Education : la pépinière infectée

La dépravation des mœurs est plus présente au sein de la population jeune, dans les enceintes scolaires et les familles où les fêtes sont devenues des occasions pour se donner à des scènes les plus obscènes. Ce qui ne présage rien de bon pour la société future.

Education : la pépinière infectée

La période de départ en vacances, rime au Cameroun avec l’organisation dans les établissements scolaires primaires privés et publics, des cérémonies de remise des bulletins avant le départ en congés. A ces occasions, la remise des récompenses aux plus méritants est toujours ponctuée par des intermèdes culturels faits de courtes pièces de théâtre, des danses traditionnelles et modernes. Au fil des années, le constat est que ces intermèdes musicaux sont devenus des occasions pour l’exhibition de l’obscénité, dans les positions adoptées au cours des danses, et même au niveau du contenu des chansons utilisées. Les scènes produites par les enfants, la pépinière de la société dépassent parfois l’entendement humain, et ces obscénités se prolongent souvent dans des fêtes d’anniversaire dans les quartiers, où le libertinage est plus prononcé.  De prime abord, ces activités culturelles sont en conformité avec la circulaire numéro 045/B1/1464/Minedub/Sg/Dsapps du 13 septembre 1996 portant modalités de gestion des activités post et périscolaires dans les établissements scolaire au Cameroun, signée à l’époque par le ministre de l’Education nationale Mbella Mbape. Le point 7 parlant de l’animation culturelle dit : « cette rubrique vise notamment l’acquisition d’instruments de musique traditionnelle en vue de l’initiation des élèves à la culture nationale, l’achat d’instruments de musique moderne, la création des clubs d’arts plastiques, la mise sur pied des groupes de danses traditionnelles, la promotion des clubs de langue nationales, officielles et étrangères. »

Une école maternelle, l’éducation morale dès le bas âge

De même, deux ans après la circulaire du ministre Mbella Mbapè, une loi avait été votée à l’Assemblée nationale pour recadrer davantage le secteur de l’éducation, la loi no 98/004 du 14 avril 1998 d’orientation de l’éducation au Cameroun. L’article 4 lit : « l’éducation a pour mission générale la formation de l’enfant en vue de son épanouissement intellectuel, physique, civique et moral et de son insertion harmonieuse dans la société, en prenant en compte les facteurs économiques, socioculturels, politiques et moraux. Article 5 : au titre de la mission générale définie à l’article 4 ci-dessus, l’éducation a pour objectifs : 1. la formation de citoyens enracinés dans leur culture, mais ouverts au monde et respectueux de l’intérêt général et du bien commun; 2. la formation aux grandes valeurs éthiques universelles que sont la dignité et l’honneur, l’honnêteté et l’intégrité ainsi que le sens de la discipline; 3. l’éducation à la vie familiale; 4. la promotion des langues nationales; 5. l’initiation à la culture et à la pratique de la démocratie, au respect des droits de l’homme et des libertés, de la justice et de la tolérance, au combat contre toutes formes de discrimination, à l’amour de la paix et du dialogue, à la responsabilité civique et à la promotion de l’intégration régionale et sous-régionale; 6. la culture de l’amour de l’effort et du travail bien fait, de la quête de l’excellence et de l’esprit de partenariat; 7. le développement de la créativité, du sens de l’initiative et de l’esprit d’entreprise; 8. la formation physique, sportive, artistique et culturelle de l’enfant; 9. la promotion de l’hygiène et de l’éducation à la santé. »

Et les enfants élèves, en bas de l’échelle, ne prennent que ce qui arrive à leur niveau, en l’absence de surveillance et de censure des chansons et des rythmes obscènes, du reste promues par les médias audio visuels, avec une grande majorité proposée par des bouquets de diffusions aux contenus occidentaux complètement inadaptés aux mœurs et cultures locales.

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Comment arrive-t-on, avec l’existence de ces lois, à avoir une pépinière aussi corrompue dans les mœurs aujourd’hui, si l’on s’arrête un peu à l’agilité avec laquelle les élèves tournent les reins au rythmes des chansons endiablées, devant les parents qui applaudissent, et ce alors que les enfants sortent aujourd’hui de la maternité pour entrer à la maternelle, c’est-à-dire qu’ils commencent l’éducation plus que tôt ? Qui blâmer ? Ici comme dans bien de domaines, tous sont responsables, même si personne n’est coupable. L’article 37 de la loi d’orientation de l’éducation dit à l’alinéa 1 : «  l’enseignant est le principal garant de la qualité de l’éducation. A ce titre, il a droit, dans la limite des moyens disponibles, à des conditions de vie convenables, ainsi qu’à une formation initiale et continue appropriée. » Joue-t-il ce rôle, a-t-il les moyens de l’assumer pleinement ? L’alinéa 2 de cet article 37 dit que « l’État assure la protection de l’enseignant et garantit sa dignité dans l’exercice de ses fonctions. » Le fait-il ? Pour autant l’enseignant doit-il être moins rigoureux et abandonner les enfants à tout ? A l’article 28 de cette loi on lit, « 1) Toute implantation de salles de jeux, de débits de boissons, de salles de cinéma, de commerce de tabac et toutes autres nuisances est interdite dans l’enceinte ou la périphérie des établissements scolaires. » Mais dans les faits, les établissements scolaires sont mitoyens avec les débits de boissons, d’où résonnent à longueur de journée de classe, des sonorités de toute nature, qui aident à formater les cerveaux encore vierges des jeunes enfants. Combien de promoteurs d’établissements scolaires privés, ou publics, d’inspecteurs d’arrondissement ou de directeurs d’écoles ont-ils déjà saisi l’autorité administrative par courrier, pour dénoncer l’implantation des débits de boisson, des salles de jeux et autres autour des établissements ? Tout le monde se conforte dans la situation. Au mieux, quelques-uns font la remarque de ces dérives et s’exclament avec la formule passe partout « on va faire comment ». Et les enfants élèves, en bas de l’échelle, ne prennent que ce qui arrive à leur niveau, en l’absence de surveillance et de censure des chansons et des rythmes obscènes, du reste promues par les médias audio visuels, avec une grande majorité proposée par des bouquets de diffusions aux contenus occidentaux complètement inadaptés aux mœurs et cultures locales. Ailleurs on anticipe sur le modèle de société qu’on va avoir dans 20 ou 30 ans et on adapte le contenu de l’éducation en fonction. La société de demain se construit aujourd’hui.

Roland TSAPI

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