Education : le bal des vautours autours des frais d’Apee (2eme partie)

Adhésion forcée aux associations, paiement obligatoire des taux fixés sans concertation, les frais d’Apee se révèlent incontournable pour les pouvoirs publics, et la gestion n’échappe pas aussi au sort des détournements

Ong Zenü, porte parole pour la rationalisation des frais d’Apee

9 organisations de la société civile dans la région de l’Ouest, portées par l’Ong Zenü Network, ont adressé le 30 août 2021 une correspondance au Délégué régional du ministère des Enseignements secondaires pour l’Ouest à Bafoussam, avec pour objet  augmentation des frais d’Apee et restrictions injustifiée de nos activités. On y lit : « des informations concordantes émanant de sources crédibles font état de ce qu’en date du vendredi  13 août 2021, vous avez présidé dans vos services une réunion regroupant outre les Délégués départementaux, les chefs d’établissements à grand effectifs de la Région de l’Ouest aux fins de les<<instruire> de la décision prise, dit-on, par le Minesec d’augmenter les frais d’Apee pour financer les projets < Clean School> et < Informatique >… Nous avons examiné les implications de cette décision sur les parents d’élèves et avons l’honneur d’attirer votre attention sur le fait que l’augmentation unilatérale des frais d’APEE est préjudiciable aux parents d’élèves; en outre, elle est non conforme aux dispositions réglementaires. Même si dans le principe une augmentation peut être envisagée si elle est pertinente, légitime et respectueuse des textes, nous observons malheureusement que dans le cas d’espèce, cette décision d’augmentation ne respecte aucune règle de procédure. Au contraire, elle viole les dispositions des Circulaires de 2008 qui organisent le fonctionnement des APEE ainsi que les principes de démocratie et de bonne gouvernance interne de ces associations régies pourtant par la loi N” 90/053 du 19 décembre 1990 sur la liberté d’association. Qui plus est, il est demandé paradoxalement aux Présidents des APEE d’écrire au Minesec pour solliciter cette augmentation qui leur est imposée. Des Présidents d’APEE nous ont rendu compte de l’instruction à eux donnée et du fait qu’ils ont déjà écrit au ministre… Au regard de ce qui précède, nous pensons que les prestataires qui sont porteurs des projets «  Clean School »  et « Informatique » devraient se déployer sur le terrain pour faire la promotion de leurs projets auprès des APEE et des chefs d’établissement quitte à ce que ceux-ci y adhèrent ou non. En effet, seules les assemblées générales des APEE qui auraient dû être consultées sont compétentes en la matière. Les conventions signées entre ces prestataires et le Minesec sont loin de revêtir le caractère obligatoire dont elles font l’objet aujourd’hui. »

Le 12 août 2021 déjà, une plainte avait été déposée devant le Procureur de la république du tribunal de première instance de Mbanga par l’artiste et défenseur des droits de l’homme Joe La Conscience contre l’ancien proviseur, le président de l’Association des parents d’élèves et le président du Conseil d’établissement du lycée de Loum, pour coaction d’extorsion des fonds, détournement au lycée de Loum, menace et chantage. Il dénonce l’augmentation irrégulière des frais d’Apee sans investissements conséquents, aucun bâtiment de l’établissement n’ayant été construit depuis au moins 5 ans, et l’essentiel de ces bâtiments vieux de 15 ans étant érigés  au moment où les frais d’Apee étaient de moins de 5000 francs cfa, loin des 19500 franc payés en 2020. Il exige en conséquence que pour l’année 2021/2022, les frais d’Apee soient fractionnés au moins par 2 dans tous les lycées du Cameroun. Et de conclure « Il urge de faire stopper cette saignée à vif de nos chers parents d’élèves qui vivent très difficilement ces extorsions de fonds en bande organisés »

les associations des parents d’élèves sont à l’origine des regroupements volontaires qui voulaient faire des dons à l’Etat qui montrait des signes d’incapacité à assurer son devoir régalien. Cet Etat, dans sa fierté, devait travailler dans le temps à réduire l’apport de ces associations dans son budget afin de conforter son autorité. Mais c’est le contraire qui s’est observé avec le temps, les parents d’élèves, qui peinent déjà à envoyer les enfants à l’école du fait du niveau de vie qui se dégrade au fil des ans, sont en plus poncés sans vergogne et sans pitié chaque année par des augmentations des frais.

Convoitises

On en est désormais là au Cameroun, pour ce qui est des frais d’Apee et de leur gestion. Déjà, l’Etat et ses démembrement ont progressivement, par des tours de passe-passe des circulaires toutes aussi illégales les unes que les autres, rendu obligatoire l’adhésion à des associations. Ils sont en plus entrés dans la gestion de ces fonds, comme l’atteste la lettre circulaire numéro 1315/11/L/Minesec/SG/DRH du 11 juillet 2011 portant sur la réglementation de la gestion des fonds Apee. On en est au point où l’Etat et ses démembrements misent désormais sur les entrées des frais d’ Apee pour réaliser leurs projets d’établissement, tout en se servant au passage. Faut-il le rappeler, les associations des parents d’élèves sont à l’origine des regroupements volontaires qui voulaient faire des dons à l’Etat qui montrait des signes d’incapacité à assurer son devoir régalien. Cet Etat, dans sa fierté, devait travailler dans le temps à réduire l’apport de ces associations dans son budget afin de conforter son autorité. Mais c’est le contraire qui s’est observé avec le temps, les parents d’élèves, qui peinent déjà à envoyer les enfants à l’école du fait du niveau de vie qui se dégrade au fil des ans, sont en plus poncés sans vergogne et sans pitié chaque année par des augmentations des frais. Des augmentations stimulées par les chefs d’établissements et même, comme soupçonné dans la région de l’Ouest, par le délégué régional du ministère des enseignements secondaires. Si les parents d’élèves se plaignent des augmentations, c’est parce qu’ils ne sont pas à l’origine. Pour faire bonne figure parfois, les présidents des associations réunissent quelques proches dans un bureau et prennent des décisions, qu’ils attribuent par la suite à une supposée assemblée générale, dont ils ne peuvent produire la preuve qu’un quorum a été atteint pour décider. Il est pourtant de règle générale qu’une assemblée générale, de quelque type d’organisation que ce soit, ne peut valablement siéger sans un certain quorum.

Et si jamais l’Apee, qui n’est qu’une association, était dissoute, l’établissement fermerait-il? En attendant la réponse, il est facile de constater que les frais d’Apee sont de nos jours comme un gibier autour duquel les vautours rivalisent dans une danse, qui finit parfois au couteau

Bal des vautours autour d’un don

Ce qui était au départ une aide, est devenu une obligation. Les parents ont donné la main à l’Etat, il exige désormais leur tête. Il prétend que l’Etat ne peut pas tout faire seul, mais il garde pourtant tous les moyens pour lui seul. Ces Apee, devenues des vaches à lait qui engraissent les établissements et construisent les salles de classe, n’ont même pas un bureau pour eux-mêmes dans ces établissements, à part un réduit de 2 m 2 qui leur est concédé comme entonnoir pour cueillir de l’argent. Tout à côté, les chefs d’établissements sont pourtant assis dans des bureaux cossus. Aujourd’hui ces chefs d’établissement conditionnent l’inscription des élèves au paiement des frais d’Apee. Et si jamais l’Apee, qui n’est qu’une association, était dissoute, l’établissement fermerait-il? En attendant la réponse, il est facile de constater que les frais d’Apee sont de nos jours comme un gibier autour duquel les vautours rivalisent dans une danse, qui finit parfois au couteau

Roland TSAPI

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