Covidgate : cacophonie au sommet

Un jeu de ping pong se joue entre le Secrétaire général à la présidence et le ministre de la Justice au sujet des enquêtes sur la gestion des fonds Covid, faisant patiner la procédure. Alors que dans d’autres pays les coupables rendent gorge  

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Le Watergate est un complexe de bâtiments situé à Washington DC la capitale des Etats Unis. L’hôtel inclus dans le complexe est célèbre pour servir de quartier général au Parti démocrate, et être le lieu de tentative de pose des mouchards électroniques dans la nuit du 17 juin 1972, qui conduisit au scandale de Watergate entraînant la démission du président des Etats Unis  Richard Nixon en 1974. L’affaire avait commencé par une banale arrestation  en 1972 des cambrioleurs dans les locaux du Parti démocrate. L’enquête menée dans un premier temps par les anciens employés de la Maison Blanche, ne semble pas satisfaisante, les investigations du Bureau fédéral d’investigation Fbi ne vont pas loin non plus, certainement à cause des interférences politiques. Un mystérieux informateur contacte alors deux journalistes du  Washington Post et leur fournit des informations qui font l’objet de nombreuses révélations, en particulier sur le lien des cambrioleurs avec la présidence et sur les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est néanmoins confortablement réélu en novembre 1972, mais l’année suivante, l’obstination du juge et la mise en place d’une enquête sénatoriale resserrent de plus en plus l’étau autour des collaborateurs du président. Une série de révélations portant sur des cas d’obstruction de la justice et d’abus de pouvoir mènent à des inculpations. Le public américain s’intéresse davantage à l’affaire avec la retransmission en direct des auditions du Senat sur la Watergate. Lorsque l’existence d’un système d’écoute à la Maison Blanche est rendue publique, l’implication du président se précise, le Congrès engage une procédure d’empeachment visant à la destitution du chef de l’Etat, et Nixon se résout à démissionner. Depuis l’époque, le suffixe –gate, qui signifie aussi porte ou entrée en anglais, est entré dans l’acception populaire, et désormais accolé à la dénomination de toute forme d’affaire d’Etat ou de scandale de grande ampleur. La symbolique de porte ou entrée renvoie par ailleurs au passage vers la déchéance, que ce soit la prison ou la démission à un poste.

Covidgate, la porte entrouverte

Au Cameroun on a connu le Mounchipou gate, qui a été presque la première affaire médiatisée de l’opération épervier, et en 2021, à la faveur de l’avènement du coronavirus, le vocabulaire camerounais en particulier vient de s’enrichir d’un nouveau mot, le Covidgate ou le scandale de la gestion des fonds covid. Le 4 avril 2021, le Secrétaire général à la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh, a adressé la correspondance A263 au ministre de la Justice garde des Sceaux, Laurent Esso, avec pour objet « audit des fonds affectés à la lutte contre le corona virus », lui disant : « En vous faisant tenir ci-joint thermocopie du rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême relatif à l’objet repris en marge, j’ai l’honneur de vous répercuter les hautes directives du Chef de l’Etat, prescrivant l’ouverture d’une enquête judiciaire contre les auteurs, coauteurs et complices des cas de malversations financières y relevés. » Alors que les journalistes, la société civile et l’opinion entière attendaient de savoir l’identité de ces auteurs, le ministre de la Justice, comme un enseignant à son élève, a simplement renvoyé le Secrétaire général de la  présidence revoir sa copie. Le 22 avril 2021, il répond au Sg dans une correspondance qui lit : « Suite à votre correspondance de référence et dont l’objet est porté en marge, me répercutant les hautes directives du chef de l’Etat, prescrivant l’ouverture d’une enquête judiciaire contre les auteurs, coauteurs et complices des cas de malversations financières relevés par le rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir me faire parvenir les pièces d’investigation de la haute juridiction, non jointes à votre correspondance susvisé.»

Diversion

Le ton de la correspondance traduit clairement qu’il y a un malaise au sein de l’appareil gouvernemental, où on ne sait plus qui commande et qui donne des ordres à qui. De quelle nature et de quelle ampleur est ce malaise, le temps le dira. Le député Jean Michel Nintcheu qualifie cela de « manœuvres de diversion sur fond de règlement de comptes intra sérail », et relève que la différence majeure en matière de gestion des fonds covid-19 réside dans ce que dans d’autres pays, les mesures conservatoires et les sanctions sont rapides après les dénonciations des scandales liés à la gestion des fonds covid-19.  Quelques exemples sont pris pour sous-tendre ses propos : Au Zimbabwe, le ministre de la santé a été limogé et inculpé pour des faits de corruption. Au Kenya, des hauts fonctionnaires et hommes d’affaires ont été épinglés dans le rapport d’audit. Le Directeur général de l’Agence nationale du matériel médical a été suspendu de ses fonctions et des enquêtes judiciaires ont été ouvertes à cet effet. En Afrique du Sud, le scandale des “Covidpreneurs”  a permis de confirmer dans un rapport que 17 millions de dollars de fonds covid-19 ont fait l’objet de détournement. Le président Cyril Ramaphosa a ordonné en personne le lancement de plusieurs autres investigations après que le scandale des “Covidpreneurs” a éclaté dans la presse. Des hauts fonctionnaires ont été dénoncés, ont démissionné et sont en attente de leur inculpation.  Au Gabon, une Commission d’enquête parlementaire a été créée sur la gestion des fonds covid19 et le ministre en charge de la lutte contre la corruption a clairement indiqué que les coupables pourraient être traduits devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité. Au Cameroun, le député dit, « rien, absolument rien, ne justifie l’extrême lenteur des procédures judiciaires. On parle des dizaines de milliards de FCFA volatilisés et tout ce que Yaoundé oppose au peuple camerounais c’est d’afficher dans ce dossier de la covidgate, la guerre des personnes dans le sérail gouvernant. Ceux qui ont profité de la détresse des Camerounais pour s’en mettre plein les poches doivent rapidement croupir en prison. »

Comme dans le Watergate au Etats Unis, l’enquête menée au début par les employés de la Maison Blanche n’a abouti à rien, on peut deviner pourquoi. Le Fbi prit le relais par la suite sans résultat, on peut encore deviner pourquoi. Au Cameroun l’enquête initiée par l’administration piétine, mais on n’est encore qu’à l’entrée, le tunnel semble bien long

Roland TSAPI

One Reply to “Covidgate : cacophonie au sommet”

  1. Roland Tsapi le film chinois ci non il manque la bagarre.
    Covidgate.
    Anyway ils devront rendre compte et c’est non négociable

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