Education : assainir la pépinière

La nécessité de refonder l’école en mettant la priorité sur l’éducation citoyenne est plus qu’impérieuse, au vu de degré de dépravation des majeurs dans ces lieux où se fabrique la semence de la future société

Etoundi Ngo (Minedub) et Nalova Lyonga (Minesec): du pain sur le banc

Les signaux de violence qui viennent des institutions éducatives au Cameroun, ne sont pas rassurants quant à la société de demain. Malgré les « mesures », assez tardives, prises souvent sur le tard et surtout sans suivi, chaque seconde, chaque jour qui passe, renvoie sur la face de la société camerounaise des échantillons de la semence qui constitue désormais la pépinière. Lundi 28 mars 2022, une élève en classe de terminale A4 du lycée bilingue de Nkol Eton dans la ville de Yaoundé, en arrive aux mains avec la surveillante de l’établissement. Traduction, elle ne conçoit pas que la surveillante lui donne des instructions, elle n’a pas compris qu’en franchissant le portail de l’établissement elle entrait dans un cadre avec ses règles qui doivent être respectées. Plus en amont, elle n’a pas compris qu’en venant dans ce monde, elle entrait dans une société qui à des normes, le respect étant l’une des principales. Même les cours de philosophie qu’elle prend depuis la rentrée scolaire, si elle ne reprend pas la classe, ne lui ont pas permis de se faire l’idée selon laquelle l’homme est un animal social. Plus, le communiqué du ministre des Enseignement secondaire après une descente dans l’établissement, rappelant aux parents que les élèves ne sont pas autorisés à entrer dans les établissements scolaires avec le téléphone, laisse penser que l’incident est parti du téléphone que l’élève de la Terminale devait porter sur elle, sans se sentir coupable. Une semaine à peine après cet incident, le 5 avril 2022, le principal du Complexe scolaire Yona au quartier Nkolbisson toujours à Yaoundé, a reçu trois coups de poignard d’un de ses élèves dans son bureau. Encore une affaire de discipline interne à laquelle l’élève ne voulait pas se soumettre, préférant régler son affaire au couteau, par la violence.  Autant il est évident que ce qui se passe à l’école est le reflet de la société camerounaise actuelle, autant on peut envisager d’avoir une société différente demain qui soit le produit d’une école différente aujourd’hui.  

Des programmes qui amène l’élève à explorer ses relations personnelles avec la communauté, ses amis, la drogue, la discrimination, les discours haineux et tribal, l’argent etc., pour voir quel peut être son rôle. En pratique, ces programmes ont permis aux élèves des établissements pilotes à apprendre par exemple à épargner, et surtout utiliser à bon escient le fruit de ces épargnes.

La mallette pédagogique

Les agriculteurs commencent toujours leur travail à la pépinière. Que ce soit eux-mêmes qui la mettent sur pied ou qu’ils aillent dans celle entretenue par un autre, ils veillent à ce que les jeunes plants qu’ils prennent pour la plantation, soient les plus saines possibles. Un plant qui a les feuilles jaunies, qui montre des signes de mauvaise santé est éliminé du circuit. Les jeunes scolarisés ou pas constituent la pépinière de la société, et la qualité du produit des écoles est déterminante pour la qualité de la société future. Dans ce cadre l’Ong Zenu Network, avec l’appui des partenaires, a inventé un programme scolaire complémentaire, destiné à permettre aux élèves, à côté des disciplines comme les mathématiques, physiques, chimie et autres informatique qui leur ouvrent les portes des métiers, d’avoir des capacités humaines en mesure de faire d’eux des vrais citoyens qui vivent en société et participent au développement économique du pays. Car quand on doit trouver dans les écoles les mêmes comportements que ceux des enfants dits de la rue, la différence n’existe plus. Ce programme de Zenü Network, qui inclut l’éducation civique, sociale et financière, est contenu dans un livre appelé Mallette pédagogique , dont le contenu est expérimenté pour la phase pilote dans les établissements secondaires  des régions du Centre et de l’Ouest. Des programmes  qui amène l’élève à explorer ses relations personnelles avec la communauté, ses amis, la drogue, la discrimination, les discours haineux et tribal, l’argent etc., pour voir quel peut être son rôle. En pratique, ces programmes ont permis aux élèves des établissements pilotes à apprendre par exemple à épargner, et surtout utiliser à bon escient le fruit de ces épargnes.

Ainsi, pendant que l’élève apprend à lire l’alphabet et à écrire les formules mathématiques, la mallette pédagogique lui donne une éducation financière en le disciplinant dans ses rapport avec l’argent-ce qui peut en faire des gestionnaires moins prévaricateurs demain-, cultive en lui l’esprit de bienfaisance et lui rappelle qu’il lui incombe aussi d’extirper la mauvaise graine de la société à partir des dénonciations, tout cela pour faire de lui un citoyen complet et responsable pour la société.

Socialisation

Il y en a ainsi qui ont pu dans certains établissements scolaires, puiser une partie de cette épargne pour acheter des effets vestimentaires et denrées de premières nécessité qu’ils ont offert en don à des institutions sociales comme des orphelinats. Et cela s’est toujours fait avec une certaine émotion de ces enfants qui se voient poser des actes utiles à la société au moment où ils ne le pensent pas, au moment où ils se disent encore être sous la dépendance des parents. Inciter en eux des actions caritatives leur rappelle leur rôle social, éloigne forcément d’eux des idées nocives, qui sont remplacées par des initiatives louables. La mallette pédagogique prévoit également l’institution systématique d’une boîte de suggestion dans laquelle les élèves peuvent de manière anonyme dénoncer les dérives observés ou subis dans l’enceinte scolaire, laquelle est exploitée concomitamment par les responsables de l’établissement et les initiateurs du programme. Le but étant d’anticiper sur certains événements, comme les partouzes programmées dans les établissements, ou les actes de violences souvent mijotés longtemps à l’avance. Ainsi, pendant que l’élève apprend à lire l’alphabet et à écrire les formules mathématiques, la mallette pédagogique lui donne une éducation financière en le disciplinant dans ses rapport avec l’argent-ce qui peut en faire des gestionnaires moins prévaricateurs demain-, cultive en lui l’esprit de bienfaisance et lui rappelle qu’il lui incombe aussi d’extirper la mauvaise graine de la société à partir des dénonciations, tout cela pour faire de lui un citoyen complet et responsable pour la société.

Le programme de la Mallette pédagogique, mis en œuvre avec l’accord du ministère des enseignements secondaires et de celui de la Jeunesse et de l’éducation civique a fait son chemin dans bon nombre d’établissements, avec des résultats probants et de l’engouement de plus en plus prononcé. Seulement, au lieu qu’il soit encouragé, il y a des responsables de l’éducation qui tardent à comprendre qu’il peut permettre à l’école d’être un meilleur laboratoire de la société qu’elle ne l’est aujourd’hui. Dans les établissements secondaires de la région de l’Ouest le programme a été mystérieusement suspendu, alors que dans certains établissements, les boîtes de suggestion ont souvent été vandalisées, et enquête faite d’après Zenü Network, ces actes avaient été perpétrés par des personnes insoupçonnées, en raison de ce que les élèves y dénonçaient les abus et harcèlements sexuels dont ils étaient victimes. Décidément…

Roland TSAPI

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