Corruption : le marronnier présidentiel

La bonne gouvernance, la transparence dans la gestion des deniers publics, en somme l’éradication de la corruption est la trame du discours présidentiel depuis son accession à la magistrature suprême. Un discours répétitif qui a perdu du crédit au fil du temps, au vu du contraste avec l’évolution du fléau sur le terrain.

Dans le métier du journalisme, on parle de marronnier, pour désigner un événement périodique qui revient chaque année, et qui de ce fait est devenu de faible importance, n’ayant plus rien nouveau à apporter. Les adresses à la nation du chef de l’Etat camerounais depuis 42 ans, au-delà du caractère traditionnel, ont fini par se constituer aussi un marronnier qui revient dans les discours, à savoir la corruption. Le premier slogan de l’homme du Renouveau en 1982 fut « rigueur et moralisation.” La corruption n’avait pas encore atteint les proportions inquiétantes, mais il donnait l’impression de ne pas la laisser prospérer. On constata de même que malgré qu’il ait commencé son programme politique par ce slogan, il se refusa dans les années suivantes à croire que la corruption s’enracinait déjà dans l’administration, en demandant même les preuves quand on essayait de le lui rappeler. Mais rapidement la gangrène gagna les mentalités et les comportements, Transparency International classa le Cameroun en tête des pays les plus corrompus du monde deux années successives, en 1998 et en 1999. La méfiance et les exigences des institutions internationales obligèrent le pays à donner plus de gages de bonne gouvernance et de probité dans la gestion des caisses publiques. L’Agence d’Investigation financière est créée le 31 mai 2005 et la Commission nationale anticorruption un an plus tard, le 11 mars 2006, trouvant dans le même créneau la chambre des Comptes et le Conseil de discipline budgétaire et financière du Cameroun logé au Contrôle supérieur de l’Etat.

Opérations

On est passé de l’opération « pêche des baleines » initiée en son temps par Garga Haman Aadji au ministère de la Fonction publique, de la réforme administrative et du Contrôle supérieur de l’Etat, à l’ « opération épervier » qui a connu son apogée avec Ahmadou Ali au ministère de la Justice. La lutte contre le fléau est alors devenue un paragraphe indispensable des discours présidentiels, qui ne cessait de dire que les gestionnaires indélicats vont rendre gorge. Pour les deux dernières années encore, pour ne pas aller plus loin dans le temps,  Paul Biya n’a pas dérogé à la règle. En décembre 2021, après avoir promis de faire de chaque région un pôle de développement par la création  des infrastructures dans les secteurs aéroportuaire, industriel et routier,  il continuait : « Pour y parvenir, nous devons renforcer la gouvernance dans la gestion de nos finances publiques, en luttant contre la corruption et le détournement des deniers publics. Par conséquent, tous ceux qui se rendent coupables de malversations financières ou d’enrichissement illicite, en assumeront les conséquences devant les juridictions compétentes. » Le thème a également été présent dans son discours du 31 décembre 2022 : « Avant de conclure, je voudrais appeler votre attention sur deux fléaux qui prennent une certaine ampleur dans notre société. Il s’agit de la corruption et de l’incivisme. L’an dernier, dans des circonstances similaires, je vous avais fait part de mon souci de renforcer la gouvernance dans la gestion des affaires publiques et de maîtriser les dépenses de l’Etat. Je peux vous assurer que ce souci demeure constant et intangible. Aussi, je tiens une fois encore à rappeler que tous ceux qui s’enrichissent illicitement, en spoliant l’Etat, à quelque niveau que ce soit, vont rendre des comptes. J’exhorte tous les Camerounais, quel que soit leur rang social, à s’engager résolument dans ce combat que je mène depuis des années. Chacun, à son niveau, doit faire montre de probité et veiller à la préservation de l’intérêt commun. C’est en agissant ensemble, de manière déterminée et résolue, que nous parviendrons à triompher de la corruption qui existe encore dans notre société. »

Avant que l’opinion ne digère cela, elle a été nourrie par le scandale de la gestion du Fonds de solidarité de lutte contre le corona virus, dont le rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême a établi des vastes détournements, allant des marchés fictifs à la surfacturation astronomique, en passant par des doubles paiement d’un même marché, des tromperie sur la marchandises, des entreprises créées la veille pour gagner des marchés des milliards le lendemain, les conflits d’intérêt, tout cela impliquant des membres du gouvernement qui pour certains se vendaient entre eux des dons reçus, avec l’argent viré dans des comptes non identifiés. Ici encore rien ne s’est passé.

Marronnier

Mais au-delà des discours, qu’il y a-t-il ? Sur les quatre dernières années en depuis 2018, une forte odeur de malversation et de corruption a entouré divers faits et évènements, qui devaient donner lieu à des interpellations, mais sans que rien n’y fasse. L’organisation de la 21e édition de la Coupe d’Afrique des nations au Cameroun, dont la gestion peu orthodoxe des projets a conduit à un glissement, a relevé aux yeux de l’opinion l’ampleur des surfacturations des marchés publics et des attributions guidées par autre chose que les critères de compétence et de bonne gouvernance. On apprenait par exemple que dans les marchés des projets de la Can, le sac de ciment était facturé à l’Etat à 16 000 francs cfa, et le camion de sable à 700 000 francs cfa. Avant que l’opinion ne digère cela, elle a été nourrie par le scandale de la gestion du Fonds de solidarité de lutte contre le corona virus, dont le rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême a établi des vastes détournements, allant des marchés fictifs à la surfacturation astronomique, en passant par des doubles paiement d’un même marché, des tromperie sur la marchandises, des entreprises créées la veille pour gagner des marchés des milliards le lendemain, les conflits d’intérêt, tout cela impliquant des membres du gouvernement qui pour certains se vendaient entre eux des dons reçus, avec l’argent viré dans des comptes non identifiés. Ici encore rien ne s’est passé. Le scandale le plus récent en fin d’année 2022, c’est celui de la gestion des lignes 65 et 94 du budget de l’Etat, devenus un véritable marché entre amis et une source de gabegie à haute échelle finançant des projets privés, le ministre des Finances étant allé jusqu’à avouer devant les députés qu’il ne connaissait pas les critères qui guident le choix des bénéficiaires de ces lignes, et assurant qu’à l’issue des audits commandés, « il n’y aura rien.» Comme le marronnier du journaliste, le thème de la corruption devenu répétitif et cyclique dans le registre langagier du président de la République, semble avoir perdu dans le temps toute sa signification, son annonce de lutter contre elle étant devenue de moindre importance, en l’absence des effets concrets.

Roland TSAPI

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