Développement : le surendettement du Cameroun sans impact visible

Le Fonds monétaire international s’inquiète du niveau d’endettement du Cameroun, alors que l’amélioration des conditions de vie des populations ne suit pas  

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Stade d’Olembé, éternel chantier

Où en est le Cameroun avec sa dette ? Le peuple est habitué à suivre des informations officielles à la radio, selon lesquelles le président a signé un décret autorisant le ministre compétent à contracter une telle dette avec telle structure financière nationale ou internationale. Les derniers en date, sont les décrets n°2021/100 et  n°2021/101 du 16 février 2021, habilitant le ministre de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire à signer respectivement deux conventions de crédit, l’une avec la Standard Chartered Bank et BPI France export d’un montant de 55.166.693.111 FCFA pour le projet d’achèvement du complexe sportif d’Olembe, et l’autre avec la  UK Export Finance (UKEF)  de 88.889.591.078 FCFA pour le financement de la phase 2 du projet de réhabilitation de la pénétrante Est de la ville de Douala. Ces deux décrets, s’apparentaient à deux marches d’escaliers de plus que le Cameroun descendait vers le gouffre sombre dans lequel il est plongé depuis des années, et au sujet duquel le ministre des finances Louis Paul Motaze présentait un état aux députés il y a deux ans : « le risque de surendettement élevé se justifie par le dépassement, depuis l’année 2018, de deux ratios de liquidités que sont le ratio de service de la dette sur les recettes d’exportations d’une part, et le ratio service de la dette sur les recettes publiques, d’autres part. Ce qui indique qu’à partir de 2018 jusqu’en 2026, le trésor public rencontrera d’énormes difficultés pour honorer ses engagements notamment le règlement du service à bonne date. » Pour reprendre en termes simples le ministre, le Cameroun n’aura pas de l’argent pour payer ses dettes pendant 5 ans encore, qu’elles soient externes ou internes. En interne, ceci est confirmé par bien d’exemples dont l’un est celui de la dette envers Energy of Cameroon, l’entreprise en charge de la distribution de l’énergie électrique au Cameroun, qui réclamait environ 40 milliards de francs Cfa à la fin d’année 2020, selon le directeur Éric Mansuy dans une interview accordée au journal économique en ligne Investir au Cameroun et publié le 16 avril 2021. Et dans le même temps, la pression fiscale sera plus forte chez le contribuable au niveau des impôts et taxe tout comme au niveau de la douane. Selon une information publiée sur le site internet du ministre des finances, « la cadence de collecte entre 2021 et 2023 sera maintenue dans l’ensemble. Dans le détail, elles s’établissent à 1 955,7 milliards de Fcfa en 2021 ; 2 113,6 milliards de Fcfa en 2022 et 2 339,2 milliards de Fcfa en 2023, soit une augmentation de plus de 10% par rapport à l’exercice 2020. Ce qui, avec la douane, permet de tabler sur des recettes fiscales évaluées à 3253 milliards de Fcfa à l’horizon 2023. »

Surendettement

De manière plus générale, en jetant un coup d’œil sur les feuilles de budget du Cameroun depuis 5 ans, l’on constate que la dette absorbe au moins plus du 5eme de l’enveloppe globale. Dans l’exercice 2017, le service de la dette en avait pour 727,5 milliards FCFA sur 4373,8 milliards du budget total ; en 2018 elle en avait pour 1056 milliards FCFA sur 4513,5 milliards ; en 2019, 1057,4 milliards FCFA sur 4832,9 milliards ; en 2020, 1011,9 milliards sur 4951,7 milliards, et 982,4 milliards FCFA sur 4865 milliards pour l’exercice 2021. A quoi servent ces dettes que le Cameroun contracte à tout va et qui absorbent chaque année une bonne partie du budget?

Du manioc, attend l’usine de transformation

Avant la session de novembre 2020 de l’Assemblée nationale consacrée au vote du budget, le député Jean Michel Nintcheu avait déposé une question orale adressée au ministre des finances, pour lui demander de faire le point d’une part sur le niveau d’endettement du Cameroun et d’autre part sur les projets réalisés. Il dit «Monsieur le ministre…il est constant que les multiples dettes contractées depuis près de deux décennies n’ont pas du tout été efficaces par rapport à leur impact sur l’économie nationale. Leur impact social n’est pas visible pour le commun des camerounais pour la simple raison que ces projets ont été mal pensés et n’ont pas été sélectionnés sur la base de leur viabilité financière et économique. À titre indicatif : 1- Dans le secteur de l’énergie électrique, l’État du Cameroun a contracté des emprunts de plus de 1200 milliards FCFA sans que le taux de couverture en énergie électrique ne connaisse une augmentation sensible proportionnelle aux moyens financiers déployés. Pourtant toutes les expertises vous recommandent une centrale hydroélectrique digne de ce nom. 2- Plusieurs projets sont par ailleurs devenus des éléphants blancs: Où est passée l’usine de tracteurs à Ebolowa? –  Où est passée la Société de transformation de manioc de Sangmelima (SOTRAMAS) qui avait l’ambition de transformer 120 tonnes de manioc par jour et qui n’a pas encore produit une seule tubercule de manioc,  où est passée la Société des produits agricoles du Cameroun (SPAC) à Bafang qui devait disposer d’abattoirs  d’une capacité de 2500 poulets par heure et de livraison de 15 millions de poulets par an sur le marché camerounais. À combien se chiffrent tous ces fonds perdus ? Que dire des grands ouvrages dont les coûts ont  été quatre ou cinq fois supérieurs aux normes de l’industrie? À titre d’illustration : – Combien ont coûté au contribuable camerounais les différents chantiers de la CAN : Stade d’Olembe, stade militaire à Yaoundé, stade de Japoma, stade de la Réunification, stade Mbappe Leppe à Douala, Stade de Kouekong à Bafoussam, les annexes de ce stade à Mbouda et Bandjoun, the Middle Farm Stadium de Limbe ainsi que toutes les autres infrastructures prévues pour cette compétition ? »

Le pays serait-il bradé ?

Difficile de répondre à toutes ces questions. Le principe de la dette est qu’elle doit être remboursée. Aujourd’hui les gouvernants plongent le pays dans des dettes qui n’ont aucun impact sur le bien-être de la population à cause de la gabegie. On facture un sac de ciment à 16 000 francs, 3 fois plus cher. Et ils vont s’en aller après avoir rempli les comptes bancaires à l’étranger, acheté tous les terrains et construit des immeubles pour leurs descendances. Les pauvres vont payer. On est là dans un cas de figure où un père a contracté des dettes dans toutes les banques, au quartier il doit des fortes sommes  aussi au boutiquier du coin, il meurt en laissant une maison qui suinte de partout avec de meubles abimés, et les enfants héritent des dettes et des crédits au quartier qu’il doivent payer, sans savoir à quoi ils ont servi. Peut-être le père s’était-il entendu avec les différents créanciers pour qu’ils viennent récupérer la maison après sa mort ? Sait-on jamais !!!

Roland TSAPI

One Reply to “Développement : le surendettement du Cameroun sans impact visible”

  1. Et ce n’est pas tout. Le surendettement du Cameroun a encore de beaux jours devant lui. Et tant pis pour les générations futures. Tout pour eux et le Cameroun disparaîtrait avec eux s’il le fallait

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