Droits humains : les libertés sous menace

La classe dirigeante et la société manifestent désormais une indifférence inquiétante face à la violation des droits élémentaires, même des actes qui relèvent du terrorisme semblent ne pas inquiéter. L’enlèvement récent d’un journaliste dont on a toujours pas de nouvelles, le prouvent à suffisance.

La liberté de la presse n’est pas un privilège des journalistes, c’est un droit des citoyens. Donc, si elle va mal, c’est que les citoyens ne s’occupent pas assez de leurs droits, » Cette phrase est de Edwy Plenel, journaliste politique français, dans un article publié dans Citées en 2013 intitulé « la presse, miroir d’une société. » Il est indéniable que la presse est le reflet d’une société, mais il y a des sociétés où on a honte de se regarder dans le miroir,  qui devient gênant, un obstacle à éliminer, à défaut de s’en dérober. Un journaliste camerounais est porté disparu depuis le 17 janvier 2023. Martinez Zogo, directeur de la radio Amplitude Fm émettant à Yaoundé, est enlevé dans la nuit par des individus non identifiés, alors qu’il était sur le chemin retour vers son domicile à Nkolfoulou dans le département de la Mefou et Afamba. D’après les témoignages relayés par les médias, il a été sorti de son véhicule par des hommes cagoulés, alors qu’il essayait de se réfugier dans la brigade gendarmerie de Nkol-Nkondi après avoir remarqué qu’il était pris en filature par une voiture non immatriculée de couleur noire. Depuis cette date, c’est silence radio, pas de nouvelles. L’affaire fait grand bruit, non pas à cause de l’enlèvement. L’insécurité dans la partie septentrionale du pays et dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la criminalité et la recherche du gain facile ont habitué les Camerounais à des enlèvements, lesquels sont toujours revendiqués par des groupes ou des individus qui exigent en contrepartie de la libération une rançon fixée à la tête du client. Aussi, à la suite de ces actes, les autorités administratives ou municipales se pressent de les condamner, alors que les forces de maintien de l’ordre se mettent en branlent pour rechercher les ravisseurs, et parfois le butin est présenté à la presse (oui, à la presse) en même temps que la bravoure du corps est célébrée et la collaboration de la population saluée.

La famille n’a pas été contactée pour la demande d’une rançon, et le véhicule décrit comme ayant servi à l’enlèvement ne semble pas indiquer ce les auteurs ont faim. Si la rançon n’est pas le mobile de l’enlèvement, chercherait-on alors à le faire taire, si oui qui ? Ou pour s’interroger comme dans le milieu des enquêtes, à qui profite le crime ? Aucune piste n’est désormais exclue.

Curiosités

Des questions se posent

Mais pour le cas Martinez Zogo, ni le maire de la localité, ni le sous-préfet de l’arrondissement ne se sont émus de l’enlèvement, aucune promesse publique de trouver les ravisseurs n’a été faite, aucune condamnation de l’acte. Du côté des ravisseurs, aucune revendication d’un groupe armé ou d’individu, aucune rançon demandée. Autant d’éléments qui sortent ce cas de l’ordinaire et amènent à se poser la question sur la personne victime. Qui est Martinez Zogo ?  Il est journaliste en service dans une radio à Yaoundé. Mais la qualité de journaliste suffit-elle pour qu’il soit enlevé ? Non, parce qu’il y a beaucoup d’autres journalistes qui sont en fonction et exercent, sans être inquiétés. On ne saurait donc accuser le pouvoir de Yaoundé de vouloir museler la presse, en s’arrêtant sur ce seul cas, et en tenant compte du fait que le président de la république qui incarne le pouvoir, de même que les ministères et autres institutions étatiques font l’objet de vives critiques au quotidien dans les médias, sans qu’ils ne soient réprimés comme dans certains pays où la critique du régime n’est pas permise. Qu’est ce qui dans un passé récent peut exposer le journaliste Martinez Zogo à un enlèvement ? D’après le journal en ligne camerounweb.com, il avait fait des détournements des deniers publics à travers des marchés publics fictifs son plat de résistance, et faisait sans cesse des dénonciations sur le braquage organisé des lignes 65 et 94 du budget de l’Etat. Il avait à cet effet compilé des documents de près de 300 pages indiquant dans les détails les montants siphonnés de ces lignes, les entreprises fictives inconnues du fisc qui étaient utilisées, les identités bancaires et les bénéficiaires. Ces documents avaient été remis à la présidente de la Cour d’Appel du Centre, à la présidence de la République, au ministère de la Justice, au Contrôle supérieur de l’Etat entre autres. Son malheur viendrait-il de là ? La famille n’a pas été contactée pour la demande d’une rançon, et le véhicule décrit comme ayant servi à l’enlèvement ne semble pas indiquer ce les auteurs ont faim. Si la rançon n’est pas le mobile de l’enlèvement, chercherait-on alors à le faire taire, si oui qui ? Ou pour s’interroger comme dans le milieu des enquêtes, à qui profite le crime ? Aucune piste n’est désormais exclue.

Laisser prospérer de telles pratiques est synonyme d’ouvrir la boite de Pandore. Dans un pays où les scandales aux milliards pullulent comme du sable dans le désert, dans un contexte où on parle de plus en plus de transition générationnelle, qui peut être synonyme d’écroulement d’un système, une mauvaise fenêtre ouverte peut conduire au précipice, et le gouvernement ne peut laisser croire que l’insécurité est à tel point où on peut désormais enlever impunément un habitant de la cité et le garder dans le noir

Droits

Toujours est-il que les droits fondamentaux du journaliste ont été violés, et l’Etat garant des libertés individuelles devrait se dédouaner, ou garder un silence complice. Les méthodes d’enlèvements des journalistes relèvent de la pure dictature, et le gouvernement du Cameroun qui présente la liberté d’expression comme l’un des acquis du Renouveau, ne saurait endosser la responsabilité des actes qui ternissent son image et baisse sa côte auprès des institutions internationales, regardantes sur les droits humains. Laisser prospérer de telles pratiques est synonyme d’ouvrir la boite de Pandore. Dans un pays où les scandales aux milliards pullulent comme du sable dans le désert, dans un contexte où on parle de plus en plus de transition générationnelle, qui peut être synonyme d’écroulement d’un système, une mauvaise fenêtre ouverte peut conduire au précipice, et le gouvernement ne peut laisser croire que l’insécurité est à tel point où on peut désormais enlever impunément un habitant de la cité  et le garder dans le noir. Le problème va d’ailleurs au-delà du simple journaliste, et concerne les citoyens dans l’ensemble. Mais s’ils font semblant de ne pas être concernés, il n’est cependant pas inutile de rappeler cette affirmation de Martin Niemöller «  Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

Roland TSAPI

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