Droits de l’homme : la responsabilité individuelle

C’est une affaire de tous, mais on a tendance à avoir les yeux tournés vers le gouvernement.

Le 10 décembre 2021 s’est célébrée dans le monde entier, la journée des droits de l’homme. Pour la 73eme fois déjà, depuis la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. En 1958, à l’occasion du 10e anniversaire de cette proclamation, la présidente de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Eleanor Roosevelt, disait dans son discours : « Après tout, où commencent les droits de l’homme universels ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. (…) Si dans ces lieux les droits sont dénués de sens, ils n’en auront guère davantage ailleurs. Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde. » Une façon de dire que le respect des droits de l’homme est une affaire de tous d’abord. Mais tous savent-ils de quoi il s’agit ou à quoi renvoient les droits de l’homme ? La déclaration universelle des droits de l’homme adoptée aux Nations unis et qui sert de guide en la matière, définit les différents contours et champs d’application. Quelques articles disent :

Article 1 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Article 4 : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. Article 5 : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Article 7 : Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi… Article 13 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. Article 16 1. À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution. 2. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux. 3. La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État. Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Après tout, où commencent les droits de l’homme universels ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. (…) Si dans ces lieux les droits sont dénués de sens, ils n’en auront guère davantage ailleurs. Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde. »

Responsabilité individuelle

On ne peut citer ici tous les 30 articles que comporte la Déclaration, mais dans l’ensemble, le respect des droits de l’homme n’est pas une affaire du gouvernement seul, comme ont tendance à le faire croire les défenseurs des droits de l’homme, mais d’abord une responsabilité individuelle. Quand un homme choisit et impose un mari à sa fille, en plus de 12 ans, en violant l’article 16 qui prescrit le libre consentement des époux, le gouvernement n’est pas avec lui. Quand la fille essaie de s’échapper, il profère des malédictions contre elle lui disant qu’elle n’aura jamais de progéniture ou que sa progéniture ne pourra jamais rien faire, il ne le fait pas sur ordre du gouvernement. Quand une femme traite sa ménagère à la maison comme une esclave, quand des employeurs font travailler des ouvriers dans des chantiers à haut risque les mains nues et sans prime de risque, quand un conducteur de moto viole le feu rouge, quand un commerçant est installé sur la chaussée pour vendre, tous violent les droits des autres, et cela n’est pas une prescription gouvernementale. Les droits de l’homme ne se limitent pas aux libertés civiles et politiques dont les gouvernements sont coupables de violation au quotidien, ni à la liberté d’opinion, ils s’étendent dans tous les domaines, et s’appliquent à tout moment de la vie de l’être humain. Une famille chérifienne ou musulmane qui interdit à sa fille ou à son fils d’avoir un ou une partenaire de vie d’une autre confession religieuse, n’est pas différente d’un gouvernement dictatorial. Ces pratiques et bien d’autres sont courantes mais personne ne fait attention.

Dans le fond, les violations des droits de l’homme par les gouvernements sont plus visibles, mais les violations des droits de l’homme par les individus sont plus nombreuses.

Le droit à un environnement sain par exemple est l’un des droits piétinés au quotidien même à des endroits et par des personnes les plus insoupçonnées. Exemple : un document signé d’un administrateur de greffes à la Cour d’Appel du Littoral annonce une  « cérémonie de mise en service des toilettes rénovées à la Cour d’Appel du Littoral mise à la disposition des auxiliaires de justice mercredi 15 décembre 2021 » La cérémonie prévoit l’arrivée à 13h sur le site de Me Ngoula Fotso, initiatrice des travaux de rénovation et ses confrères avocats, et plus tard la coupure du ruban par le président de la Cour d’Appel pour matérialiser la mise en service des toilettes rénovées. Organiser une cérémonie pour la mise en service des toilettes dans un service public, est un indicateur du niveau le plus profond de banalisation des droits élémentaires dans la société. Les toilettes qui doivent être les premiers en service dans un lieu que fréquentent les humains, qui doivent être les dernières pièces fonctionnelles dans un bâtiment public, même si toutes les pièces sont hors service. On en fait tout un événement. Dans le fond, les violations des droits de l’homme par les gouvernements sont plus visibles, mais les violations des droits de l’homme par les individus sont plus nombreuses. Et c’est là tout le sens de l’interpellation d’Eléonor Roosevelt « Après tout, où commencent les droits de l’homme universels ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. (…) » Bien entendu, la responsabilité individuelle n’exempte pas l’État de son devoir,  qui doit garantir et protéger ces droits de l’homme. Mais qu’en fait-il ?

Nous y reviendrons

Roland TSAPI

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