Drames urbains : les enquêtes à faire

Ils se succèdent chaque jour, sans que les responsabilités ne soient établies à l’issue des véritables enquêtes. La police n’est pourtant pas incapable

les restes de la maison où 6 enfants sont morts dans la nuit du 24 au 25 août 2021

Dans la nuit du 24 au 25 août 2021, 6 enfants sont morts dans une maison au quartier Brazzaville dans le 3eme arrondissement de la ville de Douala. L’espace du drame était constitué de deux pièces d’une maison d’habitation en matériau provisoire où logeaient d’autres locataires. Les deux pièces où se trouvaient les 6 enfants, de 15, 12, 9, 7 et 3 ans pour les jumeaux, ont été léchées par un incendie. D’après Takoukam Madie Brigitte la mère des 6 enfants, rencontrée le 26 août, on l’avait abandonné avec les enfants depuis 7 ans, et elle se bat seule pour les élever, en faisant un petit commerce de nuit. Ce soir du 24 août, elle a quitté la maison aux environs de 20h30 pour retrouver deux de ses enfants qui étaient déjà en route au lieu-dit Rond-point Dakar, devant le bar « jolie soir » avec ses marchandises, notamment les mets de pistache et des ignames. Elle laissait derrière elle les 4 autres enfants, ayant pris le soin de coucher les deux derniers garçons de 3 ans, qui sont des jumeaux. Autour de minuit, après le départ des bus de voyages qui lui procurent l’essentiel de sa clientèle, elle aurait fait rentrer les deux enfants, qui sont retournés seuls à la maison. Et c’est autour de 2h du matin que sa voisine viendra l’appeler, l’informant que la maison était en feu. D’après elle, les voisins qui éteignaient le feu ne savaient pas que les enfants étaient à l’intérieur. Et aucun cri n’aurait été entendu, et il y avait un cadenas sur la porte fermée de l’extérieur. Les corps ont été récupérés par les sapeurs-pompiers et déposés à la morgue de l’hôpital de Nylon tergal

« Enquête »

Comme il est de coutume dans ce genre de drame, les services publics se sont déjà saisis de l’affaire, et déjà trois unités de police ont commencé à recueillir les éléments : la police judiciaire, le commissariat de sécurité publique du 8eme arrondissement et le commissariat spécial du 3eme arrondissement. Des premières déclarations des témoins et autres recueillies par les médias, la cause de l’incendie reste mystérieuse. Le courant électrique, coupable tout trouvé dans de pareils cas, est cette fois hors de cause. La concession avait été déconnectée de l’électricité depuis 9h du matin du 24 août par celui qui est appelé « le bailleur de la lumière » pour facture impayée. Aucun locataire de cette cité n’utilisait le gaz domestique, et les enfants n’avaient pas allumé de bougie, ils utilisaient le téléphone de leur mère pour éclairer. Les sources potentielles du feu en interne étant éliminées, la question est de savoir d’où venait le feu.

Après les causes de l’incendie, il faudra chercher les causes de la mort de ces six enfants. Il faudrait déterminer si les enfants étaient morts avant l’incendie, ou si c’est la fumée et les flammes qui les ont tués. Et cela devra être le résultat d’une analyse scientifique pour éliminer tout doute, ce qui suppose des précautions à prendre dès le départ. Des précautions qui commencent par la récupération des corps et leur conservation, et ensuite la sécurisation des lieux. Sauf que 24 heures après la survenance de l’incendie, les lieux n’étaient pas balisés, l’accès était encore libre à tous, laissant libre cours à la falsification ou à l’altération des preuves éventuelles.

Trois jours après les faits, les soupçons pèsent sur l’occupante de la chambre voisine, qui travaille aussi dans la nuit, et c’est elle qui aurait découvert le feu en rentrant autour de 2h, et  a eu le temps de sortir ses effets après le déclenchement du feu, jusqu’au frigo. Elle aurait ensuite pris une moto pour aller avertir la mère des enfants. Selon les déclarations de cette dernière, cette voisine aurait dit aux voisins accourus pour éteindre le feu qu’il n’y avait personne dans la maison, et aurait expliqué plus tard qu’elle a fait cette affirmation parce qu’elle ne dialogue pas avec sa voisine sinistrée. Curieux tout de même qu’elle ait eu la gentillesse de prendre une moto et aller l’avertir du déclenchement du feu.  Cette voisine est désormais considérée dans le quartier comme la coupable désignée, surtout que la mère affirme qu’il y avait un cadenas sur la porte fermée de l’extérieur, alors qu’elle a l’habitude de réveiller les enfants pour ouvrir la porte de l’intérieur à son retour.

L’enquête seule, la vraie, devra déterminer si l’incendie n’était pas pour masquer un crime perpétré avant, et si c’est le cas, rechercher les mobiles du crime.

Recherche des faits

Mais il y a un risque que les enquêteurs se laissent aller à la facilité et ne poussent pas plus loin. Après les causes de l’incendie, il faudra chercher les causes de la mort de ces six enfants. Il faudrait déterminer si les enfants étaient morts avant l’incendie, ou si c’est la fumée et les flammes qui les ont tués. Et cela devra être le résultat d’une analyse scientifique pour éliminer tout doute, ce qui suppose des précautions à prendre dès le départ. Des précautions qui commencent par la récupération des corps et leur conservation, et ensuite la sécurisation des lieux. Sauf que 24 heures après la survenance de l’incendie, les lieux n’étaient pas balisés, l’accès était encore libre à tous, laissant libre cours à la falsification ou à l’altération des preuves éventuelles. Sur les images, on constate que la maison n’a pas été entièrement brûlée comme on a souvent vu dans certains cas, le squelette est encore debout, ce qui laisse croire que l’intensité du feu et la vitesse de propension aurait laissé des chances de survie à ces enfants, parmi lesquels il y a quand même un garçon de 15 ans, une fille de 12 ans et un garçon de 9 ans. Ce serait trop facile de présenter la voisine comme coupable, même si elle avoue avoir mis le feu comme l’affirme la mère des enfants. Les enquêteurs savent bien que l’aveu n’est pas toujours une preuve qu’on est coupable, il y a des aveux de couverture.

L’enquête seule, la vraie, devra déterminer si l’incendie n’était pas pour masquer un crime perpétré avant, et si c’est le cas, rechercher les mobiles du crime. La mère des enfants affirme qu’elle  est abandonnée depuis 7 ans avec les enfants. Sont-ils d’un même père ou de pères différents, où sont-ils, sont-ils mariés ou pas, quelles sont leurs conjointes, toutes doivent être interrogées dans cette affaire, où rien n’est à exclure, aucune piste à négliger. La filiation de tous les enfants doit être établie, avec des tests d’Adn au besoin et les différents parents de tous ces enfants entendus sans exclusive. Cela devra prendre du temps sans doute, mais cela est nécessaire, et on ne peut pas faire l’insulte à la police camerounaise en pensant qu’elle en n’ est pas capable ou qu’elle n’a pas les moyens. Etablir toute la vérité et tirer toutes les conséquences, pourrait permettre d’éviter que la société ne sombre dans les même travers tous les jours

Roland TSAPI

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