Economie : la face visible de l’endettement de l’Etat

La misère qui se voit dans les rues et les ménages camerounais est aussi une preuve que l’Etat croule sur les dettes, évitables pourtant.

Les ordures dans la rue, une autre face visible du niveau d’endettement de l’Etat

Au la faveur d’une grève du personnel de l’entreprise Hygiène et salubrité du Cameroun, qui réclamait des arriérés de salaires depuis le 25 octobre, l’on a appris du directeur général que cette situation était due au non-paiement par l’Etat des prestations depuis bientôt 8 mois, soit un montant d’environ 12 milliards de francs cfa. Dans la foulée, le ministre des Finances a débloqué la somme de 7 milliards de francs pour parer au plus pressé. Hysacam a profité du mouvement d’humeur de ses employés pour crier haut sa douleur, mais dans le fond l’entreprise fait partie d’une bonne kyrielle de société, privées, publiques ou parapubliques qui ruminent en silence au quotidien leur colère, à cause de dettes impayées de l’Etat qui plombent leur expansion. Dans sa note de conjoncture mensuelle de la dette publique du Cameroun du mois de septembre 2021, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) présente la situation de quelques entreprises qui réclament aussi de l’argent à l’Etat. On apprend par exemple que l’Etat doit au 31 septembre 2021 57,9 milliards à la Cameroon Telecomunications (Camtel) qui peine à occuper le secteur de la téléphonie au Cameroun malgré le monopole de la fibre optique. La Cameroon water utilities réclame également 5,5 milliards de francs cfa à l’Etat, une dette qui d’après cette note de conjoncture est restée la même depuis le début de cette année. La note précise que l’Etat doit également la somme de 18 milliards 100 millions à la structure CDE/Camwater, qui a fusionné par la suite pour constituer la Camwater d’aujourd’hui. Ce qui veut dire que la dette cumulée de l’Etat à l’entreprise distributrice de l’eau au Cameroun s’élève au total à 23 milliards 600 millions de franc cfa. Ce qui expliquerait en partie les difficultés qu’éprouve la structure à remplir ses missions régaliennes, celle de faire couler de l’eau dans les ménages. Dans la même veine, la société immobilière du Cameroun réclame 33 milliards 900 millions de francs cfa à l’Etat du Cameroun. Une partie de cet argent aurait peut-être permis à la structure de passer une couche de peinture sur les immeubles, dont l’aspect extérieur est devenu la honte des cités dans certaines villes. Au total, l’Etat doit 314 milliards 300 millions aux entreprises publiques et parapubliques au 31 septembre 2021. Pour les entreprises privées, Enéo paie le plus lourd tribut. Toujours d’après la note de conjoncture de la Caisse autonome d’amortissement, l’encours de la dette de l’Etat du Cameroun auprès du distributeur de l’énergie électrique était de 40 milliards 100 millions à la même date. On note également que les marketeurs ne sont pas en reste. L’encours de la dette de l’Etat auprès de Corley est de 6 milliards 400 millions, 4 milliards 600 millions pour Ola Energy et 10 milliards 300 millions pour Green Oil. Les banques Ecobank, Bgfi, Banque Atlantique, Uba, cca Bank, Crédit foncier, Société générale sont également des structures commerciales auprès desquelles l’Etat est fortement endettée, ayant financé une bonne partie des projets structurants, y compris les stades Olembé et Japoma.

Et à bien y regarder, ces dettes sont encore constitués par ces fonctionnaires qui ont transformés les caisses de l’Etat en caisse privées, ou qui profitent de leur statut social pour  dévier les ressources étatiques, quitte à justifier par la suite que c’est de l’argent public dans le compte privé d’un homme public.

Surendettement

En dehors des banques commerciales, les autres entreprises, publiques parapubliques ou privées qui réclament de l’argent à l’Etat, sont celles qui en même temps sont les plus critiquées pour la qualité et la quantité du service offert au public. Camwater, Eneo, Camtel ont toutes très mauvaise presse au sein de l’opinion, incapable de d’offrir de manière satisfaisante les services de bases que sont l’eau, l’électricité et le téléphone. Y aurait-il alors un lien entre cette incapacité à satisfaire le minimum et la dette non payée par l’Etat ? Toujours est-il qu’elles se réfugient désormais derrière ces dettes pour justifier les insuffisances, et l’Etat garant du bien-être des populations ne peut pas s’en dédouaner. Ce qui est incompréhensible dans tout cela, c’est que pendant que l’Etat accumule ces dettes auprès des entreprises et pénalise au bout du circuit le citoyen lambda qui ne peut bénéficier du service minimum, des fonctionnaires accumulent dans leurs patrimoines des sommes en mesure de les éponger. Et à bien y regarder, ces dettes sont encore constitués par ces fonctionnaires qui ont transformés les caisses de l’Etat en caisse privées, ou qui profitent de leur statut social pour  dévier les ressources étatiques, quitte à justifier par la suite que c’est de l’argent public dans le compte privé d’un homme public. Ce sont eux qui utilisent l’électricité dans les bureaux de l’Etat et gonflent l’ardoise chez Eneo, usent et abusent du téléphone et d’internet que l’Etat n’arrive pas ensuite à payer à Camtel, c’est à eux que profite les bon de carburant tirés auprès des marketeurs qui ne sont pas aussi payés.

Et dire que pour essayer de rembourser le peu de dettes qu’il arrive à faire, l’État continue de s’endetter. On déshabille Pierre pour habiller Paul, le temps de se rendre compte que Pierre est désormais nu. La gouvernance publique est une fois de plus interpellée, si l’on veut un jour sortir de la spirale de la dette, les ordures qui s’entassent dans la rue faute de ramassage, en est aussi une conséquence.

La face visible

La caisse autonome d’amortissement, qui consolide les dettes de l’Etat, indique dans son dernier rapport que la Cameroun a déboursé une enveloppe totale de 835,9 milliards de FCFA pour rembourser ses dettes intérieure et extérieure au cours de la période de 9 mois allant de janvier à septembre 2021. Plus important, 172,2 milliards de cette somme représentait des intérêts et commissions. 172 milliards de Fcfa. De quoi, selon le journal économique en ligne investiraucameroun.com,  financer la « construction d’un barrage hydroélectrique de 75 MW comme celui de Bini à Warak, dont les travaux sont bloqués depuis bientôt 2 ans dans la partie septentrionale du pays, en raison des difficultés à décaisser un crédit obtenu auprès d’une banque chinoise. » Le média précise que l’addition des intérêts payés par l’administration centrale sur la dette publique camerounaise aurait été plus salée, si le pays avait respecté les objectifs de remboursements prévus dans la loi de Finances rectificative de l’année 2021. Et dire que pour essayer de rembourser le peu de dettes qu’il arrive à faire, l’État continue de s’endetter. On déshabille Pierre pour habiller Paul, le temps de se rendre compte que Pierre est désormais nu. La gouvernance publique est une fois de plus interpellée, si l’on veut un jour sortir de la spirale de la dette, les ordures qui s’entassent dans la rue faute de ramassage, en est aussi une conséquence.

Roland TSAPI 

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