Crise anglophone : la phase de la guérilla

Des armes artisanales, les séparatistes sont passés aux armes lourdes, la situation échappe de plus au pouvoir qui ne veut pourtant pas envisager un dialogue qui ne comprend pas toujours qu’il peut faire des économies en vies humaines à allant au dialogue

15 militaires tués, deux véhicules blindés brûlés, 9 armes et des tenues militaires emportés, c’est le bilan de l’attaque le 16 septembre 2021 d’un convoi du bataillon d’intervention rapide à Ngoketunja Bamessing dans la région du Nord-Ouest par les séparatistes, utilisant comme moyen, d’après une note d’information de l’armée, une arme anti char. 15 militaires donc tués sur le coup, et du matériel militaire emporté, c’est-à-dire des pertes en vies humaines, et en matériel acheté. Ainsi, c’est désormais évident la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a pris une autre tournure. Des armes artisanales au départ, les séparatistes sont passés aux armes sophistiquées, capable de faire plus de dégâts en un seul coup. Et d’après les images circulant sur les réseaux sociaux, les mines anti personnelles sont aussi de plus en plus utilisées, et n’eut été leur manque de maîtrise de ces engins qui explosent souvent à leurs faces, les dégâts seraient encore plus lourds. 4 jours avant cette attaque, 7 militaires avaient été tués dans la nuit du 12 au  13 septembre dans la zone Kumbo toujours dans le Nord-Ouest. Des séparatistes avaient attaqué simultanément trois postes militaires des localités de Nkambe, Noni et Ndu. La veille aussi, soit le 11 septembre 2021, deux autres soldats avaient perdu la vie dans une attaque similaire dans la localité de Chouame  toujours dans le Nord-Ouest. En 7 jours donc, l’armée camerounaise a perdu au moins 24 éléments, le Cameroun a perdu au moins 24 fils, au moins 24 familles ont été endeuillées. Ainsi, malgré les mesures prises par le pouvoir de Yaoundé, les restrictions imposés et les contrôles des mouvements, les armes circulent et arrivent entre les mains des séparatistes qui les utilisent. Bien malin celui qui pourra dire comment, mais les faits sont là, les techniques de guérilla sont désormais en pratique dans cette zone, les séparatistes dictent toujours leur loi par les armes et donnent des mots d’ordre qui sont respectés. L’économie est au ralenti aussi, les pertes sont énormes.

Comme quoi, après plus de 50 ans de guerre, on est revenu à la table de négociation qu’on ne voulait pas entendre parler au début, pour discuter avec ceux dont on ne voulait pas non plus entendre parler. Dans l’intervalle, des milliers de personnes sont mortes, d’autres ont tout perdu.

Dialogue après 52 ans

La Colombie, un pays situé dans l’extrême nord du continent sud-américain, a connu pendant près d’un demi-siècle une guérilla interne. Au début des hostilités et pendant plusieurs années, les différents gouvernement se sont réfugiés derrière l’intégrité de l’Etat et privilégié une solution militaire. Au 1er décembre 2010, selon le ministre de la Défense Rodrigo Rivera, 8 145 membres de groupes armés illégaux avaient été tués ou arrêtés alors que 2 271 s’étaient volontairement démobilisés. Près de 7500 rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie et autres avaient également été mis à la disposition de la justice. En face, les rebelles annonçaient aussi que les FARC et l’armée de libération nationale avaient tué ou blessé 2 500 membres des forces de sécurité en 2010. Globalement, en 52 ans, de 1964 à 2016, le conflit avait fait 260 000 morts, 45 000 disparus, 6 millions de déplacés, selon le sous-secrétaire des Nations unies pour les questions humanitaires.  Le 27 août 2012, le président Juan Manuel Santos confirmait, après plusieurs jours de rumeurs, que le gouvernement colombien a entamé des entrevues avec les responsables de FARC pour aboutir à un dialogue de paix et terminer le conflit. Il avait rencontré à cet effet un « ferme soutien » de la part des Évêques de Colombie qui estimaient que ce dialogue pouvait « conduire, avec l’aide de Dieu, à mettre un terme au conflit armé ».

Cessez-le-feu

Les négociations ont officiellement commencé à Oslo en novembre 2012 mais se sont poursuivies essentiellement à La Havane. Un accord fut signé le 23 juin 2016 devant les responsables des Nations unies et divers chefs d’États américains. Il précisait que 300 militaires sous mandat de l’Organisation des Nations Unis devaient être chargés de surveiller le respect du cessez-le-feu et la démilitarisation des 7000 combattants des FARC regroupés dans 23 « zones transitoires de normalisation », complétées de 8 autres secondaires, pour six mois maximum. Il s’agissait également d’assurer la sécurité de ceux-ci face aux ex-paramilitaires et aux narco trafiquants, souvent liés les uns aux autres et restés très actifs dans le pays. En septembre 2012, les FARC rassemblaient leur dixième et dernière conférence nationale, à laquelle ont assisté plus de deux-cents représentants des différentes unités de la guérilla, pour valider les accords conclus avec le gouvernement. Lors du référendum organisé le 2 octobre 2016 les Colombiens rejettent l’accord de paix avec 50,23 % des voix, pour une participation de 37,28 % de la population. À la suite de la victoire du « Non » au référendum, et après une nouvelle phase de négociations, le gouvernement et les FARC trouvent un nouvel accord modifiant largement le premier, finalement ratifié le 29 novembre par le Sénat et le 30 par la Chambre des Représentants. A la fin du mois de juin 2017, la mission de l’Onu chargée de superviser l’application des accords de paix estimait que toutes les armes des FARC avaient été rendues.

Comme quoi, après plus de 50 ans de guerre, on est revenu à la table de négociation qu’on ne voulait pas entendre parler au début, pour discuter avec ceux dont on ne voulait pas non plus entendre parler. Dans l’intervalle, des milliers de personnes sont mortes, d’autres ont tout perdu. Les négociations pour revenir à la paix en Colombie ont commencé à Oslo en Norvège, un peu comme on avait annoncé en 2019 des négociations en Suisse pour le cas du Cameroun. Mais les différentes parties sont rapidement rentrées dans leurs égos, le pouvoir dans sa fierté et les séparatistes dans leurs suffisances. On n’en a plus jamais entendu parler. Deux ans après les soldats continuent de mourir, même les véhicules blindés n’arrivent plus à les protéger. Ne pourrait-on pas économiser tous ces morts, en discutant ? Ou faut-il à tout prix atteindre un certain nombre, si oui, à qui profite tous ces morts ? Des fois le Pouvoir peut regarder dans la nature et tirer des leçons : le roseau plie, mais ne rompt pas

Roland TSAPI

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