Déchéance du sport: qui blâmer ?

Les négligences conjuguées des acteurs administratifs et opérationnels du sport ont contribué à entraîner la discipline dans un fossé d’où on se débat désormais pour sortir. En vain.

Le 26 novembre 2021, le Secrétaire général à la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh, conduisait une délégation à la 13 eme Assemblée générale extraordinaire de la Confédération africaine de football au Caire en Egypte. L’instance faîtière du football africain avait prévu  à l’ordre du jour de discuter du budget annuel révisé 2021-2022, du programme de développement des infrastructures du football africain, du calendrier international des matches de la FIFA, y compris les Coupes du Monde masculine et féminine de la FIFA, et de la Super Ligue panafricaine. La rencontre était donc exclusivement consacrée aux affaires du football et au fonctionnement de la Confédération. De quoi se demander ce que le Secrétaire général à la présidence de la république du Cameroun, dépêché par le président de la république, allait y faire. Parce que cette présence revêtait un caractère éminemment politique, et on a été habitué au discours selon lequel le politique ne doit pas se mêler des affaires des sports quand il s’agit déjà des fédérations ou confédérations. Et au Caire le 26 novembre, le ministre des sports camerounais, même avec sa casquette de président du Comité local d’organisation de la Can, était simple membre de la délégation qu’il devrait en fait conduire. Au sommet de l’Etat on a justifié cette présence dans une note à la presse : « la participation du ministre d’Etat, Secrétaire Général à la Présidence à cette assemblée générale donnera l’occasion de poursuivre avec les hauts responsables de la CAF, les échanges constructifs en vue de faire de la CAN Total Energies Cameroun 2021, l’une des plus belles fêtes sportives jamais  organisées sur le continent africain. » Jusque-là, la commission du Sgpr à cette tâche, en lieu et place du ministre des Sports, est indicateur de ce qu’il y a péril en la demeure, qu’il faut sauver les meubles et rattraper ce qui peut encore l’être pour l’organisation de cette compétition au Cameroun. Ceci est d’autant plus important que le 7 novembre 2021, le pays avait été mis face à ses responsabilités par une correspondance de la Caf qui menaçait de délocaliser le match d’ouverture du Stade Olembe, et malgré les assurances données par le ministre des Sports, le pouvoir de Yaoundé redoute toujours une dernière surprise, et entendait anticiper en discutant face à face avec les responsables de la Caf. On ne le dira jamais assez, le Cameroun est aujourd’hui obligé de ramper derrière la Caf, non pas seulement à cause de l’impréparation, encore moins à cause des pratiques de corruption qui ont fait leurs nids dans la conduite des travaux de construction des infrastructure devant servir à accueillir la Can entre autres. Le pays subit de l’humiliation aujourd’hui, à cause davantage du peu de considération accordé au sport et à ses infrastructures. Il est vrai que la même chose peut être constatée pour tous les domaines : santé, éducation par exemple, mais le cas du sport est désormais visible comme le nez au visage, maintenu en éveil par l’actualité de la Can et des élections à la Fédération camerounaise de football.

On ne le dira jamais assez, le Cameroun est aujourd’hui obligé de ramper derrière la Caf, non pas seulement à cause de l’impréparation, encore moins à cause des pratiques de corruption qui ont fait leurs nids dans la conduite des travaux de construction des infrastructure devant servir à accueillir la Can entre autres. Le pays subit de l’humiliation aujourd’hui, à cause davantage du peu de considération accordé au sport et à ses infrastructures

Tous coupables

Ce peu de considération commence d’ailleurs sur les sportifs eux-mêmes. Que représentent les sportifs au Cameroun ? Quelle place leur donne l’Etat dans l’ensemble ?  La négligence des héros nationaux est constamment décriée, mais l’analyste Venant Mboua s’intéresse davantage aux sportifs dans cette publication faite dans le feu de l’actualité sur sa page facebook : « Ce que les sportifs camerounais doivent admettre. Qu’ils soient encore en activité ou à la retraite, les sportifs camerounais doivent admettre (parce qu’ils le savent au fond d’eux-mêmes) que les autorités de leur pays ne les respectent pas, ne les aiment pas et ne les estiment pas dignes de partager le gâteau qu’est ce pays que les colons leur ont donné. Voici Samuel Etoo, qu’on ne présente plus, en passe d’être humilié à la Fédération de football. Il a pourtant mis tout son aura au service du régime qui les ostracise. Hier, ce fut Joseph Antoine Bell, fervent supporter du père du régime de Yaoundé, qui a été rejeté à plusieurs reprises. Il y a une quarantaine d’années, Eugène Njoh Léa, fondateur de l’association des footballeurs professionnels en France, était rentré dans son pays avec un projet de modernisation et de professionnalisation du championnat national. Il fut traité comme un intrus. Joseph Bessala, notre premier champion africain et premier médaillé camerounais aux jeux olympiques (boxe), qui bénéficiait de la protection (et d’une certaine affection) du président Ahidjo, fut chassé de la maison où l’Etat le logeait, quelques années après le départ du pouvoir de ce dernier. L’autre légende de la boxe, Jean Marie Emebe, a même disparu de la scène nationale. Plus personne ne se souvient qu’il a existé.

Méprisés, ils sont pourtant des soutiens actifs ou passifs au régime. Dans la plupart des cas, ils choisissent de se battre entre eux, se mettant bien souvent au service de vulgaires imposteurs pour broyer leurs camarades, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent eux-mêmes dans la position de victimes. Les populations camerounaises les soutiennent avec passion (et compassion, le cas échéant) mais les malheurs desdites populations ne semblent pas toucher ces stars qui, à chaque fois, se taisent ou ajoutent leur voix à celles de leurs bourreaux

Observons aussi qu’il n’existe aucun projet de réinsertion des sportifs retraités (ni les Fédérations, ni le gouvernement, ni les collectivités publiques n’y ont pensé). Conséquence humiliante, de célèbres anciennes gloires quémandent la possibilité d’aider les jeunes générations ou celle de mettre leur expérience et leur aura au service du sport et de la nation en général. Qui faut-il blâmer en dehors des sportifs eux-mêmes ? Méprisés, ils sont pourtant des soutiens actifs ou passifs au régime. Dans la plupart des cas, ils choisissent de se battre entre eux, se mettant bien souvent au service de vulgaires imposteurs pour broyer leurs camarades, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent eux-mêmes dans la position de victimes. Les populations camerounaises les soutiennent avec passion (et compassion, le cas échéant) mais les malheurs desdites populations ne semblent pas toucher ces stars qui, à chaque fois, se taisent ou ajoutent leur voix à celles de leurs bourreaux. En passant, connaissez-vous un seul sportif membre d’un parti politique de l’opposition ou soutien d’une cause nationale? Fais ton lit en sachant bien que c’est sur ce lit que tu vas te coucher…Le respect et la paix se méritent ! » Pour que le Cameroun n’ait plus à courir derrière les confédérations pour l’organisation d’une compétition, il faudra simplement qu’il soit prêt en tout temps. Pour l’être, il faut accorder un peu d’importance au sport, à ses infrastructures et à ses acteurs. Même si ces derniers ne sont pas exempts de tout reproche.

Roland TSAPI

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