Covidgate : les « morguiers » bureaucrates

Sans scrupule, ils s’engraissent sur les fonds collectés pour soigner le peuple, tel des sans foi ni loi qui dépouillent les cadavres et les blessés accidentés au bord de la route ou des morguiers extorquent des familles éplorées par la perte d’un membre

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Depuis le 3 mars 2020, l’opinion camerounaise était officiellement informée  de son premier cas de malade du corona virus sur le territoire national. On était loin de penser que l’entrée du virus au pays, et un peu plus loin en arrière le déclenchement de la maladie en décembre 2019 à Wuhan en Chine, était du pain béni pour certaines personnes, qui n’hésitent pas à se nourrir sur les cadavres, et même des cadavres. Trois mois après la survenance de la pandémie, le président de la république avait, par ordonnance numéro 2020/001 du 3 juin 2020 portant loi de finances rectificatives, créé un compte d’affectation dénommé Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le corona virus et ses répercussions économiques et sociales, doté pour l’exercice 2020 de 180 milliards de franc cfa. L’ordonnance prévoyait que l’utilisation de ces fonds devrait faire l’objet d’un audit dont les résultats doivent être rendus publics. Depuis le début de l’année 2021, on savait que le rapport de l’audit fait par la Chambre des comptes de la Cour suprême avait été transmis au chef de l’Etat, on savait qu’instruction avait été donné au ministre de la justice d’engager des poursuites judiciaires contre les gestionnaires indélicats de ces fonds, on est désormais mieux renseigné sur les responsabilités des uns et des autres, avec la mise sur la place publique depuis le 19 mai 2021 du rapport. Au ministère de la Santé publique, un Groupe de travail avait été créé pour s’assurer que les marchés passés dans le cadre de la gestion de ces fonds respectent les règles de l’art. Le ministre Manaouda Malachi avait nommé à la tête de ce Groupe Diaby Ousmane, chef de la division des Etudes et des projets et responsable de la logistique dans le cadre de la riposte contre la pandémie dans ce ministère. Ce groupe de travail devait présenter les contrats des marchés à la signature du Secrétaire d’Etat à la santé chargé de la lutte contre les épidémies, à qui Manaouda Malachie avait également donné habilitation comme ordonnateur délégué. On peut remarquer ici que le ministre de la Santé avait sans doute flairé le piège, et s’était arrangé à ne rien signer, de sorte à être à la fin responsable peut-être, mais pas coupable.

le don des masques reçu du milliardaire chinois: détourné

Dissimulation

D’après le rapport de la Chambre des comptes, pour ce qui est de ce ministère de la Santé, dans son enquête, elle a « sollicité  vainement des responsables concernés, la transmission d’un certain nombre de dossiers de consultation et compte rendu des travaux du Groupe de travail. Aussi,  les critères de sélection des prestataires et les conditions dans lesquelles les marchés spéciaux leur ont été attribués sont restés inconnus de la Chambre des Comptes, ce qui traduit une certaine opacité dans l’attribution de ces marchés et lettres commandes spéciales, laquelle a affecté la plupart des contrats ». Cela n’a pas empêché la Chambre de faire un travail de fourmis, et ce qui a été découvert donne de la nausée. Un seul exemple. Pour l’acquisition des équipements de protection individuelle à savoir les masques, gants, combinaisons, les chaussures et autres, un montant de 2 milliards 941 millions de franc cfa avait été prévu. Sauf que, entre le 7 avril 2020, date de l’autorisation d’attribuer les marchés spéciaux et le 4 mai 2020 date de la mise en place du Groupe de travail, 2 milliards 487 millions avaient déjà été dépensés sur cet argent. En clair, on avait disposé de l’argent pour acheter quelque chose, et avant de désigner celui qui va faire des achats, l’argent est déjà presque fini. Qui a dépensé entre temps cet argent et pourquoi, les réponses se trouvent sans doute dans le refus du Groupe de travail de donner des documents à la Chambre. Et une fois ce Groupe de travail mis sur pied, le travail de détournement a continué, comme le relève le rapport  « par ailleurs l’on a noté le détournement de l’objet de la lettre commande spéciale de 47 millions pour la fourniture des combinaisons de protection thermoscellables alors que ce sont les masques chirurgicaux qui ont été réceptionnés, la distribution de 2000 combinaisons défectueuses par le ministère de la Santé à la délégation régionale de l’Est, l’absence de prise en charge dans les livres du comptables matières du don de 100 000 masques de protection et 1000 équipement de protection individuelle de monsieur Jack Ma, des paiements d’un montant de 201 millions 953 mil 900 francs effectués à la caisse en violation de la réglementation. » Donc, même le Chinois va comprendre que les simples masques qu’il a offerts au Cameroun ont été détournés. Le pays est descendu aussi bas que ça ! Et dire que là un seul paragraphe de ce rapport, et concernant un seul ministère a été épluché.

Morguier

On a l’habitude de décrier l’attitude des morguiers, qui exigent froidement aux parents d’un cadavre des sommes d’argent pour faire ce qu’ils sont payés pour faire, qui ne ratent aucune occasion pour extorquer les membres de la famille. Ce qu’ils font est bien peu comparé à ces fonctionnaires en veste cravates, affublés de titres de directeurs et autres chefs services, roulant dans des grosses voitures noires climatisées, un masque sur la bouche, avec un seul objectif, racler jusqu’au fond la marmite ô combien fournie de la Covid 19. Ils sont pires que ces villageois qui se ruent sur les bouteilles de bières quand un camion transportant des produits brassicoles dérape et se renverse sur la route, ils sont pires que ces riverains qui se précipitent, chacun avec le plus gros bidon pour recueillir de l’essence qui coule d’une citerne accidentée, ils ne sont pas différents des riverains véreux qui fouillent et dépouillent les cadavres des accidentés, et même de ceux qui se battent encore pour survivre, au lieu de leur venir au secours. Sauf qu’il y a des cadavres qui peuvent se retourner, même dans la tombe, ou mieux, ils ont la mémoire courte, ils ne se rappellent pas que ceux qui ont accouru avec des jerricanes pour recueillir le carburant qui coulaient des citernes de Nsam Efoulan, croyant que c’était une manne tombée du ciel, ont été tous calcinés.

Il y a un temps pour toute chose.

Roland TSAPI

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