Culture : quand l’Afrique se noie dans l’Occident

La société africaine nage désormais dans un mode de vie qui l’éloigne d’elle-même et la vide de toute sa substance. Les gouvernants gardent un silence complice  

écouter l’éditorial

L’ancien footballeur français Lilian Thuram a été fait notable d’honneur du peuple Sawa le 21 janvier 2021 dans la cour de la maison de la culture Sawa. Au sortir de la case sacrée, le chef supérieur du Canton Bell lui a mis entre les mains un symbole du peuple hôte, une pagaie remise selon un rituel particulier. Selon des informations dignes de foi, cette cérémonie de reconnaissance et d’adoubement serait la conclusion des recherches généalogiques menées par le joueur, qui ont révélé que ses ancêtres étaient originaires de l’île de Jebalè dans l’arrondissement de Douala 4eme. Lilian Thuram  est en effet né en 1972 à Pointe à Pitre, une commune française située dans le département de la Guadeloupe. Il est élevé par sa mère Mariana et ne connaît son père « que de loin ». Son enfance, racontait-il à une auteure,  est faite d’une « vie simple, ponctuée de parties de football dans la rue, de courses avec les copains sur les plages de sable, de frasques d’écolier. En 1980, sa mère quitta la Guadeloupe pour la métropole. Lilian reste avec ses frères et sœurs, puis les enfants rejoignent leur mère en septembre 1981, qui y travaille depuis un an comme femme de ménage. Lilian a alors 9 ans. La famille déménage ensuite de Bois-Colombes où il subissait des blagues racistes, ce qui détermina ses combats futurs, il se demandait pourquoi la couleur blanche était associée au bien et la couleur noire au mal. Il faut rappeler que la Guadeloupe, qui fait partie des Iles Caraïbes est habitée par les descendants des anciens esclaves déportés d’Afrique, c’est pourquoi Lilian Thuram peut bien avoir trouvé que ses ancêtres font parties de ceux qui avaient été embarqués dans des bateaux sur les bords du Wouri ou à Bimbia par Limbé pour les champs de canne à sucre outre atlantique.

Quête des origines

Le joueur est donc revenu à ses origines, pour retrouver sa culture, s’y fondre soi-même et se sentir revivre. Paradoxalement il été accueilli par une société de surface complètement dépouillée de cette culture qu’il venait retrouver. Une de ses premières réactions en touchant la terre camerounaise a été relayée dans les réseaux sociaux « je suis surpris d’arriver à l’aéroport au Cameroun et de voir toutes les femmes avec des cheveux lisses et pas avec les cheveux crépus. » Lilian Thuram dénonçait ainsi l’habitude du paraître qui a pris corps dans la société africaine en général et camerounaise en particulier, ou hommes et femmes ont pris sur eux de contester toute l’architecture divine et se dénaturer entièrement, pour adopter l’apparence du blanc. Ce blanc qui est arrivé en Afrique et a trouvé en nos ancêtres pas autre chose qu’une main d’œuvre servile ou une marchandise, qui a pillé les ressources, tué les chefs traditionnels par pendaison devant leur peuple, déporté les plus robustes avec des chaines au cou pour les Amériques pour en faire des esclaves dans les champs, des valets dans des maisons ou des objets sexuels, non sans avoir jeté au cours du voyage dans la mer ceux qui tombaient malade. Ce blanc qui plus tard est revenu coloniser la même Afrique, faisant de son peuple ce qu’ils appelaient des nègres de service,  à qui il fallait donner quelques rudiments de civilisation en leur apprenant leur langues qu’il fallait adopter comme officielle, et en leur apprenant à s’habiller comme des hommes. Lilian Thuram, descendant d’esclave, défenseur de l’égalité humaine et protecteurs des sans-papiers a été choqué de constater que la mode vestimentaire reste calquée sur celle des ceux-là qui ont infligé et continuent de le faire, autant de souffrances au Noirs. Comment peut-on en réalité vouloir ressembler à son bourreau, s’habiller comme lui, avoir des cheveux exactement à l’image des siens, et que cela perdure dans le temps et dans l’espace ?

Disque dur à refaire

des images oubliés et le bourreau adulé

L’attitude la société africaine et camerounaise est en effet symptomatique du syndrome de Stockholm, l’adoration de son bourreau. Et le problème n’est pas aujourd’hui cette femme qui dénature ses cheveux pour ressembler à la blanche, et quand ses cheveux ne le permettent pas elle porte des faux cheveux. Il est sociologique, simplement parce que la génération qui a subit directement l’influence du blanc esclavagiste et colon a eu le cerveau complètement formaté. Le disque dur qui contenait des logiciels et des programmes africains a été effacé, et à la place les blancs ont réinstallé d’autres, pour obtenir exactement ce qu’ils voulaient. Et ces programmes continuent à fonctionner dans tous les segments de la société. A l’église on présente Jésus, l’incarnation du bien comme un blanc, et satan le méchant est noir, cela n’est pas anodin. C’est la langue du blanc qui est utilisée pour l’éducation et l’administration, elle a été imposée au détriment des multiples langues locales plus expressives et plus communicatives. Aujourd’hui le noir continue à croire qu’il est nul, qu’il n’est bon à rien sinon pour les travaux serviles, que sa peau doit être décapée pour ressembler à celle du blanc, elle doit porter des perruques et lisser ses cheveux pour avoir de la valeur. Pire encore, dans certains pays, le blanc programmeur, au moment de s’absenter, a pris soin de laisser procuration aux intérimaires pour veiller en son absence à ce que les logiciels ne soient pas désinstallés des cerveaux, au contraire réfléchir à y ajouter d’autres sous logiciels pour rendre le programme plus performant.

Dans la ville de Douala, personne ne sait où se trouve la rue Ernest Ouandié, mais on connait le boulevard Leclerc. Lilian Thuram doit avoir traversé les rue Foch ou Castelnau, une façon de parler, pour se retrouver à la maison de la culture Sawa où il essayait de retrouver ses racines. Il aurait bien voulu trouver que dans ce pays qui est de loin le sien, ses frères et sœurs aient compris la richesse de leurs cultures et la mettent en valeur. En France d’où il vient il sait que cela se fait et que c’est le gouvernement qui veille à ce que l’identité nationale soit toujours sauve. Son constat était aussi une interpellation, un appel à la prise de conscience, de ce que ce qui se voit en surface, sur les cheveux des femmes ou sur leur modes vestimentaires, n’est que le reflet d’une société qui s’est reniée entièrement tout en s’oubliant aussi, en embrassant aveuglement une culture étrangère, qu’on ne porte même plus seulement dans la tête…mais aussi sur la tête.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code