Coronavirus : l’embarras du vaccin

Après avoir annoncé qu’il n’était pas obligatoire, le gouvernement est subtilement en train de l’imposer, mis sous pression à l’international

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Où en est-on avec le vaccin contre le coronavirus au Cameroun ? Les campagnes de sensibilisation gouvernementales, les vraies fausses obligations de le prendre ou pas, toutes les communications à ce sujet se sont subitement tues. Même l’Assemblée nationale a relégué au second plan la question, qui ne figurait pas à l’ordre du jour de celles soulevées à l’ouverture de la session de juin. Mais si les populations ne sont pas bien informées de ce qui se passe, cela ne veut pas dire que le vaccin ne fait pas son bonhomme de chemin, la pression reste forte sur le gouvernement, sérieusement préoccupé par la résistance que rencontre cette opération lancée depuis le 21 avril 2021 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute.

Rallumer la flamme

Dion Ngute en réunion, comment faire passer le vaccin?

Au lendemain de l’ouverture de la session parlementaire de juin 2021, ce dernier a présidé dans ses services une réunion avec certains chefs de départements ministériels, avec en bonne place le ministre de la Santé Publique et le ministre de la communication. L’objectif étant d’évaluer l’opération de vaccination sur le terrain et trouver des moyens pour amener les Camerounais à se vacciner, étant donné d’après lui, que c’est le seul moyen pour freiner le virus. Dans son propos introductif, rapporte le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, le chef du gouvernement a exprimé sa forte préoccupation quant à l’accueil froid réservé au vaccin par les populations, accueil qu’il a attribué à ce qu’il a appelle le doute et la désinformation dangereusement propagés à travers les réseaux sociaux sur les effets négatifs du vaccin. Au sortir de la rencontre, rapporte Cameroon Tribune, le ministre de la Communication a indiqué à la presse que des conférences de presses explicatives conjointes vont bientôt être organisées. Sur le terrain, les membres du Comité scientifique vont faire partie des équipes de campagnes pour expliquer l’importance de la vaccination, les leaders communautaires, religieux et associatifs seront associés pour intensifier la campagne. Le compte rendu de cette rencontre diffusé à la radio d’Etat est encore plus explicite : « Au cours des prochains jours, sera élaboré un planning de passage dans les entreprises publiques et parapubliques, une réactualisation des messages est même envisagée pour les adapter à la nouvelle donne. Bientôt pour les déplacements, l’on se verra obligé de présenter une carte de vaccination anti covid-19, ça a déjà commencé en Europe. Pour avoir accès à un lieu public, un terrain sportif, une salle de conférence, il faudra présenter sa carte vaccinale. Le Cameroun ne voudrait pas compter parmi les pays placés en zone rouge. D’où l’appel du Chef de l’Etat Paul Biya à la mobilisation générale, répercutée par le premier ministre chef du gouvernement Joseph Dion Ngute »

Pression mondiale

les dirigeants du G7

Par simple coïncidence peut être, au même moment où le gouvernement camerounais peaufinait sa stratégie et fourbissait ses armes pour faire passer le vaccin, les chefs d’Etats des pays les plus puissants du monde, regroupés au sein du G7 se réunissaient à Carbis Bay, dans le sud-ouest de l’Angleterre les 11, 12 et 13 juin 2021. D’après le Monde europe,  cette rencontre était consacrée au partage des vaccins contre le corona virus entre autres, l’urgence climatique, ainsi qu’à montrer un front uni entre alliés à la faveur du premier déplacement à l’étranger de Joe Biden. Au sortir de là aussi, l’une des fortes résolutions, sinon la principale, adoptées par les dirigeants de l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon et les États-Unis, était de distribuer plus d’1 milliards de doses de vaccins aux pays pauvres. Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre britannique Boris Johnson a été plus précis sur les objectifs en déclarant : « J’ai demandé à mes homologues d’aider à préparer et à fournir les doses nécessaires pour vacciner le monde d’ici la fin de 2022», lesquels dirigeants se sont engagés pour plus d’un milliard de doses en les finançant ou via le dispositif de partage Covax. Et le dispositif Covax, faut-il le rappeler, est cette coalition mondiale qui s’est donnée pour missions de faire des recherches sur les vaccins et les distribuer partout dans le monde gratuitement, et dont le plus grand donateur est la Fondation Bill-et-Melinda Gates. C’est sur cette coalition que le ministre de la Santé publique annonçait que le Cameroun comptait pour être fourni en vaccins. Ceci pour dire que les vaccins ne risquent pas de venir à manquer, comme cela a été le cas pour les tests de dépistage, ils ne risquent pas non plus d’être détournés, il y en aura pour tout le monde.

Subtile obligation

La remobilisation du gouvernement pour la vaccination n’est donc pas gratuite, le pouvoir de Paul Biya est en réalité aujourd’hui pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les institutions internationales qui demandent des gages de bon travail d’éradication du coronavirus, qui aujourd’hui passe par la vaccination, pour continuer à lui donner de l’argent, et de l’autre côté une population qui ne veut plus se laisser mener à l’abattoir comme du bétail. Et comme il faut convaincre les institutions internationales en fournissant les statistiques pour avoir de l’argent, il va falloir un passage en force. Et le reportage de la Crtv se comprend mieux avec cet un extrait une fois de plus : « …Bientôt pour les déplacements, l’on se verra obligé de présenter une carte de vaccination anti covid-19, ça a déjà commencé en Europe. Pour avoir accès à un lieu public, un terrain sportif, une salle de conférence, il faudra présenter sa carte vaccinale. Le Cameroun ne voudrait pas compter parmi les pays placés en zone rouge… »

On aura beau ne pas vouloir accepter, ce qui se passe actuellement nous ramène fatalement à cet extrait de la bible, dans le livre de Révélation chapitre 13, verset 16 à 18 : « …et l’image se mit à parler et elle faisait mourir ceux qui refusaient de l’adorer. Elle amena tous les hommes, gens du peuple et grands personnages, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, à se faire marquer d’un signe sur la main droite ou sur le front. Et personne ne pouvait acheter ou vendre sans porter ce signe : soit le nom de la bête, soit le nombre correspondant à son nom. C’est ici qu’il faut de la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence déchiffre le nombre de la bête. Ce nombre représente le nom d’un homme, c’est : six cent soixante-six. »

A suivre

Roland TSAPI

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