Covidgate : les médicaments made out of Cameroon

La production des médicaments promise par le ministère de la Recherche scientifique s’est révélé être une arnaque qui s’inspire des pratiques minables des hors la loi de la contrebande

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Le rapport  2020 de la Chambre des comptes de la Cour suprême a aussi concerné le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Il faut dire que ce département ministériel, occupé depuis 17 ans  (9 décembre 2004) par Madeleine Tchuenté et d’habitude transparent dans ses actions, est subitement revenu en scène avec l’avènement du corona virus. Il était question pour ce département de défendre ses capacités, à travers diverses structures qui sont sous sa tutelle, à pouvoir satisfaire la demande locale en médicaments qui entraient dans le protocole retenu internationalement pour soigner la maladie à Coronavirus, notamment la chloroquine et l’azithromicyne. Madeleine Tchuenté avait donné les assurances, démonstration télévisé à l’appui, que son ministère était fin prêt pour cela, et qu’il ne fallait qu’un “claquement de doigt” , d’après ses propres termes, du gouvernement pour qu’elle inonde le Cameroun en comprimés. Claquement du doigt faisant allusion à des moyens financiers qui devaient être mis à sa disposition. Le président de la République donna son accord donc le 9 avril 2020. Sauf qu’à cette date, selon le rapport de la Chambre des Comptes, l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales IMPM, dont la ministre avait vanté en mondovision les prouesses dans la fabrication des médicaments, n’était pas prêt techniquement.

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Contrebande

Pour se mettre à niveau déjà, 70 millions de cfa ont été débloqués dans le budget du fonds d’investissement de l’Institut pour la rénovation du site devant servir à la production de ces médicaments. Les malversations ont commencé à ce niveau, avant même que les fonds covid proprement dit n’entrent en ligne de compte. Sur ces 70 millions, dit le rapport, 15 millions 387 mille ont d’abord été détournés, et utilisés pour des dépenses éloignées de l’objet. En plus, la règle en vigueur dans le milieu qui consiste à faire recours à des sociétés fantômes  a été rigoureusement appliquée, comme le souligne le document de la Chambre des comptes : « l’Impm a contracté avec une entreprise non existante et donc fictive et une entreprise inactive c’est-à-dire n’ayant pas rempli ses obligations fiscales. » Un investissement pour la rénovation qui d’ailleurs n’aura finalement pas servi à la cause, la production des médicaments : « A l’évidence, l’Impm n’était pas en mesure de produire ces médicaments localement, ce qui avait déjà été souligné par un rapport d’évaluation de la Direction de la pharmacie, des médicaments et du laboratoire du ministère de la Santé publique. » Au lendemain du passage de la mission d’évaluation  qui avait constaté l’incapacité de l’Impm à produire, l’Institut a alors démontré sa capacité à muter. De producteur de médicaments, la structure s’est muée en acheteur de médicament. Le rapport relève : « Au 31 décembre 2020, un montant total de 657 millions 88 mil 524 francs de dépenses a été exécuté au titre de cette activité que l’Institut a présenté comme la fabrication au Cameroun de 5 millions de comprimés d’hydroxychloroquine et 5 millions de comprimés d’azythromicine…En réalité, l’Impm n’a pas lancé la fabrication locale mais a plutôt procédé à l’acquisition en Inde de 5 millions de comprimés d’hydroxychloroquine, 500 000 comprimés d’azythromicine et 300 kg d’intrants d’azythromicine livrés le 29 juillet 2020. Il a alors procédé à leur reconditionnement dans des emballages achetés et imprimés « Fabriqué par Zeneca, conditionné par l’Impm », alors que les médicaments étaient entrés au Cameroun dans des emballages respectant les bonnes pratiques de fabrication et de conditionnement. » Cela s’appelle simplement de la contrebande, une pratique bien connue dans les sous quartiers au Cameroun, où les forces de l’ordre démantèlent au quotidien des laboratoires de fabrication et de conditionnement des mélanges bizarres qui se retrouvent sur le marché sous divers noms de vins, whiskies, médicaments et autres produits de consommation.

« Voyoutisme » au sommet

Non seulement l’Impm s’est moqué de l’intelligence des Camerounais en achetant ailleurs les produits qu’il a promis de fabriquer, mais en plus il a changé l’emballage qui respectait les bonnes pratiques de conditionnement, c’est-à-dire qui garantissait  la bonne conservation, pour le remplacer par ce qui allait favoriser la détérioration. Et l’on parle là des médicaments qui devaient être mis à la disposition des populations camerounaises, qui même s’ils étaient de bonne qualité au départ, se sont retrouvés dans des conditions de conservation qui ne les rendaient plus différents des stocks  vendus dans la rue, au « gazon » au marché central de Douala, exposé à toutes les intempéries. Et quand des pratiques d’un tel niveau de délinquance se font dans les instances dirigeantes du pays, elles donnent raison à ceux qui qualifient le Cameroun d’un Etat voyou. Et le rapport de rappeler «que cet achat de médicament est contraire à la règlementation en vigueur qui confie l’acquisition des médicaments à la Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments et consommables essentiels (Cename). » Heureusement que « la Chambre note en outre qu’au 31 décembre 2020, aucun de ces médicaments n’avait été transféré au ministère de la Santé publique pour être fourni aux centres de prise en charge en dépit des instructions de la présidence de la république. » Pourquoi des médicaments, qui devaient être produits ou achetés en urgence pour une maladie qu’on présentait de redoutable, n’ont jamais été utilisés, que sont-ils devenus donc, pourquoi avoir finalement mis autant d’argent et d’énergie dans une activité qui jusqu’ici n’a en rien été utile pour la riposte contre la maladie ? Dans cette affaire de médicament donc, les seuls à avoir tiré profit, sont une fois de plus ceux qui se sont assuré des rétro commissions dans les commandes, et les sociétés fantômes qui se sont réveillées pour venir aussi se servir dans cette grande marmite des Fonds covid, autour de laquelle les prédateurs s’activaient chacun pour se faire la plus belle part. Ils avaient oublié que la marmite était encore au feu, et qu’elle pouvait s’avérer très brûlante.

Il y a un temps pour toute chose

Roland TSAPI

One Reply to “Covidgate : les médicaments made out of Cameroon”

  1. Madeleine Tchuenté transparente dans ses actions 😂😂😂🤣🤣🤣. Je comprends qu’elle n’avait aucune action en 18 ans jusqu’à l’avènement du covid19 où elle a été visible dans ses actions. Roland 🤣🤣🤣🤣.
    Contrebande ministérielle. On aura tout vu avec ces gens. Des délinquants voyous assassins de la République.

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