Corona virus : le forcing du vaccin

Le gouvernement déploie une énergie sans précédent pour faire accepter la substance supposée prévenir les populations des affres de la pandémie, une énergie qu’on n’a pas souvent vue pour que ces mêmes populations aient accès à l’eau par exemple

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Le ministre de la Santé publique Manaouda Malachie était dans la ville de Douala le 15 avril 2021, pour l’opération de lancement de la campagne de vaccination contre le corona virus. Un tour de quelques institutions hospitalières, et un arrêt a été fait à l’hôpital Laquintinie pour le cérémonial de vaccination proprement dit. Sur place, il a été accueilli par le maire de ville Roger Mbassa Dine selon qui : « Les populations de Douala se sentent privilégiées de recevoir ses doses de vaccin en présence du ministre de la santé publique. Malgré quelques avis divergents, les populations de Douala sont prêtes à se faire vacciner massivement, afin de continuer à vaquer sereinement à leurs activités. » Le ministre, a de son côté renchérit « je suis venu témoigner, parce que je suis un exemple vivant, celui qui s’est vacciné, alors pour ceux qui vous disent ce que c’est que le vaccin, pourquoi il faut le prendre, et pourquoi il ne faut pas le prendre, je crois que s’il y a quelque chose qui arrive lorsqu’on se vaccine, vous devez venir vers moi pour me demander si j’ai été malade ou si quelque chose s’est passé depuis le 12 que je me suis fait vacciner. » Pour lui, c’est en droite ligne avec les vœux du Chef de l’Etat de préserver la vie du personnel de santé d’abord, que l’instruction a été donnée de commencer à les vacciner dès le lendemain de l’arrivée du vaccin. Il a profité pour annoncer la réception de 400 000 doses de la facilité Covax dans deux jours, et un don de l’ordre national des médecins d’environ 1 millions 200 doses de vaccins, en plus de 4 millions de doses déjà précommandées. Bref, l’Etat aurait mis selon lui le paquet pour qu’il y ait toujours des doses disponibles pour le personnel de santé et les cibles prioritaires. Et de continuer « je n’ai pas à faire un plaidoyer particulier, sauf vous demander de porter la voix du gouvernement auprès des autres, de leur expliquer ce que c’est et de susciter en eux l’envie de se faire vacciner, parce que le gouvernement encourage les uns et les autres à se faire vacciner pour que nous puissions atteindre le seuil critique de cette immunité collective. Je pense que je me sens mieux depuis le 12, parce que je me suis dit que dès que j’aurai la réaction nécessaire en terme de formation d’anticorps, je peux attraper le corona virus, mais je n’en mourrai pas, donc vaccinons nous massivement. »

Déploiement suspect

De quoi remercier monsieur le ministre et tout le gouvernement, pour cette énergie mise à sauver les Camerounais contre le coronavirus, et ces moyens et méthodes déployés pour sensibiliser les uns et les autres à se faire vacciner. Mais au-delà de toute polémique sur l’efficacité du sérum, il importe de se poser la question de savoir ce qu’il y a de si précieux dans la substance, pour que le gouvernement souhaite que tout le monde le prenne, alors qu’il ne met pas autant d’énergie pour que tout le monde aie de l’eau potable par exemple . Le ministre a déroulé toute la stratégie mise en place par le gouvernement pour s’assurer de la disponibilité permanente du vaccin, pour reprendre ses termes. Mais une fois de plus, de quel vaccin s’agit-il ? Le 5 mars 2021, le premier ministre annonçait que le Cameroun s’apprêtait à recevoir  1,752 millions de doses du vaccin AstraZeneca dans le cadre de la facilité  Covax. Covax étant, faut-il le rappeler, un dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19, fruit d’une collaboration mondiale novatrice visant à accélérer la mise au point et la production de produits de diagnostic, de traitements et de vaccins contre la COVID-19, ainsi qu’à en assurer un accès équitable à l’échelle mondiale. Il est co-dirigé par l’Alliance Gavi, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies et l’OMS. Face à des réserves émises sur Astra Zeneca en Europe, le ministre avait indiqué que le gouvernement s’en remettait au Conseil scientifique pour se prononcer, en rassurant que le pays ne se lancerait pas tant qu’il existerait le moindre doute.

Flou

Mais subitement, sans qu’aucune communication ne soit faite sur le changement, les Camerounais apprenaient le dimanche 11 avril 2021 qu’un don chinois de 200.000 vaccins Sinopharm arrivait à l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen, reçu par le Premier ministre Joseph Dion Ngute et le ministre de la Santé, Manaouda Malachie, en présence de l’Ambassadeur de Chine au Cameroun, Wang Ying Wu. Que sait-on de ce vaccin Sinopharm, le conseil scientifique s’est-il exprimé à propos, comme c’est le cas dans tous les pays, qu’est ce qui a convaincu le gouvernement que ce vaccin pouvait être inoculé sur les populations sans danger ? Aucune réponse à ces questions pour le moment, les populations doivent seulement se faire vacciner massivement, parce que le ministre de la Santé l’a recommandé, en montrant l’exemple par lui-même. Le gouvernement annonce le vaccin Astra Zeneca, réceptionne Sinopharm à l’aéroport et lance la campagne, tout en annonçant 400 000 autres doses de la facilité Covax, 1 millions 200 doses promises par l’ordre des médecins, et 4000 000 de doses précommandées. Et toujours pas de précision sur l’identité des vaccins annoncés, au moment où à l‘international toutes les marques sont scrutés avec minutie. Il faut dire que cette opacité entretenue volontairement n’est pas de nature à favoriser l’adhésion souhaitée.  Le protocole étatique et la grandeur des cérémonials n’entament malheureusement en rien la suspicion née autour des vaccins  contre le coronavirus, du fait de la célérité avec laquelle ils ont été mis au point alors que d’autres épidémies comme le Sida n’ont pas connu la même mobilisation. Et une dernière question ne cesse de brûler les lèvres, que cache la mobilisation autour du covid 19 et de son vaccin ?

Roland TSAPI

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