Corruption : le Cameroun tient bon

D’après le 11eme rapport de l’organisme de lutte contre la corruption au Cameroun créée en 2006, le fléau gagne du terrain malgré les efforts constants. En dépits des moyens déployés pour la contrer, les acteurs multiplient des astuces, font la résistance et continuent de ternir l’image du pays

La commission nationale anticorruption (Conac) a présenté son rapport pour l’année 2021 le 10 novembre 2022 à Yaoundé. Le moins que l’on puisse dire avec ce rapport, c’est que le Cameroun tient bon en matière de corruption, avec des administrations qui se sont avec le temps illustrées par la délinquance. Le premier constat est qu’en 2021, l’institution a enregistré 6705 dénonciations pour faits et pratiques de corruption contre 16067 en 2020. La ligne verte le 1517, est l’un des moyens qui aura été le plus utilisé pour les dénonciations. Le rapport nous replonge ainsi dans l’univers quotidien de la corruption, en dévoilant les visages les plus célèbres de l’administration publique qui tirent le pays vers l’abîme avec ces pratiques. 11 secteurs mènent la barque, et par ordre alphabétique on à l’Administration territoriale. Ici sont dénoncés le monnayage de la signature des sous-préfets et préfets, l’extorsion de fonds par les maires, les tournées des sous-préfets et préfets, l’exigence d’appui financier et matériel aux administrés lors des descentes sur le terrain des commissions de constats et d’évaluation. Ensuite le secteur des affaires foncières et domaniales, avec les établissements des faux titres fonciers et la concussion dans la vente du domaine privé de l’Etat. Viennent ensuite les Collectivités territoriales décentralisés, avec le monnayage de la signature des maires, l’extorsion de fonds aux commerçants par les équipes techniques des mairies, l’arnaque et extorsion des fonds dans la pose de sabots, l’arnaque dans l’établissement des actes de naissance, la concussion dans la délivrance des permis de bâtir. Le secteur du Commerce suit, avec l’arnaque et les amendes arbitraires par les agents de contrôle du ministère du Commerce et le monnayage d’enlèvement des « scellés.» le secteur de l’éducation est bien présent, indexé pour la corruption lors des concours d’entrée dans les grandes écoles, le monnayage des recrutements et des admissions par les Chefs d’Établissements scolaires, le détournement des salaires des enseignants vacataires et des personnels d’appui, la protection des enseignants déserteurs, la vente illégale des tenues au sein des établissements scolaires, le refus de délivrer les reçus après paiement des frais d’Apee, le détournement des frais d’Apee et l’ingérence des Chefs d’Établissements dans le fonctionnement de ces associations.

Pour le transport routier également indexé, on dénonce ici le faux et détournement des fonds dans la vente des tickets de péage, l’usage de faux et extorsion de fonds aux camionneurs dans les stations de pesage,

Le secteur des finances (douanes, trésor et impôts) est cité, avec des dénonciations portant sur la demande de pourboire dans le traitement des dossiers, le blocage de dossiers pour non-paiement de pots-de-vin, la dissimulation de dossiers, la demande des pourcentages avant le traitement des factures par les contrôleurs financiers et le paiement par les receveurs municipaux. Les Forces de maintien de l’ordre (police et gendarmerie) quant à elles, sont dénoncées pour arnaque et extorsion des automobilistes sur la voie publique, arnaque des usagers dans les services d’identification, le monnayage de la signature des chefs des unités de police et de gendarmerie et le  monnayage des convocations. Le huitième secteur cité est celui de la forêt et de la faune, pointé du doigt par les dénonciateurs pour corruption des agents des Eaux et Forêts, exploitation illégale des ressources forestières et fauniques,  faux titres de voyages pour le transport des billes de bois, monnayage des lettres de voiture, détournement et blanchiment des ressources des forêts communautaires. La justice est également indexée pour partialité des magistrats, exigence des pourboires pour la délivrance des actes de justice, des renvois incessants et injustifiés des dossiers. Pour le transport routier également indexé, on dénonce ici le faux et détournement des fonds dans la vente des tickets de péage, l’usage de faux et extorsion de fonds aux camionneurs dans les stations de pesage, l’arnaque des automobilistes, la corruption dans les auto-écoles, la corruption dans les examens de permis de conduire, faux et usage de faux dans les bureaux des transports. Le secteur de la santé figure aussi sur la liste, avec la corruption dans l’établissement des résultats du test covid 19, l’arnaque dans l’établissement des certificats médicaux, le rançonnement et détournement des malades, la vente illicite de médicaments. Il faut rappeler que les secteurs sont énumérés ici par ordre alphabétique, et sont les mêmes pour les dénonciations soit faites par courrier administratif, numéro WhatsApp ou courrier électronique.   

Bonne santé

Les dénonciations en 2021 ont bien entendu poussé l’Institution à faire des enquêtes sur le terrain pour se rendre compte que 83% de ces dénonciations sont fondées. Surtout, au terme des investigations, la Conac est arrivée à la conclusion que le préjudice financier subi par l’État du fait des actes de corruption pour l’année 2021 s’élève à 43 947 794 138 Fcfa, dont près de 44 milliards. Ce chiffre est en hausse de 26 336 519 954 Fcfa, car en 2020 le préjudice financier était de  17 611 274 184 Fcfa. Conclusion, les effets négatifs de la corruption sur les finances publiques ont plus que doublé entre 2020 et 2021, pourtant le nombre de dénonciations a diminué dans le même temps de 2/3, passant de 16067 en 2020 à seulement 6705 en 2021, presque 10 000 dénonciations de moins. Ce qui laisse penser que d’une part l’engouement des populations pour la dénonciation a baissé, peut-être en l’absence des résultats concrets ou du sentiment selon lequel rien ne change, et d’autre part, les acteurs de la corruption ont redoublé d’ardeur dans la pratique, pour que leur chiffre d’affaire double en un an comme l’indique le rapport. De là à conclure qu’au Cameroun, plus on lutte contre la corruption, mieux elle se porte. Un autre héritage du renouveau !

Roland TSAPI

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