Coronavirus : le temps de la justice

Dans le sérail, la course à la protection est déjà lancée. Et il ne s’agit pas de la substance sortie des laboratoires pharmaceutiques, mais de tout ce qui pourra permettre d’échapper à la justice. Mais l’aiguille tourne.

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 Le 17 mai 2021, l’ex président de la République Sud-africaine Jacob Zuma était devant la justice de son pays, pour répondre de seize chefs d’accusation de fraude, corruption et racket liés à l’achat, en 1999, de matériel militaire auprès de cinq sociétés d’armement européennes alors qu’il était vice-président. Plus particulièrement, Jacob Zuma est  accusé d’avoir empoché plus de 4 millions de rands, la monnaie sud-africaine, à peu près 452 millions de francs cfa de l’entreprise française Thales, qui était l’une des bénéficiaires du contrat d’une valeur globale d’environ 1800  milliards de francs cfa. Le groupe d’électronique français spécialisé notamment dans la défense est également poursuivi pour corruption et blanchiment. Ce procès pour une affaire de pots-de-vin vieille de 22 ans a déjà été reporté plusieurs fois, l’ex-président multipliant les recours. 10 ans après le déroulement des faits, Jacob Zuma a dirigé la république Sud-africaine  entre 2009 et 2018. Mais son statut de président de la république n’avait pas empêché la justice de suivre son cours, ni les acteurs de la société civile et les médias d’être mobilisés. Le soir du 14 février 2018, tout s’écroula autour de lui, lâché par le parti l’African national Congress la veille, il avait été contraint de démissionner de son poste de chef de l’Etat, traînant avec lui une série de scandales que le parti ne pouvait plus couvrir. Immédiatement après cette démission, une commission avait été créée pour enquêter sur les faits de corruption généralisée qui lui étaient reprochés pendant ses 9 ans de pouvoir. Commission qu’il a toujours snobé, ne s’étant présenté qu’une seule fois devant elle en juillet 2019, repartant même ce

Jacob Zuma, des doublures au Cameroun?

jour en claquant la porte, sous prétexte que la commission le traitait comme un accusé. Les membres de la commission ne se sont pas laissés pour autant impressionnés, ils ont ficelé leurs dossiers et transmis à la justice, qui a retenu 16 chefs d’accusations. Depuis l’ouverture du procès, Jacob Zuma a multiplié le dilatoire à travers les recours, la justice est restée patiente, son armée d’avocats l’a même abandonné en chemin. Le procès s’est finalement ouvert le 17 mai, avant d’être renvoyé au 26 mai 2021. Pendant bien longtemps, Jacob Zuma s’était cru intouchable, s’étant entouré durant son long parcours dans les coulisses du pouvoir, de beaucoup de relations dans le monde des affaires et de la politique, se forgeant presqu’une immunité de fait, avec sa capacité d’influencer la courbe économique d’une entreprise par l’attribution d’une lettre commande, dans laquelle on jouait gagnant-gagnant. Jusqu’à ce que tout s’écroule autour de lui, que toutes les lignes rouges de téléphone dont il se servait ne répondent plus, et qu’il se retrouve seul, face à son destin.

L’histoire se duplique

Au Cameroun, le coronavirus est en passe de faire beaucoup de Jacob Zuma, avec le covidgate, cette machine judiciaire déclenchée à la demande du Fonds monétaire internationale qui veut savoir ce qui a été fait de l’argent qu’il a prêté au Cameroun en urgence, près de 250 milliards de francs cfa dans le cadre de la riposte contre la pandémie. Au mois de mars 2021, la Chambre des comptes de la Cour suprême, à laquelle l’audit avait été confié, et qui était encore un plein travail sur le terrain, a adressé un rapport d’étape ou notes préliminaires à Paul Biya où elle faisait état de détournements massifs, délits d’initiés et autres dans la gestion des fonds COVID 19. Une instruction a été donnée au ministre de la Justice pour engager les poursuites judiciaires auprès des gestionnaires indélicats. Pour le moment, la sérénité règne encore dans les rangs des gestionnaires de ces fonds. Bénéficiant de l’immunité liée à leurs différents postes, les personnes soupçonnées peuvent encore s’habiller de leurs titres respectifs, imposer du respect autour d’eux par la grosseur de la voiture ou le protocole qui les entoure, faire du trafic d’influence, mais l’aiguille tourne. En 2021, Jacob Zuma est en train de répondre des faits de corruption, de pots de vin et de trafic d’influence qui se sont déroulés il y a 22 ans. Parce qu’il y a certains faits qui ne sont pas prescriptibles. Dans l’intervalle, il a essayé de bloquer la machine judiciaire, avec plus ou moins de succès, mais il n’a pas pu effacer les faits, qui sont têtus et résistent au temps. En justice, en effet, les faits sont comme le compteur électrique qui tourne. Le propriétaire peut soudoyer le releveur de ne pas pointer dans son carnet tous les index, pour minorer sa facture, il peut même monnayer pour que le releveur rentre sans pointer les index et déclare qu’il n’a pas vu le compteur ou qu’il n’a pas pu y avoir accès. Il ne sera pas facturé ce mois peut-être, mais il ne peut pas empêcher le compteur de tourner. Des années plus tard, d’autres agents reviendront toujours à la facturation normale, qui elle ne ment pas, et l’ardoise devra être payée.

Un temps pour tout

Il y a un temps pour toute chose, dit la bible dans l’Ecclésiaste chapitre 3 : «   Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux, un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté, un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements; un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter, un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler, un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix…J’ai dit en mon cœur: Dieu jugera le juste et le méchant; car il y a là un temps pour toute chose et pour toute œuvre. » On pourra éviter la justice pendant un temps, mais on ne pourra pas l’éviter tout le temps. Que celui qui a des oreilles… entende

Roland TSAPI

2 Replies to “Coronavirus : le temps de la justice”

  1. C’est pour éviter un procès dans 20 ans que certains d’entre eux sont prêts à tuer pour mourir à leurs postes. Ainsi ils nous auront bien niqué avec ou sans vaseline.

  2. Ailleurs on démissionne quand des chefs d’accusations graves pèsent sur vous ou même quand votre incompétence caractérisée est constatée!
    Continuez de voler, ne vous rassasiez jamais!

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