Corona virus : les Camerounais et le business de la mort

La pandémie est une occasion pour les commerçants de se faire plus d’argent, en créant des pénuries artificielles et les augmentations de prix. Mais personne n’est à l’abri

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Le corona virus ne fait pas seulement des malades et des morts, il fait aussi des riches, ou plutôt ceux qui croient  le devenir en tirant profit de la psychose qui traverse les populations en pareille situation. Pendant qu’on appelle à la solidarité pour contrer la propagation, certains travaillent à rendre inaccessible tout ce qui peut permettre d’y arriver. Depuis que l’on parle de cette maladie sur le sol camerounais, on observe une surenchère sur tous les produits ayant un lien avec le corona virus, prévention ou soupçon de traitement. Les premières mesures pour éviter de contracter le virus, sont de se désinfecter les mains et tout ce qu’on peut toucher autant de fois que possible dans la journée. La substance hydro alcoolique nécessaire pour cela, qui était disponible en pharmacie et dans d’autres surfaces à un prix jugé abordable, a subitement connu une hausse de 200% et plus. Il en de même pour les masques, les gangs, les caches nez et autres. La chloroquine, à laquelle le virus serait sensible, a aussi vu son prix être multiplié par deux ou trois selon certains témoignages, encore faut-il la trouver.

Dans les marchés des vivres, les prix de tous les fruits, les épices et légumes soupçonnés d’aider dans la prévention ou de renforcer l’immunité du corps humain sont passés du simple au triple. Citron, lemon, djindja, ail, orange, oignons, miel et autres sont devenus précieux. Et en dehors des produits connus, des charlatans inventent aussi d’autres compositions jadis inconnus, qu’ils présentent comme extrêmement efficace contre un virus qu’ils ne connaissaient pourtant pas il y un deux mois. Et dont ils ne connaissent toujours rien en dehors du nom. Bref, tous les moyens sont désormais bons pour se faire de l’argent, au nom du corona virus.  Comment expliquer cette tendance à profiter de tout, même de la mort ?

Perte d’humanisme

En réalité l’avènement du corona virus révèle à quel point la société camerounaise a perdu tout sens de l’humanisme. Avec un regard de sociologue, l’on constate que l’on vit dans une société compétitive, où on mesure le succès pour se sentir bien, on veut l’atteindre pour « dépasser » les autres et grandir. Une société qui idolâtre les personnes qui mènent une vie princière, qui sont à la pointe de la mode ou qui sont dans le plus grand luxe. Une société gangrené par un mal profond qu’on appelle cupidité, aussi connue sous le nom d’avarice, cette tendance à être égoïste, avare, et à tout accaparer pour soi.

Comment face à la mort des gens peuvent ne pensent qu’à s’enrichir ? Une étude psychologique, relevé par le site internet nospensees.fr affirme que « lorsque le cœur d’une personne est habité par la cupidité, cela tourne au   désir obsessionnel, alors elle essaie de combler les besoins de sa vie avec des choses factices  sans amour. C’est pourquoi, l’absence de l’amour se traduit par bien des problèmes. En étant cupide, la personne essaie de contrefaire et de faire subversion  au pouvoir véritable de l’amour. C’est la raison principale pour laquelle la cupidité est la source de tout mal. La cupidité est comme une poche sans fond. Une personne cupide voudra avoir plus que nécessaire ou que mérité, surtout quand il s’agit d’argent, de richesse, d’aliments ou d’un autre type de possessions. »

Dans la bible, Jésus demandait à ceux qui le suivaient à quoi cela servirait-il qu’ils gagnent le monde entier et perdent leur âme ? Cette question s’adresse aussi aujourd’hui à tous ceux qui montent des enchères sur des produits en ce moment de guerre généralisée contre un ennemi invisible : à quoi vous servirait-il de gagner beaucoup d’argent si tout le monde sera mort autour de vous ? Avez-vous conscience que 100 frcs de plus que vous voulez à tout prix gagner peut faire perdre la vie à un être humain autour de vous, juste parce qu’il n’a pas pu se protéger au bon moment, juste parce qu’il n’a pas pu avoir accès à un objet ou un aliment qui aurait pu l’aider ? Il est tout de même important de rappeler à ceux qui se livrent à de telles pratiques de surenchère, qu’ils sont exposés à des peines légales. D’après l’article 256 du Code pénal camerounais, « est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 400 000 à 2 000 000 de francs, celui qui, par des moyens frauduleux quelconques, opère la hausse ou la baisse artificielle du prix des marchandises ou des effets publics ou privé. La peine est doublée au cas où les marchandises sont des denrées alimentaires ou sont visés par les textes relatifs au conditionnement ». Sans compter que de telles attitudes contribuent plus ou moins à la propagation de la maladie, ce qui n’est pas non moins punissable. 

L’humanité traverse une période qui demande que chacun fasse un arrêt et se pose la question : qu’est-ce que j’ai fait pour aider à sortir de cette situation ? Le philosophe grec Epicure disait « Vous voulez être riche ? Alors ne vous efforcez pas d’augmenter vos biens, mais efforcez-vous de diminuer votre cupidité. » Une dame excédée et révoltée par ce qu’elle voyait sur les étals au marchés, a eu ces mots de regrets : « J’espère que le corona va épargner ces derniers pour qu’ils construisent des gratte ciels avec l’argent amassé ».

Le temps de l’éveil des consciences est arrivé. Chacun peut à son niveau mettre entre parenthèses le goût du gain, car l’ennemi est commun, et surtout ne connait et respecte personne, même pas ceux qui ont déjà beaucoup amassé. Il ne servira alors à rien de se faire beaucoup d’argent sur le dos d’un virus, alors que l’on n’est pas soi-même à son abri, alors qu’il peut nous emporter à tout moment et nous contraindre à laisser derrière nous tout ce qu’on aura gagné… sur son dos

Roland TSAPI

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