Education : La rentrée sans les enseignants

Chaque année s’achève, l’autre commence avec son lot de déboires pour ces seigneurs de la craie. L’ingratitude impulsée par le gouvernement à leur endroit est devenue légendaire, l’enseignant est en définitive le souffre-douleur de la communauté éducative

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L’année scolaire 2020 / 2021 a démarré au Cameroun le 5 octobre 2020, coïncidant en même temps avec la journée mondiale dédiée aux enseignants. En d’autres circonstances, de l’espace et du temps est donné à ces seigneurs de la craie pour respirer, ce qui n’a pas été le cas cette année, contexte de rentrée scolaire complètement contrôlé par le corona virus. On a gardé de cette journée juste le thème retenu par l’Organisation des nations Unis pour l’éducation, la science et la culture Unesco, à savoir « leaders en temps de crise et façonneurs  d’avenir » En rappel, la journée internationale de l’enseignant est célébrée depuis 26 ans, en commémoration de la signature de la Recommandation Organisation internationale du travail/UNESCO concernant la condition du personnel enseignant. L’édition 2020 de cette journée qui met à l’honneur leur rôle essentiel pour soutenir les apprenants pendant la pandémie de COVID-19, souligne la nécessité d’améliorer la formation, le perfectionnement professionnel et les compétences de leadership des enseignants pour réduire les écarts d’apprentissage et favoriser l’éducation inclusive à tous les niveaux, pendant et après la reprise. Mais au Cameroun que peut-on dire de cette condition de l’enseignant à ce jour.

Misère

Pour ce qui est de l’enseignement primaire, depuis le 12 août 2020, des titulaires du Certificat d’aptitude professionnel des instituteurs de l’enseignement maternel et primaire (Capiemp) ont entamé une grève de la faim, pour dénoncer les  irrégularités dans le recrutement d’instituteurs par le ministère de l’Education de base, dont les listes avaient été publiées le 27 mai 2020. Là c’est pour ceux qui bénéficient d’une formation et qui sont jetés en pâture. Mais pour ceux qui sont déjà recrutés, il est visible sur leurs visages qu’ils exercent ce métier faute de mieux, n’ayant pas de motivation. D’après l’Unesco, la question de la rémunération fait partie des débats récurrents dans la gestion des enseignants. En effet, le niveau moyen et la structure de rémunération tout au long de la carrière ont des conséquences significatives sur le coût des dépenses salariales, et indirectement sur le volume du personnel enseignant. De plus, le salaire a un impact sur la satisfaction et donc la motivation des enseignants, et par conséquent la qualité de l’enseignement. Quelle est la rémunération d’un enseignant du primaire au Cameroun ? Ce salaire peut-il lui permettre de vivre dans une ville comme Douala, Yaoundé, payer un loyer décent, supporter les charges familiales et se projeter dans le futur avec sérénité ? Difficile de le dire. En plus, généralement, il ne bénéficie pas de prime de rendement, ni de documentation, et manque la plus part du temps du matériel didactique. Ce problème de matériel didactique est plus accru depuis l’instauration de la gratuité de l’école primaire et l’octroi du paquet minimum par les mairies. Ces dernières, pour des raisons diverses, ne se signalent que deux à trois mois après la rentrée des classes avec les boites de craie, entre temps l’instituteur est obligé de multiplier des subterfuges pour rançonner les élèves et s’approvisionner en minimum de matériel. En plus il doit être frustré par le niveau de salaire parfois triple de son camarade de classe de niveau comparable, mais qui exerce dans une autre administration publique. Et tout le monde est unanime sur le fait que la performance du système éducatif dépend du niveau de rémunération des enseignants

Politique de non considération

Ce problème des conditions des enseignants se retrouve au niveau de l’enseignement secondaire et même supérieur, avec des spécificités à chaque niveau. Cette année 2020, les personnels des enseignements secondaires ont une grogne supplémentaire due au non redéploiement du personnel à la veille de la rentrée, comme il est de coutume chaque année. L’on n’a pas assisté au mouvement des proviseurs, à la nomination des censeurs et surveillants généraux dans les lycées et collèges. Si cette situation arrange beaucoup de dirigeants d’établissements qui en profitent pour perpétuer le système, elle est préjudiciable pour d’autres fonctionnaires de ce ministère, qui attendent depuis des années qui une promotion, qui une affectation, qui un regroupement familial. Surtout que certains départements ministériels ont procédé à des mutations de leur personnel, qui pour certains ont pour conjointes des enseignantes. Lesquelles ont demandé des affectations pour rejoindre leurs époux ce qui ne pourra être le cas à l’état actuel des choses.  Qu’est ce qui a coincé cette année, la ministre des enseignements secondaires n’a-t-elle pas pu extraire la bonne graine de l’ivraie, dans un panier d’affectation où les magouilles, les trafics d’influence et les marchandages font souvent le plein ?

Nécessaire déploiement

Le redéploiement est portant défini comme une “mesure tendant à assurer une meilleure répartition du personnel tant à l’intérieur d’une même administration qu’entre différents ministères ou encore entre administrations centrales et décentralisées » Donc,  au-delà des considérations et des intérêts égoïstes, le redéploiement du personnel dans une administration n’est pas facultatif. D’abord parce qu’un agent qui occupe le même emploi pendant plusieurs années tombe forcément dans un effet de routine, voire dans des pratiques et habitudes touchants, dans certains cas, de plein fouet la morale et l’éthique professionnelle. D’après une doctrine de la gestion du personnel dans la public, ‘”L’appropriation des services par certains fonctionnaires pour une longue période, l’image des hauts fonctionnaires inamovibles et imperturbables, des responsables supérieurs trônant presque à vie à la tête des services et des établissements publics, constituent hélas des réalités de l’administration aujourd’hui, au point que certains fonctionnaires confondent l’intérêt public avec leurs intérêts privés et se comportent dans certains cas en véritables légataires d’un patrimoine familial. » Ensuite qui reste trop sur place ou au même poste perd une grande partie de ses capacités à apprendre et sera, confronté plus tard à des difficultés énormes en cas de redéploiement, notamment, lorsque son emploi disparaîtra ou évoluera radicalement. En tout état de cause, il est bon d’adopter lors de la journée de l’enseignant un thème qui fait de lui le façonneur d’avenir, mais il est mieux que ses conditions de vie et de travail lui permettent d’envisager son propre avenir sans nuages

Roland TSAPI

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