Décision administrative : efficacité nulle

De plus en plus, les décisions administratives sont foulées au pied, et les auteurs en arrivent à regarder faire, impuissants

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Le 4 juin 2021, le gouverneur de la région de l’Ouest, Awa Fonkwa Augustine a signé l’arrêté  numéro 053, levant la suspension de l’organisation des funérailles sur toute l’étendue du territoire de la région de l’Ouest. Il revenait ainsi sur l’arrêté régional signé deux mois plus tôt, le 5 avril 2021 portant suspension de l’organisation des funérailles, dans le cadre de la lutte contre la propagation du corona virus. L’objectif visé était d’éviter les regroupements de plus de 50 personnes, tel que prévu par les mesures barrières gouvernementales datant du 17 mars 2020. 5 jours après cet arrêté, le même gouverneur assistait à l’inhumation de l’homme d’affaires Pascal Monkam le 10 avril 2021, qui réunissait sur le même site une foule impressionnante. Ce qui annulait de fait l’arrêté régional, et par la suite jusqu’à la date de la levée de suspension, les funérailles continuaient de s’organiser dans la région, les enterrements se faisaient chaque weekend avec des foules aussi nombreuses que le défunt pouvait attirer. Dans la région du Littoral, le gouverneur Samuel Dieudonné Ivaha Diboua avait rendu public le 20 novembre 2020 un communiqué selon lequel le port de sac à dos était désormais  strictement interdit dans les bars, les restaurants et les supermarchés de la région du Littoral au Cameroun. Cette mesure visait à assurer la sécurité des personnes et des biens dans les lieux à forte concentration humaine disait-il, et intervenait au lendemain de plusieurs explosions des bombes artisanales dans la ville de Douala, la dernière à cette date étant celle survenue au lieu-dit Rail à Bonabéri dans l’arrondissement de Douala 4eme, la nuit du 18 novembre 2020.

Une bille de bois à l’origine d’un accident dans la ville

Décisions ignorées

Difficile de dire que cette mesure a été suivie d’effets, tant les restaurants, les bars et les marchés ou tout lieu bondé de monde ont continué d’accueillir des personnes portant leurs sacs, aucun restaurant ou bar n’a jamais aménagé un endroit où des sacs pareils pouvaient être stockés à l’entrée, si ce ne sont des supermarchés qui ont de tout temps appliqué cette règle juste pour éviter que leurs articles ne soient distraits et dissimulés à l’intérieur. D’ailleurs,  le 10 mai 2021, le même gouverneur est revenu sur sa décision sous une autre forme, au cours d’un point de presse tenu dans ses services. Dénonçant les propos selon lui alarmistes qui étaient propagés dans les réseaux sociaux tendant à faire croire que l’insécurité allait grandissante dans la ville de Douala, il affirmait dans un communiqué rendu public par la suite qu’ : « après recoupement, il en ressort toujours qu’elles (les alertes, ndlr) sont montées de toutes pièces pour alarmer désespérément les paisibles populations », et d’inviter ces populations à vaquer normalement à leurs occupations, tout en rappelant que les forces de maintien de l’ordre et de sécurité sont sur le terrain nuit et jour et ont pris toutes les dispositions nécessaires pour sécuriser les personnes et les biens.

le préfet du Wouri Benjamin Mboutou

L’une des décisions administratives, qui s’est avérée être un véritable coup d’épée dans l’eau, est l’arrêté préfectoral du préfet du Wouri Benjamin Mboutou, signé le 18 mai 2021, interdisant la circulation des camions poids lourds dans la ville de Douala de 7h à 21h. Un arrêté signé moins d’une semaine après un énième accident de circulation impliquant un camion grumier, dont les billes de bois qu’il transportait s’étaient retrouvées sur la chaussée au quartier Ndogpassi, emportant au passage quelques vies humaines. Le constat est que les effets de cet arrêté n’ont pas plus duré qu’un feu de paille. Ces camions grumiers continuent de faire la loi sur toutes les routes de la ville aux heures d’interdiction, et la forte et effrayante résonance de leurs klaxons pour demander le passage, est comme pour narguer l’autorité administrative, de même que leurs imposantes carrures sur la chaussée.  

L’habitude installée

Des décisions administratives pareilles, foulées au pied ou complètement ignorées, devenues nulles et de nul effet après signature, on peut en citer à la pelle dans les annales de l’administration camerounaise. Les multiples arrêtés préfectoraux du Wouri sommant les agences de voyage de se délocaliser du  centre-ville pour les périphéries, qui les confortent plutôt sur place ; les débits de boissons scellées pour ouverture tardives et nuisance sonore qui sont rouvertes le lendemain et restent ouverts encore plus tard ; l’interdiction des jeux de hasard en pleine rue qui stimule plutôt les promoteurs ; la vente du carburant frelaté dans la rue qui se porte très bien, avec des comptoirs où sont exposées des bouteilles de carburant bien installés entre deux stations-service en pleine ville de Douala.

Au regard de tout cela, on ne peut s’empêcher de poser la question de savoir ce que valent encore les décisions administratives au Cameroun? Et on serait tenté de dire pas grand-chose. Et la question suivante serait de savoir pourquoi elles ne s’imposent plus aux citoyens de manière spontanée, pourquoi les lois sont devenues des loisirs comme le disait l’artiste Ferdinand Din Din ou  Papillon ? Est-ce à dire que les autorités administratives n’ont pas ou plus les moyens de faire appliquer les décisions qu’elles prennent, ou les prennent-elles seulement pour exister et donner l’impression qu’elles font quelque chose ? Où est-ce à dire que ces autorités ne sont plus revêtues de l’autorité même que leur confèrent les décrets de nomination ? A l’allure où vont les choses, le laisser aller qui s’est installé dans la société camerounaise, interpelle plus que jamais ces autorités qui, à moins de ne plus se prendre elles-mêmes au sérieux, devraient se remettre en cause, faute de remettre en cause leurs méthodes de travail ou la façon avec laquelle elles s’y prennent, pour éviter le ridicule permanent qui transparaît dans l’aisance avec laquelle l’on se moque de leurs décisions. L’autorité de l’Etat doit être restaurée, mais il faut bien que cela commence par une introspection de ceux qui l’incarnent, car comme le dit la sagesse, il faut se respecter soi-même, quand on veut être respecté.

Roland TSAPI

One Reply to “Décision administrative : efficacité nulle”

  1. Que vaut la parole d’un bandit encouragé dans.ses actes par le chef bandits.
    Que vaut la parole d’un incompétent face à une population qui a soif de tout !

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