour s’assurer que les écoles de leurs arrondissements reçoivent le matériel à temps, rassurés que les cartons viendraient. Mais les choses sont différentes pour la rentrée scolaire 2022/2023. Au cours d’une session du conseil municipal le 2 septembre 2022, le maire de la commune de Bafoussam 1er a sollicité et obtenu des conseillers municipaux une délibération lui permettant d’engager la somme de 4 millions de francs cfa pour l’achat des fournitures à distribuer dans l’école en guise de paquet minimum. Et pour cause, les cartons des paquets minimum, pourtant déjà disponibles auprès des mairies, ont été retirés à la dernière minute sans information ni sur les raisons du retrait, ni sur la date de retour. Les plus optimistes évoquent cependant des difficultés de trésorerie au niveau de l’Etat et espèrent que tout reviendra à la normale. Quoi qu’il en soit, les difficultés d’approvisionnement du paquet minimum en cette rentrée, alors que le gouvernement a rassuré lors d’une conférence de presse conjointe le 30 août 2022 que toutes les mesures étaient prises pour un retour sans heurts des enfants en classe, indique le niveau de priorité qu’occupe le secteur éducatif. Pourtant, à chaque occasion, le gouvernement ne cesse de rappeler que l’Etat consent beaucoup de moyens pour l’éducation. L’affaire est d’ailleurs présentée comme si ces moyens sortaient des poches des membres du gouvernement et devraient être perçues comme un cadeau, alors qu’il s‘agit bien de l’argent du contribuable ou des ressources naturelles du pays, que ces membres du gouvernement sont simplement chargés de gérer. Cet argent destiné au financement de l’éducation est également inscrit au budget de l’Etat et voté, tout comme la ligne budgétaire destinée au fonctionnement. Alors, pourquoi les cartons de fonctionnement des ministères ne sont jamais en retard, alors que ceux du paquet minimum pour l’éducation des enfants le sont ?

Roland TSAPI

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