Douala/Yaoundé : désordre urbain, la bête noire des maires de ville

Pas un début de solution pour améliorer la mobilité urbaine n’est visible dans les deux principales capitales du pays, un an après l’instauration du poste de maire de ville.

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Les villes de Douala et Yaoundé sont-elles condamnées à être dans le désordre ? Il ne faut surtout pas le croire, au risque de l’intégrer et d’en faire une réalité. Et cette réalité semble être fatale pour les maires des deux principales capitales du Cameroun. Roger Mbassa Ndine à Douala et Luc Messi Atangana pour la ville de Yaoundé, ont pris les clés de ces deux villes depuis le mois de mars 2020. Un an après, les commerçants sont toujours bien installés sur les routes, les trottoirs, les terre-pleins. Les trottoirs sont également occupés par des fabriques de parpaings, des garages et des ateliers de toutes sortes. Les marchés sont aussi insalubres, touffus et désorganisés, les motos taxis continuent de rouler à contre sens, violer allègrement les feux de signalisation, les surcharges des taxis sont plus que de règle, les tas d’ordures font toujours partie du décor de ces deux villes, les débits de boissons continuent de se superposer les uns sur les autres, les nuisances sonores sont plus que de mode, avec des baffles qui tonnent de plus en plus fort à longueur de journée. Vu de dessus, les grands carrefours sont de véritables fourmilières, où les uns se marchent sur les autres. Les bidonvilles s’étendent à volonté, les constructions anarchiques aussi. Les populations sont indisciplinées, à la limite même de mauvaise foi. Elles envahissent volontairement les espaces publics, et tendent à en faire des propriétés privées. Mais les gestionnaires de la ville doivent-ils alors croiser les bras et attendre qu’elles prennent conscience ?

Coup d’épée dans l’eau

Dans la ville de Douala, la communauté urbaine a initié le 26 février 2021 une campagne baptisée  «restaurer les trottoirs au piétons», qui visait à libérer les routes de la ville de ses occupants illégaux. La première phase de la campagne consistait à mener une enquête auprès de ces occupants pour les comprendre, et qu’ils ne soient pas surpris. Une campagne achevée un mois plus tard, et statu quo par la suite. D’ailleurs il fallait s’y attendre, les habitudes ayant la peau dure. Ceux qui sont installées sur les chaussées, les trottoirs et les espaces publics ne sont pas des personnes qui se sont trompées et qui se ravisent une fois que l’on vient leur dire qu’ils ne sont pas au bon endroit. Au contraire, ils sont installés à ces endroits par conviction, et se défendent sérieusement quand l’on veut leur faire entendre raison. Tous les services de la mairie le savent, et ce n’est pas le maire de la ville qui devrait l’ignorer. Entre-temps les villes étouffent, deviennent invivables. Faire une course en ville est devenu une punition pour les âmes sensibles, surtout quand il faut traverser certains carrefours ou marchés dans son itinéraire.

Légalisation de l’illégalité

Face à l’absence de solutions dans la ville de Douala, le maire de la commune d’arrondissement de Douala 2eme que dirige Denise Fampou, a imaginé une solution qui conjugue en elle seule de l’insolite, de l’incompréhensible et de l’illégalité. Cette commune regorge le plus grand nombre de marchés, et est de ce fait un véritable concentré du désordre urbain et de l’occupation des chaussées. Les marchés central, NKololoun, Congo des femmes, des chèvres, des oignons, pourront faire des échantillons d’études et de recherches en la matière. La mairie de Douala 2eme a donc décidé de matérialiser la chaussée à Nkololoun, en y traçant des carrés numérotés, qui devront désormais être payés à hauteur de 100 000 francs par exercice pour les commerçants qui s’entêtent à occuper les espaces publics. Ce qui a provoqué le courroux de  ces derniers, qui dans une vidéo publiée dans un lien youtube, se sont subitement rappelés que la route appartient à l’Etat et que personne ne peut leur faire payer pour y exercer leur commerce. On est là face à une frustration née de la légalisation de l’illégalité, et l’insolite c’est que les auteurs du premier acte illégal se plaignent de la légalisation de leur acte. Bref, une fois de plus, le désordre urbain laisse à voir aussi que le bien public au Cameroun est devenu comme un gibier que les gardes du parc, transformés en chasseurs, se disputent avec les vautours, chacun pour prendre la plus grande part. La mairie supposée protéger le patrimoine de l’Etat veut désormais se le partager avec les commerçants envahisseurs. Ces derniers savent qu’ils n’ont pas à être sur la chaussée, mais y sont et se justifient par le manque d’alternatives. La maire de la commune d’arrondissement de Douala sait qu’elle n’a pas à faire des transactions sur la chaussée publique, la recette qu’elle veut créer n’ayant même pas fait l’objet d’une délibération du conseil municipal comme le prévoit la loi, mais elle le fait. Il n’y a pas meilleure image pour décrire une jungle, où règne la loi du plus fort, où la ville est « cruelle » comme dirait l’écrivain.

Impuissance ou résignation

L’inquiétant c’est que les gestionnaires de la ville semblent se complaire devant ces faits. Initier une campagne de sensibilisation en direction de ces occupants, apparaissait depuis le début comme l’attitude  d’un propriétaire qui va dans son champ dire aux mauvaises herbes de quitter, parce que son champ est prévu pour d’autres plantes. On dirait même que le maire de la ville essaie de gagner du temps, devant une situation qui le dépasse, pour à la fin de son mandat dire qu’il a quand même essayé quelque chose. Bref, un an après, les super maires ont démontré leur incapacité à apporter un début de solution au désordre urbain dans toutes ses manifestations. Mais la mobilité urbaine doit et devrait être une préoccupation permanente des gestionnaires de la ville, et face à l’instinct de survie qui pousse les populations à ne plus tenir compte d’un minimum de règles, il est recommandé une main de fer dans un gang de velours. Si la ville ne vaut que par les habitants qui la peuplent, elle ne doit pour autant pas mourir à cause de ces habitants.

Roland TSAPI

One Reply to “Douala/Yaoundé : désordre urbain, la bête noire des maires de ville”

  1. Pour arranger ça il faudra seulement fouetter les camerounais avec l’arbre de paix et le jujube. C’est très grave à Douala

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