Corruption : les instigateurs de l’ombre

Dans les services administratifs, certains responsables ont décidé de faire main basse sur les budgets de fonctionnement, obligeant les agents à se livrer au rançonnement des usagers. Le fléau prend ainsi de l’ampleur et s’enracine

Le rapport 2021 de la commission nationale anti-corruption rendu public le 10 novembre 2022, retrace quelques enquêtes particulières qu’elle a eu à mener après dénonciation. Comme toujours, ces détails sont passés inaperçus, alors que les mettre en évidence permettrait de mieux comprendre les dysfonctionnements qui plombent l’amélioration du service public, encourage l’extorsion des usagers et au final altère la qualité du service tout en ternissant l’image du Cameroun. Il importe donc de revenir sur certains faits. Le premier par lequel nous commençons, c’est le détournement de fonds publics à la délégation départementale de l’Habitat et du développement urbain du Dja et Lobo le département d’origine du président de la république, avec pour chef-lieu Sangmelima. Courant 2021, une dénonciation est transmise à la Conac contre le DD/Minhdu, dont le rapport abrège le nom par les initiales M.Y.M, faisant état de la destruction par ce dernier du Pick-up de marque Toyota Hilux immatriculé CA 3110 D, du manque de matériel de bureau depuis trois ans, du recrutement fictif du nommé B.S, du détournement du crédit alloué à l’ouverture de la route en terre de la Commune de Meyomessi, pour le compte de l’exercice budgétaire 2018, du détournement du crédit alloué à la réhabilitation de la délégation départementale du Minduh pour le compte de l’exercice budgétaire 2018, du détournement du crédit alloué à l’ouverture de la route en terre de l’arrondissement de Mintom pour le compte de l’exercice budgétaire 2017, de l’indemnisation fictive des sieurs M.M. (1 077 567 fcfa) et O.M.D (18 148 295 fcfa) dans le cadre du projet Magzi, de la collusion avec certains individus bénéficiaires des indemnités d’expropriation, avec pour conséquence la surévaluation de leurs biens dans le cadre de la construction de la route Sangmélima-Mengong. Les griefs étaient trop nombreux pour un délégué départemental.

Fournitures de bureau, source des détournements

Irrégularités
La mission de la Conac dépêchée sur le terrain a établi l’effectivité du détournement du crédit alloué aux consommables de la délégation au cours des exercices 2017, 2018 et 2019, le détournement d’un crédit de 3 200 000 FCFA alloué aux missions des personnels de la DD/MINDUH, le  détournement du crédit alloué au carburant de la DDHDU du Dja et Lobo, le détournement du crédit de 3 724 527 FCFA alloué à la réhabilitation de la DDHDU, la tentative de détournement de deniers publics par introduction frauduleuse de deux noms fictifs dans le rapport final d’indemnisation des riverains du projet Mazi à Meyomessala, les nommés E.O.et Z.H.N., pressentis pour toucher respectivement les sommes de 18 148 295 fcfa et 2 339 170 fcfa. Ce dernier cas mettait en cause le préfet du département, M. K.H. président de la Commission de constat et d’évaluation des biens et un certain E.E.U, secrétaire de la commission. Par contre, l’accusation de collusion avec certains individus bénéficiaires des indemnités d’expropriation, avec pour conséquence la surévaluation de leurs biens dans le cadre de la construction de la route Sangmélima-Mengong, et le détournement des crédits alloués à l’ouverture des routes en terre des Communes de Meyomessi et de Mintom étant infondées.

L’usager repart en retenant qu’on lui a fait payer un service normalement gratuit dans les bureaux administratifs. Et c’est souvent son interlocuteur qui est mal vu, alors que ce dernier était sincère dans ce cas. Progressivement, les tables de bureaux deviennent des comptoirs, où les prix des services qui doivent se faire à l’extérieur sont majorés des commissions de l’agent de bureau, parce qu’il ne doit pas se déplacer pour rien non plus.

Impact

Ainsi, pendant 3 années consécutives, 2017, 2018 et 2019, le délégué départemental Minhdu du Dja et Lobo, dont le rôle est de s’assurer du bon fonctionnement des services déconcentrés dans ce département, s’est lui-même assuré plutôt que rien ne marche, en détournant les crédits alloués aux consommables. Il s’agit là du papier d’impression, de l’encre, des stylos à billes, du papier de toilette, des ordinateurs de bureaux, des imprimantes, des tables et des chaises, bref tout le petit nécessaire indispensable pour les bureaux. Dans ces conditions que font les agents de bureaux qui doivent pourtant travailler ? Ne pouvant fournir cela eux-mêmes de leurs salaires, ils demandent aux usagers de payer, simplement. Ainsi l’usager s’entend dire qu’il faut saisir et imprimer son document pour la signature, et que tout cela doit se faire dans une bureautique à côté, où il faut payer telle somme. L’usager repart en retenant qu’on lui a fait payer un service normalement gratuit dans les bureaux administratifs. Et c’est souvent son interlocuteur qui est mal vu, alors que ce dernier était sincère dans ce cas. Progressivement, les tables de bureaux deviennent des comptoirs, où les prix des services qui doivent se faire à l’extérieur sont majorés des commissions de l’agent de bureau, parce qu’il ne doit pas se déplacer pour rien non plus. Et pendant que le service sombre ainsi, le délégué se la coule douce, et réfléchit sur d’autres moyens pour extorquer l’argent de l’Etat. Les frais de mission du personnel y passent, le crédit alloué au carburant et à la réhabilitation des bureaux aussi, et ce n’est pas tout. Dans un projet d’aménagement d’une zone industrielle, il infiltre des bénéficiaires fictifs d’indemnisation pour détourner 20 millions de francs. Et la manœuvre aurait réussi si certains compatriotes n’avaient pas eu le courage de dénoncer. Et c’est ainsi que dans la plupart des cas, des projets de développement, qui bénéficient même des financements étrangers n’évoluent pas parce que la partie camerounaise n’arrive pas à indemniser les populations afin qu’ils libèrent les sites des travaux. La raison étant que l’enveloppe des indemnisations gonflent anormalement, grâce à l’ingéniosité des délégués départementaux qui s’adjoignent même la complicité du préfet et du rapporteur de la commission d’évaluation, comme dans le cas d’espèce. Ce cas qui est loin d’être isolé. Le ministre de l’Administration territoriale à l’habitude de voir des ennemis de la république tapis dans l’ombre. Ils ne sont ailleurs que dans les bureaux administratifs, ils occupent des fonctions avec des avantages de toutes natures, et ils s’emploient au quotidien à utiliser les moyens de l’Etat…pour ternir l’image de l’Etat.

Roland TSAPI

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