Découverte : le peuple Iyassa, protégé par le rocher

Il constitue 98% de la population du groupement Ebodjé. Conséquence des mouvements migratoires, leur histoire est fortement attachée à l’eau avec ses accessoires vivants ou pas

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Yassa, un quartier bien en expansion à Douala la capitale économique du Cameroun, fait partie intégrante de la capitale économique. Mais les habitants de ce quartier sont loin de s’imaginer que ce nom qu’ils prononcent tous les jours tire ses origines du peuple Iyassa, qui habitent le village Ebodjé à 25 kilomètres de Campo. Il s’agit du plus grand village en termes de superficie de l’arrondissement de Campo, département de l’Océan dans la région du Sud Cameroun. D’après sa majesté Ndjokou Djongo qui règne sur le village comme  chef de 3eme degré depuis le 13 janvier 2014, il est difficile de donner une superficie exacte, mais il s’étend sur un territoire tout aussi vaste sur la bordure de l’Océan Atlantique, avec pour voisin frontaliers les Zigui et Niete après le mont Mambele, et Lolabe le dernier village de l’arrondissement de Kribi 1er. Il est peuplé par 19 grandes familles Iyassa, appelés clans, avec 2% d’halogènes, notamment une communauté nigériane. C’est l’un des fils de ce peuple qui dans les mouvements migratoires aurait chuté sur les berges du Wouri et se serait installé à l’endroit qui porte  aujourd’hui le nom de Yassa.

Le rocher en forme de tortue au large d’Ebodje

Le rocher protecteur

Celui qui préside aux destinées de ce peuple depuis 7 ans, sa majesté Ndjokou Djongo, s’est rapidement mis à l’école de l’histoire de peuple, et même si aujourd’hui il ne peut pas la retracer le plus loin possible, il se rappelle au moins l’essentiel qui peut être une piste de recherche. D’après lui, l’ancêtre des Iyassa s’appelait le général Mossoma Ma Koubé. Il a été, comme beaucoup de chefs leaders et guerriers, tué par les Allemands, qui l’ont surpris au large de la mer, quand il s’adonnait à la pêche. L’année n’est pas précisée, mais l’on se situerait vers les années 1900, quand les chefs de la côte résistaient à l’annexion allemande et étaient systématiquement traqués et tués. Après lui, la succession n’aurait pas été très linéaire. D’après le chef, le peuple était protégé par un sac magique que l’on devait passer au suivant, qui n’était pas mâture à l’époque. Le sac serait doté de toutes les puissances, et tout ce que le peuple Iyassa réclamait, il y puisait, mais quand on le voyait il était vide. Un jour, un fils du village appelé Moussousoua pris le sac contre l’avis de la population, et se retira sur l’île Dipika où il s’installa et fit venir le blanc pour y installer les boutiques, cette île est devenue un grand centre commercial. Les autres ont alors quitté Campo et se sont dispersés, à la recherche d’une terre paisible pour s’installer. Dans leur progression, ils se posaient en permanence la question E boo djè, c’est-à-dire qu’est-ce qu’il y a là devant, d’où le nom du village Ebodjé où ils se sont finalement installés, protégés par un rocher. La légende raconte en effet qu’à un moment de l’histoire du Cameroun, les Allemands étaient à la poursuite de tous et voulaient tout détruire, même les populations, avant de partir, quand ils essuyaient déjà la défaite devant les forces alliées. Les I yassa furent alors avalés par le rocher protecteur, les allemands les cherchaient en vain, et c’est pour cette raison que les I yassa ne s’amusent pas avec les rochers, auxquels ils accordent beaucoup de puissance.

Dans leur légende, il y a le rocher du loup, de son nom culturel Ilalé nja lombo, une appellation typiquement Yassa. Lorsque les Portugais arrivent sur la côte quand ils découvraient encore les terres camerounaises, ils changent le nom Ilalé en Rocca, et au lieu de dire elombo, ils prononcèrent « lobo », qui veut dire loup, et on a eu « Rocca de lobo », et par la suite, quand les français arrivèrent à leur tour, ils firent juste la  traduction de « rocca » en leur langue et on eut « rocher du loup ». En réalité c’est un rocher mythique, l’incarnation de tout un village et la symbolique cache des choses qui ne peuvent pas être dites en public, d’après le chef.  De nos jours, même les navires qui viennent vers la baie du Wouri savent qu’ils doivent faire attention au rocher du loup, et lorsque les I Yassa font leurs rituels, ils y vont d’abord pour nous s’assurer qu’ils ont la permission de commercer, si le message n’est pas favorable on sursoit à tout. Il y a aussi le rocher tortue qui a une toute autre histoire. Il serait arrivé de loin, peut-être même des chaînes montagneuses de l’Ouest et aurait chuté au bord de l’eau, avec sa forme. Vers le côté continent, il y aussi un rocher avec un grand trou, d’où jaillit de l’eau pour faire un cours d’eau qu’on appelle aujourd’hui Memvele’e.

La tortue

L’autre mythologie des peuples Iyassa est  faite de la tortue. La tortue marine surtout a une histoire particulière avec le village, pour ne pas dire qu’elle fait corps avec les habitants. Selon le chef du village, « la tortue a élevé beaucoup  d’enfants, qui sont de grands cadres à ce jour. Avant quand on parrainait une tortue et qu’on la libérait, on la confiait à un enfant qui l’élevait, à la rentrée scolaire chaque enfant avait 30 000francs à l’école primaire. Le projet « tortue » a permis de doter l’école d’une bibliothèque. Même si aujourd’hui ce n’est plus cela, la tortue a sorti le village de l’enclavement et fait connaître le village. Les Iyassa sont  minoritaire comme communauté, c’est une petite poignée au Cameroun, tout comme la tortue est minoritaire, mais Dieu a fait un rapprochement de deux choses perdues, les Iyassa qu’on ne connaissait pas et la tortue qui est aussi en voie de disparition, et maintenant ce sont les Iyassa qui la protègent. » Dans l’ensemble, ce peuple ne fut pas l’objet de déportation comme les autres peuples de la Côte. Le chef raconte que le seul Iyassa qui fut arrêté quand il ramait le long de la côte pour aller vendre les noix de coco à Kribi, s‘appelait Molyko, qui fut déporté à Limbé, où il mourut plus tard. Il précise que le stade Molyko de Limbé est en la mémoire de fils Iyassa, qui a été célèbre partout où il a été et sa famille est encore vivante à Ebodjé.

Roland TSAPI

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