Démocratie : l’exercice du pouvoir contre le peuple

Dénoncée depuis des siècles la pseudo démocratie qui est en réalité de la tyrannie continue à s’exercer sur le peuple, réduit à l’impuissance et maintenu dans le silence. Mais le doyen des chefs traditionnels du Cameroun rappelle que « rien ne s’est jamais gâté jusqu’à dépasser comment on peut arranger »

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Il n’y a rien de nouveaux sous les cieux, dit l’adage, tout est vieux, et parfois, comme le disait le poète français Alfred de Musset Rolla en 1833, les uns et les autres se rendent simplement compte qu’ils sont venus trop tard dans un monde trop vieux. En l’an 376 avant Jésus Christ un philosophe du nom de Platon écrivait un livre intitulé la République, qui est un de ses dialogues  portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité. Platon faisait la critique de la démocratie qui se transforme progressivement en démagogie et en tyrannie à cause de l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir. Il décrivait alors celui qui détient le pouvoir et veut le conserver comme celui qui « Sourira et fera bon accueil à tous ceux qu’il rencontrera, déclarera qu’il n’est pas un tyran, promettra beaucoup et en particulier en public, remettra des dettes, partagera des terres au peuple et à ses favoris, affectera d’être doux et affable envers tous… Mais ensuite il suscitera des guerres pour que le peuple ait besoin de guerres…et pour que les citoyens appauvris par les impôts soient obligés de songer à leurs besoins quotidiens et conspirent moins contre lui […] ou pour que certains, qui ont l’esprit trop libre pour lui permettre de commander, puisse se faire tuer en étant livré aux coups de l’ennemi. »

Le rappel des Fables

Près de 1900 ans après Platon, vécu un poète en France du nom de Jean de la Fontaine, l’auteur des Fables. Ses ouvrages se sont aussi beaucoup inspirés des écrits de Platon, notamment sur la conception et l’exercice du pouvoir, dans les récits comme La cour du Lion, les animaux malades de la peste ou  le Loup et l’Agneau dans lequel il démontre que la raison du plus fort est toujours la meilleure. D’après Hafida Bencherif  auteur d’une étude sur le pouvoir et son exercice chez Jean La fontaine datant de 2016, dans les Fables, le désir incontrôlé de la tyrannie, finit par terroriser les animaux les plus dociles. Les bêtes carnassières prennent la parole devant les animaux les plus faibles. Elles décident d’user de tous les moyens qui sont en leur possession afin de gouverner le bestiaire des Fables et le dominer, en lui faisant progressivement perdre tout sens critique ou de riposte. Dès lors, affaiblis, les animaux seront incapables de juger, ils finiront par prendre l’habitude de reconnaitre la puissance des forts dont ils seront l’objet de servitude.

En juin 2020, 330 ans après Jean la Fontaine, un chef traditionnel de la région de l’Ouest Cameroun Jean Rameau Sokoudjou, symbole de la résistance des us et coutumes ancestrales, parle du peuple camerounais en ces termes « Il est pris en otage par les mensonges et les fausses promesses de  ceux-là qui ont détruit le pays, qui ne cessent de vendre le vent à un peuple qu’on a miseré, et de ceux qui se disent vouloir les libérer et dont on ne voit aucune stratégie efficace se mettre en place. Comment peut-on entrer dans la réunion des vampires si on n’a pas un ventre approprié ? On a réussi à opposer le peuple les uns contre les autres,  et vous n’avez qu’à les voir dans la rue, dans les médias, sur les plates formes, ils s’insultent, se déchirent, se battent même sans  savoir de quoi il s’agit, chacun a déjà identifié son porte malheur et n’attend que l’ultime seconde pour s’accrocher à son cou et bonjour les règlements de comptes. Ne confondez pas de cible, aucune  tribu n’est  contre une autre dans ce pays, la lutte  c’est entre  ceux qui pleurent qu’ils sont trop rassasiés et le peuple qui pleurent de famines. »

« L’appel des ancêtres »

Il a écrit ces mots le 7 juin 2020, un dimanche. Et dans son rôle d’interpellateur, il continue : « Vivement que chacun mettent  un peu d’eau dans son vin pour l’intérêt de ce pays. Rien ne s’est jamais gâté jusqu’à dépasser comment on peut arranger, il faut seulement que les uns et les autres prennent conscience de leurs tords et soient sincères, objectifs et mettent le Cameroun au-dessus de leurs intérêts égoïstes. Que ceux qui nous gouvernent, acceptent que la mal gouvernance, le favoritisme et le vol ont causé un grave préjudice à ce pays, qu’ils réalisent que le peuple est en colère et cherchent le moyen de baisser le feu sous la marmite qui bouillonne déjà assez. Qu’ils s’accordent  avec les autres acteurs sur les règles du jeu et fassent  un effort de laisser de côté la tricherie, la roublardise et le dos rond. Vous avez assez trompé le peuple, les enfants ont grandi et réalisent que vous avez toujours trompé leurs parents et ils ont pris conscience. Le peuple  n’est plus prêt à boire n’importe quel genre de vinaigre, soulevez le contrevent et que le peuple soit au parfum de ce qui se fabrique derrière. Il faut bavarder, dialoguer avec ses adversaires et s’accorder sur le minimum pour l’intérêt de tous car le Cameroun n’est la propriété de personne. Recherchez un minimum de consensus,  Que les hommes politiques mettent le Cameroun au cœur de leur préoccupation, on ne doit pas tout détruire avant de reconstruire. Qu’ils encadrent et  éduquent leurs militants et qu’ils comprennent que les insultes, les invectives, la violence ne construisent rien. Il ne faut pas toujours se dire que si tu ne dois pas manger, que le sel ne suffise pas. Il faut se parler, se pardonner, se tolérer, penser au Cameroun de demain et cela n’est possible que si  tous autour d’un arbre à palabre, chacun avec l’arbre de paix et le jujube en main, se regardent et tiennent le discours de la vérité afin d’éviter que l’eau du couscous n’éteigne le feu. Pour moi je dirai sans cesse ma part pour l’intérêt de ce pays que j’aime tant, je porte le message de mes ancêtres à qui je rendrai compte, je n’attends rien de personne, je ne cherche pas une chaise, mes 67 ans déjà au trône  sont  une récompense des dieux de nos ancêtres

Bon dimanche à tous, Que les chrétiens du dimanche écoutent la parole de Dieu et la mette en pratique car on ne trompe pas Dieu. »

Fo’o Sokoudjou Mpoda »

Roland TSAPI

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