Corona virus : le Cameroun essaie de s’adapter

Suite à une réunion de crise, des mesures de restriction ont été imposées. C’est encore le temps de l’observation.  

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La respiration de la nation camerounaise a été rythmée dans la journée du 17 mars 2020 par le corona virus, pour presque s’arrêter à la tombée de la nuit. Dès les premières heures du matin, l’on avait connaissance d’une correspondance du Comité d’organisation local du Championnat africain des nations 2020 et de la Coupe d’Afrique des nations 2021, adressée au Secrétaire général de la Confédération africaine de football au Caire. La correspondance signée du ministre des Sport et de l’éducation physique Narcisse Mouelle Kombi  et datée du 14 mars 2020 avec pour objet « Acceptation de toutes les délégations de la Caf y compris celles venant de l’Europe pour le Chan

Le ministre, qui est aussi le président de ce Comité, rassurait la Caf sur le contrôle de la menace que pouvait faire peser la pandémie du corona virus sur la compétition en ces termes : « Dans la perspective de l’organisation du 4 au 25 avril 2020 de cette compétition, les autorités camerounaises ont pris diverses mesures de riposte et mis en œuvre un plan efficace de détection et de lutte contre  cette pandémie. Le dispositif de prise en charge des cas de maladie éventuels est effectivement mis en place. Considérant qu’aucune mesure de fermeture des frontières n’a été prise à ce jour par le gouvernement camerounais, j’ai l’honneur de vous faire connaître que le comité d’organisation local du Chan est prêt à accueillir toutes les délégations annoncées par la Caf pour la participation à la phase finale du tournoi. Aussi bien, le Cocan n’exclut pas les délégations venant des pays non africains, spécifiquement de l’Europe, pour les nécessité de la bonne organisation du Chan » La teneur de cette correspondance suscitait déjà de vives réactions de l’opinion, qui ne comprenait pas pourquoi le Cameroun s’obstinait à organiser cette compétition, au moment même où bon nombres de pays fermaient leurs frontières et imposaient le confinement aux populations à cause du Corona virus, au moment où deux pays avaient déjà renoncé à participer à cette compétition pour les mêmes raisons.

Succession de communiqué

Dans l’après-midi de la même journée, un communiqué signé du même ministre le même jour laissait envisager que le Comité était revenu à de meilleurs sentiments. « Au regard de toutes les considérations liées à cette urgence de santé publique internationale, constitutive d’un cas de force majeure, un réaménagement du calendrier de la compétition est apparu nécessaire. Aussi, conformément aux directives de la haute hiérarchie ainsi qu’au plan de riposte gouvernemental contre la pandémie, et d’un commun accord avec les autorités de la Confédération africaine de football, le principe du report du Chan 2020 a été retenu. Dans cette perspective, les nouvelles dates de la compétition seront arrêtées en fonction de l’évolution de la situation et communiquées en temps opportun. »

Ce communiqué du président du Cocan a été presqu’immédiatement suivi d’une correspondance de la Caf, adressé aux associations nationales qualifiées au championnat d’Afrique des nations 2020, avec cette teneur : « Suite à la préoccupation croissante liée au virus COVID-19 et au rapport de la visite d’inspection médicale récemment conduite dans le pays hôte du Chan 2020, le comité d’urgence de la CAF a décidé aujourd’hui de reporter la compétition jusqu’à nouvel ordre…Même si la situation est considérée comme étant sous contrôle au Cameroun et selon les recommandations de l’OMS, la crise n’est pas encore stabilisée en Afrique et il est très difficile de prévoir son évolution dans les prochains jours. Voyager à travers le continent devient de plus en plus compliqué, voire impossible pour certains pays, en raison des restrictions mises en place par les différents gouvernements. Pour toutes ces raisons, et pour éviter tout risque inutile, la proposition de la Commission Médicale était de reporter à l’unanimité le Chan. »  C’était donc réglé pour le Chan, cette compétition devra attendre.

Fin de l’hésitation            

Et au même moment où cette décision était prise de suspendre momentanément la compétition, le gouvernement camerounais était réuni à Yaoundé, toujours à cause du corona virus, qui a fini par dicter sa loi à toute la république, à travers le Premier ministre Dion Ngute et ses membres du gouvernement. D’après les résolutions de cette réunion, et sur instruction du président de la République, les habitudes de vie des Camerounais devront changer, et certaines activités de la vie courante doivent  s’arrêter, en commençant par les écoles qui ferment jusqu’à nouvel ordre. 13 mesures au total ont été adoptées  qualifiées  de « difficiles mais nécessaires » selon les termes du Premier ministre lui-même.

Mais difficile, c’est en réalité peu dire. Les Camerounais, habitués à balayer d’un revers de la main, certaines recommandations, ont désormais tout intérêt à prendre la pleine mesure de la situation, elle est grave. Les autorités administratives de la ville de Douala ont passé cette nuit du 17 mars 2020 à faire des pieds et des mains pour contenir des flux de passagers qui arrivaient par l’aéroport. Beaucoup d’entre eux, qui avaient réussi à quitter l’Europe se voyaient déjà heureux de retrouver les familles au pays, mais ils se sont rendus compte dès l’aéroport que l’accueil chaleureux à eux jadis réservé, avec des accolades, a laissé place à de l’isolement, ils étaient simplement tenus à distance et interdit d’approcher qui que ce soit.  La réalité est bien là, le corona virus est une menace, et il est plus que temps que les populations sortent de leur insouciance et qu’elles suivent le minimum de conseil, afin que chacun contribue à sauver ce qui peut l’être. Plus que jamais, la survie des uns dépend des autres, et personne dans ces conditions ne devra porter sur sa conscience la mort d’un être humain, du fait de sa négligence. En un jour le Cameroun a arrêté de respirer au figuré, chacun devra mettre du sien pour que cela ne soit pas au propre.

Roland TSAPI

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