Covidgate : le recours aux malades fictifs

Pour bénéficier de plus de fonds, des centres de prises en charges ont donné l’impression qu’ils étaient bondés de malades, qui n’existaient que sur des fiches statistiques, pour les besoins de la cause

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Au cours de l’année 2020, des journalistes en reportage avaient eu des confidences selon lesquelles des personnes étaient contactées pour servir de malades covid-19. Elles devaient venir se faire hospitaliser dans des centres spécialisés pendant quelques jours et ressortir moyennant une somme d’argent dont le montant était négociable. Leurs identifications  et coordonnées devaient par la suite servir à gonfler les statistiques du centre. Ces informations n’ont pas été relayées à l’époque, à cause de la difficulté de recouper, le tout se faisant dans une discrétion parfaite, la loi de l’omerta régnait au sein de ceux qui faisaient cette pratique. Mais au moins, l’opinion a été témoin de nombreuses situations où des familles se plaignaient d’avoir amené leurs parents à l’hôpital pour un mal bien connu depuis longtemps, mais une fois le parent décédé les institutions hospitalières mettaient comme cause de la mort la covid 19. Une escouade préparée à cet effet kidnappait alors le corps, qu’elle allait enterrer avec un cérémonial qui laissaient croire que la terre entière allait finir si on ne procédait pas ainsi. Sans que l’on ne comprenne comment cela se passait ; des indiscrétions faisaient état de ce qu’il y avait un gros business derrière, les allocations financières devaient en effet gonfler au fur et à mesure que les cas augmentaient.

Fonds reçus, sans malades

Avec le rapport d’audit de la Chambre des Comptes de la Cour suprême, on comprend un peu mieux ce qui se passait. Il relève que la surveillance communautaire dans les districts et conduite des campagnes de dépistage du Covid-19 dans les régions était budgétisée à hauteur de 5 milliards 893 millions de francs cfa. La Chambre a « noté que la mise à disposition des fonds au 190 districts de santé s’est faite sur une base strictement égalitaire, alors que la situation épidémiologique et les besoins étaient différents d’un district de santé à l’autre. » Il est de notoriété publique que jusqu’en avril 2021, il y a des districts de santé au Cameroun où aucun cas de maladie de coronavirus n’a été déclaré, pourtant tous les districts ont reçu de l’argent pour la prise en charge. C’est ce qui justifie que dans certains districts donc, on ait eu besoin de fabriquer des malades covid-19 pour justifier l’utilisation de ces fonds, et chacun s’y adonnait à cœur joie. Dans cette lancée, certains districts ont par ailleurs sollicité et obtenu plus d’argent encore, sans que le besoin ne se fasse sentir. Le rapport dit une fois de plus : « La Chambre des Comptes souligne que le recours au déblocage des fonds a été systématisé, alors que selon les textes en vigueur il devait être l’exception et correspondre aux besoins financiers liés à la gestion des seules urgences médicales, notamment quand des cas positifs sont détectés et doivent être isolés et pris en charge sans délais. Dans de nombreux cas, la Chambre a constaté que l’emploi des fonds a été insuffisamment justifié et a donné lieu à des abus. Enfin, en l’absence d’un barème national défini par le ministre de la Santé publique pour les primes versées aux personnels impliqués dans la gestion de l’épidémie, a entraîné des pratiques divergentes et des montants différents selon les délégations régionales, les districts de santé et même les formations hospitalières. »

Visite d’un centre de prise en charge

Justificatifs

Pour résumer, non seulement des districts de santé ont reçu de l’argent dont ils n’en avaient pas besoin, mais en plus d’autres faisaient recours à des malades fictifs pour justifier les fonds et en demander davantage, des fonds qui en plus étaient distribués à la tête du client, certains en recevant plus que d’autres. Chacun se débrouille dans son coin à en prendre le plus en fournissant des justificatifs. Mais il faut relever ici que la tâche de fabrication des justificatifs était plus difficile que quand il s’agissait des marchés de fournitures. Ce qui est compréhensible parce les justificatifs à produire ici impliquait des hommes et femmes qui devaient donner leur accord pour être de faux malades, ou des familles qui devaient accepter que le certificat de genre de mort de leurs parents porte la mention Covid-19. Conséquence, pour une fois, les fonds n’ont pas été complètement consommés. Le rapport relève qu’il reste pour cette rubrique une somme disponible de 3 milliards 369 millions, sur les 5 milliards 893 millions de départ. Un exploit en fait. Mais il est à craindre que cet argent ne soit pas disponible quelque part, ce reliquat doit être sur le papier. D’après le rapport, on sait que la rubrique « acquisition des tests de dépistage rapide » était budgétisée à 4 milliards 740 millions 785 mille francs, mais que les dépenses faites ici se sont élevées à 25 milliards 806 millions de francs cfa, soit un dépassement de 21 milliards 65 millions 215 mil francs. Ce surplus, les gestionnaires ne l’ont pas sorti de leurs poches, ils l’ont sûrement récupéré dans des rubriques où il n’était pas facile de faire des malversations. Il est dès lors possible que les 3 milliards restants de la surveillance communautaire y soient passés.

Au fur et à mesure que l’on scrute le rapport de la Chambre des comptes, l’on se rend compte que la machine des malversations des fonds covid 19 au cours de l’année 2020 avait pris corps au sommet, et a progressivement étendu ses tentacules vers le bas, impliquant tout le monde au passage. Le schéma mis en place au ministère de la Santé est presque dessiné dans ce rapport, et les Camerounais ont au fur et à mesure qu’ils parcourent les lignes, la confirmation de ce qu’ils soupçonnaient déjà. Le Covid business n’étaient pas une fiction, c’était une réalité qui se révèle au grand jour aujourd’hui, confirmant une fois de plus les écrits des saintes écritures : « il n’y a rien de caché qui ne sera révélé au grand jour » Et pour ceux qui croyaient se cacher derrière tel ou tel pour ne pas assumer leurs actes, il est également écrit : « Chacun rendra compte de lui-même à Dieu »

Roland TSAPI

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