Corona virus : quand la responsabilité individuelle est engagée

Les populations ont replongé dans l’insouciance, surtout au lendemain de la levée de la mesure de fermeture des lieux de loisirs dès 18h, décision interprétée comme la fin de la menace de la pandémie. Insouciance entretenue aussi par une information officielle biaisée

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La communication gouvernementale sur l’état des lieux de la pandémie à corona virus est désormais très orientée, évitant soigneusement de parler des cas de contaminés et de décès, et se contentant de faire allusion aux personnes guéries. Le seul chiffre avancé au soir du 05 mai 2020 était celui des personnes guéries à savoir 1019. Mais à côté des déclarations officielles, plusieurs éléments concourent à faire croire que ces chiffres sont bien loin de la réalité. Dans un rapport du Conseil du Commerce Extérieur de la France (CCE) sur le point du Covid-19 en Afrique et dans l’Océan indien du 23 avril 2020, il ressort que le Cameroun enregistrait à cette date “1396 cas confirmés, 350 décès et 40 guéris”. Une information de loin contradictoire à ce qui est officiellement dit au Cameroun, car les derniers chiffres connus au 4 mai 2020 indiquent 64 décès, sur 2161 cas confirmés. Dans le même sens, un document audio largement diffusé sur les réseaux sociaux en début du mois de mai, attribué au  curé de la paroisse Saint Paul de Nylon à Douala, Monseigneur Paul Nyaga, est un autre élément contradictoire aux informations officielles. L’homme de Dieu, dans cet extrait sonore s’inquiétait de l’affluence des malades dans ses services à la recherche du médicament miracle mis au point par Monseigneur Samuel Kléda, l’archevêque de Douala. Mgr Paul Nyaga affirmait qu’à l’observation, «le nombre de malades est plus élevé qu’on ose le dire à la télévision».

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Chiffres cachés

De même, un message porté du gouverneur de la région du Littoral Samuel Ivaha Diboua, daté du 24 avril 2020, adressé au délégué régional du ministère de la Forêt et de la faune pour le Littoral est davantage édifiant sur la réalité des chiffres. Le patron de la région qui fait précéder son message de la mention « très urgent », dit : « Suite hautes instructions du chef de l’Etat en vue réserver digne inhumation personnes décédées suite pandémie covid-19, honneur vous demander bien vouloir mettre à disposition  maire de la ville de Douala matériaux (planches) nécessaires fabrications 100 cercueils destinés enterrement dépouilles abandonnées victimes dite pandémie par famille, urgence particulièrement signalée stop et fin. » Si dans la ville de Douala seule, on a besoin de 100 cercueils pour les corps abandonnés, il n’est plus logique qu’une semaine après on parle officiellement de 64 morts dans tout le pays. Encore que les cercueils sollicités sont pour les corps abandonnés, combien d’autres corps ont été enterrés dans le même temps ? Difficile de le savoir.

Il reste vrai que les autorités étatiques ont une responsabilité particulière dans la lutte contre la propagation de la pandémie de coronavirus. En vertu de la Constitution, le gouvernement a le devoir de  prendre des mesures pour protéger la santé de la population. Personne ne peut nier le rôle prépondérant de l’Etat, la gestion d’une telle situation lui revient, car le maintien de l’ordre social est l’une de ses tâches souveraines essentielles, il se doit donc de prendre ses responsabilités. Mais au vu de l’approche dans gestion de cette crise jusqu’ici, avec la dissimulation des informations et surtout le tâtonnement dans la prise des mesures barrière, les populations doivent plus que jamais prendre conscience qu’à côte du devoir de l’Etat de prendre soin d’elles, elles ont le droit de se protéger.

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Responsabilité individuelle

Ce droit appelle davantage à la responsabilité individuelle. Pendant une pandémie, le comportement individuel peut avoir des effets néfastes sur la société, que ce soit vis-à-vis de la contagion elle-même ou des problèmes de coordination pour éviter celle-ci. Le 4 mai 2020, le gouverneur de la Région de l’Ouest annonçait  35 cas confirmés de coronavirus enregistré dans le département du  Noun en l’espace d’une semaine. Très remonté, il rappelait que ce bilan négatif était la conséquence du non-respect des mesures barrières du à certaines cérémonies traditionnelles qui avaient toujours cours dans ce département. Il citait la Doua, prière commémorative à la suite d’un décès, la Sadaka, culte d’action de grâce, les mariages traditionnels et les prières dans les mosquées sans respect des mesures de distanciation. Dans les grandes métropoles du pays, les populations ont sauté de joie le 30 avril 2020 à l’annonce de la levée de la mesure de fermeture des lieux de loisirs, snacks et boites de nuit au-delà de 18h. Le lendemain, une vidéo faite dans une boite de nuit circulait dans les réseaux sociaux, montrant des jeunes dansant avec une insouciance déconcertante, et criant en plus que la pandémie à corona virus est une maladie des blancs. Il est indéniable que cette réouverture des bars et boites de nuit, fortement critiquée par ailleurs, a sonné dans la tête de certains comme la fin de la pandémie, et en décuplé en eux l’insouciance, tout en renforçant la négligence déjà observée dans le respect des autres mesures barrières.

Dans ces moments de crise sanitaire, en accordant le bénéfice de la bonne foi à l’Etat, il est évident qu’il ne peut pas tout faire, c’est une illusion de le penser. S’il a le devoir constitutionnel de protéger les populations et de prendre soin d’elles, cela ne dispense personne de sa responsabilité individuelle. Il reste par ailleurs constant que d’après l’article 260 du code pénal camerounais « Est puni d’un emprisonnement de trois (3) mois à trois (3) ans, celui qui, par sa conduite, facilite la communication d’une maladie contagieuse et dangereuse ».  Personne n’a le droit de mettre sa vie et celle des autres en danger, sous prétexte que le gouvernement a failli, et comme il est souvent dit, Aide toi, et le Ciel t’aidera,

Roland TSAPI

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