Coupe du monde : le réveil de l’Afrique

Les performances des équipes nationales africaines en phase finale de la coupe du monde 2022 au Qatar indique qu’elles ne se font plus des complexes. Les  talents du Continent forcent le respect et amènent les autres à revoir leurs idées pour un peuple avec qui il faudra désormais compter

La coupe du monde de football est l’une des compétitions internationales qui ont toujours permis de mesurer les forces des nations et des continents. L’Afrique a toujours été non seulement sous représentée, mais en plus conçue dans l’imagerie populaire comme un continent qui ne pesait  pas d’un poids important dans ce rendez-vous. Idée qui avec le temps a été confortée par les performances des sélections nationales africaines, qui en 21 éditions n’ont jamais traversé les ¼ de finales. La première édition est organisée en 1930 et se joue en Uruguay entre 4 équipes européennes et 9 équipes sud et nord-américaines. L’Egypte est la première nation africaine à prendre part lors de la  deuxième édition en 1934 et ne franchit pas le premier tour. Les statistiques indiquent que sur la durée on a eu pour la participation des équipes africaines : L’Egypte 3 fois en Coupe du monde a toujours été éliminé au premier tour. Le Cameroun compte 7 participations, dont la première en 1982, et atteint les quarts de finale en 1990. Le Nigeria, avec 6 participations dont 5 consécutives, a atteint 3 fois le 2e tour. Le Maroc, 5 fois depuis 1970, est arrivé au deuxième tour à 2 reprises. La Tunisie avec 5 participations depuis 1970, n’a jamais atteint le 2e tour. L’Algérie y est allée 4 fois depuis 1982, mais n’a jamais dépassé le premier tour. La Côte d’Ivoire, 3 fois mondialiste depuis 2006 s’est toujours contenté des 3 matches du premier tour. L’Afrique du Sud, 3 fois depuis 1998, est toujours éliminée en phases de poule. Le Ghana, 3 fois mondialiste depuis 2006, a atteint une fois les quarts de finale en 2010. Le Sénégal avec 2 présences au mondial a atteint les quarts de finale en 2002. L’Angola, 1 fois en 2006 et le Togo la même année n’ont pas franchi le premier tour, tandis que la République démocratique du Congo, alors appelée Zaïre a participé à la Coupe du monde en 1974. Le premier pays de l’Afrique sub-saharienne à prendre part à cette compétition ne dépasse pas la phase des groupes.

Performances

Au cours de ces participations africaines, les faits marquants ont été  la victoire historique de l’Algérie devant la République Fédérale d’Allemagne en 1982 en Espagne, année à laquelle le Cameroun connait aussi sa première participation. Il rentre au premier tour sans avoir concédé une défaite, ce qui est alors considéré comme un exploit. En 1990, le Cameroun réédite l’exploit et bat l’Argentine championne du monde en titre en match d’ouverture. Il ouvre aussi pour la première fois au cours de cette édition, le chemin des quarts de finale pour les équipes africaines, avant d’être stoppé à ce niveau par l’Angleterre. Cette performance contribue par ailleurs à l’augmentation du nombre des équipes africaines de 3 à 5. 12 ans après, en 2022 en Corée du Sud, le Sénégal est sur les traces du Cameroun pour la deuxième victoire africaine en match d’ouverture de la coupe du monde en battant la France. L’équipe du capitaine Aliou Cissé progresse également jusqu’en  quarts de finale  avant d’être arrêtée par la Turquie. En 2010  la Coupe du monde est organisée pour la première fois sur le continent en Afrique du Sud, le Ghana y atteint les quarts de finale, perdus face à l’Uruguay aux tirs au but. Le public Sud-Africain se fait remarquer dans les gradins par l’introduction du vuvuzela qui depuis lors est rentré dans les mœurs des stades.

La sélection nationale marocaine, 1er de sa poule pour la première fois pour une équipe africaine en coupe du monde

la flamme africaine telle que portée sur les stades qataris en 2022, n’est pas faite pour s’éteindre, elle est désormais semblable à cet étincelle dans la nuit, qui reste visible malgré la densité de l’obscurité.

Progression

Au fil du temps, le continent fait donc entendre sa voix lors de cette fête mondiale de football, bouscule les lignes, lève la tête, même comme il reste lésé dans la répartition des places. Sur les 6 fédérations continentales qui composent la Fédération internationale de football Association, la Confédération africaine de football avec 56 équipes n’a que 5 places, alors que l’Uefa pour l’Europe a 13 places avec 55 équipes, le Conmebol  pour l’Amérique du Sud a 5  places avec 10 équipes, l’Afc pour l’Asie a 5 qualifiées (en plus du Qatar) pour 46 équipes, la Concacaf (qui réunit l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes) a 4 places avec 35 équipes, et l’Ofc pour l’Océanie a 1 place pour 9 équipes. Si la Fifa prévoit de revoir à la hausse le nombre des équipes africaines lors des prochaines compétitions en les plaçant à 9, c’est bien parce que le continent s’impose au fil des années, les talents africains s’expriment quand l’occasion leur est donnée et des conditions créées pour. L’évolution des équipes africaines à la coupe du monde au Qatar montre qu’elles sont désormais décomplexées, qu’elles ont brisé la glace et le complexe d’infériorité n’est plus à l’ordre du jour. Autre fait marquant, ces talents africains s’imposent même en dehors de leurs équipes nationales, et on compte 70 joueurs d’origine africaine engagés dans des équipes occidentales en compétition pour ce mondial. Ils dominent l’équipe du Qatar, l’équipe de France et ne jouent pas les second rôles dans les équipes suisse, belge ou allemande. Le fait est assez important pour ne pas être remarqué, ou pour être minimisé. Lentement mais sûrement, on assiste au réveil africain dont la manifestation la plus visible se fait aux plans sportif et politique, mais l’économie, la technologie, la médecine et bien d’autres domaines ne sont pas en reste. Ce réveil, bien entendu, ne se fait pas sans heurt. Face à la montée de la conscience africaine, les puissances impérialistes ne sont pas indifférentes. Le racisme n’est pas encore complètement éteint dans les stades en Europe, les politiques en direction de l’Afrique restent prédatrices, les richesses du sous-sol continuent d’engraisser les firmes occidentales, il subsiste sur le continent des dirigeants néocolonialistes qui perpétuent la douce exploitation du peuple, les monnaies serviles comme le franc cfa restent d’actualité dans le pré carré français. Mais la flamme africaine telle que portée sur les stades qataris en 2022, n’est pas faite pour s’éteindre, elle est désormais semblable à cet étincelle dans la nuit, qui reste  visible malgré la densité de l’obscurité.

Roland TSAPI

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