Dette publique : le gouffre continu

Le niveau d’endettement du Cameroun est de plus en plus élevé d’années en années, ce qui n’inquiète pas outre mesure les dirigeants qui n’hésitent pas à en demander toujours, alors que dans le concret les bénéfices ne se font pas sentir. L‘autoroute Yaoundé Douala est une illustration parmi tant d’autres.

Le 23 août 2022, le président de la république  Paul Biya a signé une circulaire autorisant le  ministre des Finances à mobiliser un montant de 200 milliards fcfa par émissions de titres publics, notamment des obligations du trésor. Selon la circulaire, les 200 milliards devaient être destinés au “financement des projets de développement inscrit dans la loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2022″. En avril 2022 déjà, le pays avait bouclé un autre emprunt obligataire de 235 milliards fcfa sur le marché régional et D’après la caisse autonome d’amortissement, structure qui observe entre autres l‘évolution de la dette du Cameroun, au 30 juin 2022 l’encours de la dette publique se chiffrait à 11 933 milliards de F, soit une hausse de 11,2 % en glissement annuel. La dette extérieure étant estimée à 7 867 milliards de francs cfa. Une dette extérieure composée de 43,7% de dette multilatérale, c’est-à-dire contractée auprès des institutions dont la Banque mondiale qui représente 35%, le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) qui représente 27,3% et le Fmi qui détient 22%. L‘autre composante de  la dette extérieure est la dette bilatérale, contractée directement auprès des pays et se chiffre à 3 401 milliards de F. Les principaux créanciers sont la Chine avec 63,2% et la France avec 27,3%. Quant aux emprunts intérieurs, ils se chiffrent à 2 938,1 milliards de F, en hausse de 10,6% en glissement annuel et est constituée de 50,2% de titres publics. Selon la Caisse autonome d’amortissement toujours, entre 2016 et 2020, la dette publique du Cameroun est passée de 6 010 milliards de F à 10 334 milliards de F, et au cours de l’année 2023, les dépenses des charges de l’Etat du Cameroun sont projetées à 6 040,4 milliards de fcfa, soit une hausse de 32,7 milliards par rapport à 2022. Une partie de ces dépenses, soit 287,6 milliards de FCFA (contre 239,6 milliards en 2022), sera affectée au paiement des intérêts sur la dette publique; soit une hausse de 48 milliards (+20,03%). Comparée aux 190,2 milliards payés en 2020, la rémunération des créanciers du Cameroun pourrait faire un bond de 66% en l’espace de 3 ans.

« Une fois les travaux de construction de la première phase terminés, le gouvernement du renouveau se rend compte que l’autoroute s’arrête à Bibodi, en plein milieu de la forêt. Elle ne peut servir à rien à l’état actuel des choses (alors qu’elle était initialement prévue initialement pour relier Douala et Edéa, deux grandes villes). Afin de rendre cette première phase de l’autoroute utile, il faut la raccorder à l’axe qui relie actuellement Yaoundé et Douala.

Gouffre

Une vue de l’autoroute Yaoundé Douala en chantier

Selon des experts en économie, la dette n’est pas toujours une mauvaise chose, elle est d’ailleurs la preuve de la vitalité d’une économie, le problème est comment on contracte la dette et ce qu’on en fait. Il existe toujours au sein du gouvernement des érudits qui expliqueront beaucoup de choses qu’ils comprennent d’ailleurs seuls la  plupart de temps, mais à l‘observation des faits, il n’échappe à personne qu’il y a anguille sous roche. Sur ce qu’on fait de la dette, l’exemple de l‘autoroute Yaoundé-Douala est édifiant. Les travaux de la première phase longue de 60 kilomètres ont débuté en 2014 pour une durée de 4 ans. C’est le 31 décembre 2021, 8 ans plus tard, que la réception technique a eu lieu, pour que l‘utilisation soit par la suite interdite par le gouverneur de la région du Centre. Pour Darlin Nguevo, un membre du directoire du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, ce projet est ce qu’il qualifie de « comble de la folie du Renouveau. » Il dénonce déjà le détournement du projet, expliquant que pour les concepteurs, il s’agissait de l’autoroute Douala – Yaoundé. C’est-à-dire que l’autoroute devait commencer plutôt à Douala et les 60 premiers kilomètres devaient relier Douala, poumon économique du Cameroun et Edéa, future ville industrielle du Cameroun. Ce premier tronçon devait permettre le désengorgement de la pénétrante Est de la ville de Douala. Une fois à Yaoundé, certains, sans raisons pertinentes, ont décidé que l’autoroute doit commencer par Yaoundé, chez eux. C’est ainsi que l’autoroute Douala – Yaoundé est devenue l’autoroute Yaoundé – Douala. Ensuite, il relève le retard et la surfacturation. La première phase devait donc être entre Yaoundé et Bibodi, 339 milliards de francs cfa pour les 60 km. À l’époque, la banque mondiale trouvait déjà ce montant 4 fois plus cher que les montants pratiqués dans les autres pays africains. Mais comme cela ne suffisait pas, le coût du projet va finalement passer de 339 milliards de francs cfa à 424 milliards de francs cfa pour 60 km d’autoroute. Plus grave : « Une fois les travaux de construction de la première phase terminés, le gouvernement du renouveau se rend compte que l’autoroute s’arrête à Bibodi, en plein milieu de la forêt. Elle ne peut servir à rien à l’état actuel des choses (alors qu’elle était initialement prévue initialement pour relier Douala et Edéa, deux grandes villes). Afin de rendre cette première phase de l’autoroute utile, il faut la raccorder à l’axe qui relie actuellement Yaoundé et Douala. Il faut donc encore débourser 204 milliards de francs cfa pour les travaux de raccordement de l’autoroute Yaoundé – Bibodi à l’axe lourd Yaoundé – Douala. Au final, la première phase de l’autoroute Yaoundé – Douala, longue de 60 km, aura coûté 424 + 204 = 628 milliards de francs CFA au contribuable camerounais. » On a là une idée de la gestion qui est faite de l‘argent emprunté chaque année. Non seulement il est l‘objet de la mauvaise gestion, mais en plus de ne pas voir raisons concrètes de l’endettement, le contribuable doit également  souffrir de savoir qu’en 2023 par exemple il doit payer des intérêts pour 287,6 milliards de fcfa

Franc Cfa

D’un autre côté aussi, la Caisse autonome d’amortissement explique que l’accroissement de la dette publique de l’Etat du Cameroun ces derniers mois est la conséquence de la dépréciation du franc cfa par rapport au dollar US. Le Fcfa, qui a une parité fixe avec l’euro, a perdu sa valeur de l’ordre de 17% en glissement annuel face au dollar US. Autrefois évalué à 555 Fcfa, le dollar vaut désormais 655 Fcfa, au même titre que l’euro. Cette situation a entrainé la variation du taux de change de la dette publique, et a conduit à une augmentation de 400 milliards de F de sur la dette, presque le double des intérêts à payer en 2023. D’où un autre questionnement, que fait encore le Cameroun avec cette monnaie dénoncée depuis des années comme un instrument de servitude ? Un proverbe peul dit : « à son créancier, celui qui s’endette devra céder sa place, même à la mosquée

Roland TSAPI  

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