Corona virus : l’Afrique en rangs dispersés

Pendant que les autres continents font bloc pour contrer la maladie et se repositionner dans la nouvelle carte du monde, les Etats africains continuent à se complaire dans une démarche individualiste qui au bout les rendra encore plus fragiles

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Le 26 mars 2020, les autorités sanitaires du Cameroun ont réceptionné à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen, 30 tonnes de matériels, don de l’homme d’affaires chinois Jack Ma, destiné à la riposte contre le corona virus. 20 000 kits de test, 100 000 masques et 1000 équipements de protection constituaient le lot. Ce qui a permis au ministre de la Santé publique de programmer déjà les opérations de dépistage grand public, dont Douala bénéficiera du 2 au 7 avril 2020. Le Cameroun n’est pas le seul bénéficiaire des largesses du Chinois, il s’était engagé à offrir gratuitement à chacun des 54 pays membres de l’Union africaine, des fournitures médicales pour contribuer à la lutte contre le virus. L’ensemble des pays africains se trouvent ainsi relativement soulagés, face aux difficultés qu’ils éprouvent à faire face au virus. Sur certains cartons de lot, cette phrase est inscrite : « When people are determined, they can overcome anything. » Traduction,  « Lorsqu’un peuple est déterminé, il peut surmonter toutes les difficultés

Le lendemain 27 mars 2020, 27 dirigeants de l’Union européenne étaient réunis en visio-conférence pour trouver une voix commune et accélérer les mesures, surtout économiques, face au coronavirus qui fait de plus en plus de morts en Europe. Après plus de six heures de discussion, le sursaut des 27 n’est pas intervenu et ce Conseil européen n’a pas apporté  de véritable réponse, ni d’unité. Mais déjà le 10 mars 2020, la Commission de l’UE avait mis 25 milliards d’euros sur la table pour lutter contre l’épidémie. Ce “fonds d’investissement en réponse au coronavirus” était destiné aux systèmes de santé, petites entreprises, au marché du travail et aux secteurs vulnérables de l’économie. Les États membres de l’Union européenne ont par ailleurs plaidé pour un assouplissement des règles budgétaires dans ce contexte particulier. La Commission a souligné que les dépenses budgétaires exceptionnelles liées à la lutte contre l’épidémie ne seront pas prises en compte dans l’évaluation du déficit des pays concernés. Pour que le fonds puissent atteindre 25 milliards d’euros très rapidement, “je demanderai au Conseil et au Parlement cette semaine de débloquer 7,5 milliards de liquidités”, a précisé Ursula von der Leyen, la cheffe de l’exécutif européen, qui devait également mettre en place un groupe de travail pour s’assurer “que l’argent arrive dans les prochaines semaines”.

l’Union européenne s’organise

L’Occident anticipe

Pendant ce temps que font les Africains dans un élan d’ensemble ? Selon l’hebdomadaire jeune Afrique, l’initiative du don de l’homme d’affaires chinois est soutenue pas d’autres partenaires, tels que l’Union Africaine et le Programme alimentaire mondial (PAM). Le Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC), une agence technique spécialisée de l’UA, est notamment chargée de s’assurer de la bonne distribution du matériel. C’est presque tout. Depuis la survenance de ce virus, comme on voit en Europe, l’Union Africaine n’a pas daigné se réunir pour explorer une réponse commune. Pourtant, à problème globale, solution globale. Alors qu’ailleurs les dirigeants  s’organisent pour contrer la maladie et travailler sur les mesures communes. Sachant qu’aucun pays n’a de porte comme celle d’une maison qui peut être fermée et contrôlée, il est possible que la maladie mal maitrisée arrive chez soi, car les mouvements des hommes sont quasi incontrôlables

Dans les écoles de guerres occidentales, ils apprennent à leurs élèves que ces derniers  sont des combattants, et qu’ils ne doivent jamais l’oublier. Ils disent eux-mêmes qu’ils ont tiré des leçons des guerres passées, celles au cours desquelles il y avait beaucoup de bruit et beaucoup d’artillerie lourde à sortir, et beaucoup de destructions des édifices et industries. Cela a coûté en argent, en temps, en hommes perdus sur les champs de guerres parfois très hostiles à la vie humaine, cela a aussi nécessité beaucoup plus de temps pour reconstruire. Depuis lors ils ont repensé autrement, ils n’ont pas renoncé à la guerre, parce que ces sociétés ne vivent que de guerre, ils ont simplement mis sur pied une nouvelle technique de guerre, parce que sans guerre, les combattants de la nouvelle génération, formées dans des prestigieuses écoles de guerre, ne vont servir à rien. Les chars d’assauts, les mitraillettes, les kalachnikovs ont fait leur temps, ils ont cédé place à d’autres types d’armes. Et depuis des années ils ont averti l’Africain de type d’armes qui étaient en préparation, et l’ont fait savoir à travers des œuvres de fictions, dans des films comme « Mission impossible », des séries télévisées comme 24H chrono, The Srain, The last ship, dans lesquelles les armes bactériologiques sont utilisées pour des attentats ou pour anéantir une partie du monde et assoir son autorité.

Union africaine , unis dans la désunion

L’Afrique subit

Sur ce plan l’Afrique a pris beaucoup du retard et ne semble pas volontaire pour le rattraper. Le Continent ne comprend toujours pas qu’il doit s’organiser pour se défendre, étant l’objet de convoitise des puissances occidentale qui n’ont pas renoncé à l’impérialisme. La réflexion de la plus part des dirigeants tourne encore autour de la conservation du pouvoir, la préservation des avantages acquis, aux dépens de la recherche scientifique et de l’innovation technologique. N’est-ce pas une honte, qu’au 21 siècle face à une pandémie comme le corona virus, pour contrer la maladie, tout un continent soit à recevoir le don d’un homme d’affaires chinois, et que les officiels soient à le remercier comme un dieu sauveur ? Où était l’Afrique pendant que ces gens-là travaillaient, que faisait-elle ? Par le passé, les guerres ont toujours été les occasions pour redéfinir la carte du monde et réorganiser l’ordre mondial. La première guerre mondiale a permis d’établir l’hégémonie américaine sur le reste du monde, la deuxième a permis de partager cette puissance entre l’Amérique et l’Europe dans une sorte d’équilibre de la terreur. Aujourd’hui, dans cette bataille contre le virus à couronne, qui a tout l’air d’être la troisième guerre mondiale, il est peut-être temps pour l’Afrique de saisir sa place dans l’ordre mondial, de refaire du continent une terre glorieuse et libre. A cet effet, le Continent a intérêt à faire bloc pour se protéger, car comme le dit l’adage, seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Roland TSAPI

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