Droits de l’homme : privilèges à l’Etat

Les gouvernants ont confondu la délégation des pouvoirs par le peuple, à la délégation de leurs droits. Les privilèges sont désormais pour eux seuls

Nous reparlons des droits de l’homme, dont la 73eme journée mondiale a été célébrée le 10 décembre 2021. Cette fois telle que conçue et considérée par l’Etat du Cameroun. S’il est indéniable que le respect des droits de l’homme exige une implication personnelle de chaque individu, il est aussi évident que les citoyens, dans le processus d’organisation de la société ont délégué certains de leurs pouvoirs, devoirs  et compétences à travers les urnes, aux élus que sont le président de la république, les députés et les conseillers municipaux. Etant entendu que les conseillers municipaux transfèrent à leur tour une partie de ces pouvoirs, devoirs et compétences aux conseillers régionaux, qui font pareil aussi en désignant les sénateurs. De même, pour le président de la république, il confie certains de ces devoirs que le peuple lui à délégué à d’autres personnes par des nominations à des fonctions civiles et militaires, et au final, tous ceux qui constituent l’appareil de l’Etat, nommés ou élus, sont des délégataires du citoyen, qui leur a dit : voilà, vous pouvez faire tel et tel devoir à ma place. Et il leur donne les moyens pour le faire. C’est ce qui est précisé dans la Constitution, à l’article 2 alinéa 2 en ces termes : « Les autorités chargées de diriger l’Etat tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élections au suffrage universel direct ou indirect, sauf dispositions contraires de la présente Constitution »

L’article 25 de la déclaration universelle des Droits de l’homme dit: 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. 2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale. » Cette déclaration, faut-il le rappeler, a été acceptée par l’Etat du Cameroun qui l’a reconnu dans la Constitution en disant «…affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la déclaration universelle des Droits de l’Homme… »

C’est eux seuls, qui ont droit à la sécurité en cas de chômage. Encore qu’ils ne chôment jamais, ils restent en poste même s’ils n’arrivent plus à parler ni marcher et doivent se déplacer en chaise roulante. Le pauvre citoyen qui leur a donné le pouvoir peut être admissible à l’Enam 8 fois, et revenir même la 9eme fois si l’âge le lui permet, ce n’est pas mauvais parce qu’il leur ajoute un peu d’argent en achetant les timbres pour ses dossiers.

Délégation de pouvoir et de devoir, mais pas de droits

Le train de vie de l’Etat

Que fait donc cet Etat de ces droits ? Dans les faits, ceux à qui le peuple a délégué tous ces pouvoirs, devoirs et compétences, font comme si le « toute personne » dont parle la Déclaration, repris dans la Constitution, se limitait à eux. C’est eux qui ont droit à un niveau de vie suffisant pour assurer leur santé, leur bien-être et celui de leurs familles, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires. Alors qu’ils vivent dans du luxe, se déplacent en grosse cylindrés, en hélicoptère ou en avion au choix, alors qu’ils dépensent pour leurs besoins élémentaires plus du million de francs par mois pour rester modeste, ils disent que le citoyen qui leur a délégué ses pouvoirs, peut se débrouiller avec 36 000 francs dans la même période de temps. Le citoyen les a choisi et leur a donné le pouvoir et les moyens pour qu’ils s’assurent que tout le monde a un logement décent, ils construisent des logements qu’ils appellent « sociaux » et se les partagent entre eux qui peuvent avoir 17 millions de francs et des garanties bancaires pour acheter. Le pauvre citoyen peut se débrouiller dans les élobis, lutter avec les eaux chaque fois qu’il pleut. C’est eux seuls, qui ont droit à la sécurité en cas de chômage. Encore qu’ils ne chôment jamais, ils restent en poste même s’ils n’arrivent plus à parler ni marcher et doivent se déplacer en chaise roulante. Le pauvre citoyen qui leur a donné le pouvoir peut être admissible à l’Enam 8 fois, et revenir même la 9eme fois si l’âge le lui permet, ce n’est pas mauvais parce qu’il leur ajoute un peu d’argent en achetant les timbres pour ses dossiers.

Ce sont eux seuls qui sont pris en charge en cas de maladie, évacués à l’étranger pour dépenser encore un peu plus, ce sont leurs veuves et veufs qui doivent être assistés après eux et elles, ce sont eux qui doivent bénéficier de la pension, c’est-à-dire de quoi vivre jusqu’à leur mort, le pauvre citoyen, s’il lui arrive de perdre ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, tant pis pour lui, il peut toujours aller à la télévision demander la magnanimité de la nation.

Les droits sont inaliénables. Quand il est écrit que « toute personne » a droit à telle chose, il ne s’agit pas de toute personne détenteur d’un pouvoir électif ou nominatif, il s’agit de toute personne tout court, y compris l’enfant Mousgoum ou arabe Choa. Le peuple a délégué certaines tâches à l’Etat, pour qu’il assure mieux ses droits, pas pour qu’il lui enlève certains droits.

Une école dans l’Extrême Nord du Cameroun

«  La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales », dit encore la déclaration universelle des droits de l’homme. C’est encore pour eux ces droits-là. Leurs épouses peuvent prendre trois mois de congés pour aller aux Etats Unis accoucher, revenir toucher les allocations à la Caisse nationale de prévoyance sociale. La pauvre citoyenne qui leur a délégué les pouvoirs doit accoucher sur les feuilles, ou être retenue à l’hôpital après l’accouchement faute de moyens de payer, et une fois sortie elle doit attacher le bébé de deux semaines sur le dos pour aller vendre le foléré ou ouvrir son call box. Personne pour l’assister. Des jeunes filles partent parfois déposer le bébé à la poubelle, et répondent qu’elles n’ont pas les moyens pour s’en occuper. Plus est, ceux-là à qui des pouvoirs ont été délégués pour assurer une régulation sociale pour le bien-être de tous, après s’être tout accaparé, reviennent chaque année dire qu’ils n’ont pas assez de moyens pour travailler, qu’il faut que le pauvre citoyen leur augmente de l’argent à travers de nouvelles taxes et impôts. Entre temps ils ne disent pas à ce citoyen à combien et à qui ils ont vendu l’or, le diamant, le fer et la bauxite qu’ils ont fait creuser dans le sous-sol, et ce qu’ils ont fait de l’argent. Ils se comportent comme si le citoyen leur a aussi délégué ses droits. Les droits sont inaliénables. Quand il est écrit que « toute personne » a droit à telle chose, il ne s’agit pas de toute personne détenteur d’un pouvoir électif ou nominatif, il s’agit de toute personne tout court, y compris l’enfant Mousgoum ou arabe Choa. Le peuple a délégué certaines tâches à l’Etat, pour qu’il assure mieux ses droits, pas pour qu’il lui enlève certains droits.

Roland TSAPI

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