Corona virus : la police jetée en pâture

En première ligne dans la lutte contre le la propagation du virus, les forces de maintien de l’ordre ne sont pourtant pas équipées pour. Ce qui fait d’elles de potentiels  en vecteur

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Les mesures prises par le gouvernement camerounais pour contrer le corona virus sont en application depuis le 18 mars 2020. 13 au total arrêtées à l’issue de la réunion de crise le 17 mars, elles ont été modifiées le lendemain pour plus de précision et d’avantage de clarification. Selon le communiqué signé du secrétaire général des services du premier ministre, le Secrétaire d’Etat chargé de la gendarmerie et le Délégué générale à la sûreté nationale, sont chargés d’organiser des patrouilles de jour et de nuit afin de s’assurer du bon ordre. En d’autres termes, la police la gendarmerie sont appelées à faire respecter ces mesures. Mais dans quelles conditions et avec quels moyens, peut-on se demander. Les hommes mobilisés pour la cause, bien qu’étant bénéficiaires des pouvoirs de l’Etat, ne sont pas moins des hommes, donc exposés à la contagion. Le grand défi est dès lors de pouvoir assurer ce service public efficacement, tout en évitant de se faire contaminer par le virus. Mais la police camerounaise et gendarmerie sont-elles préparés pour cela, manifestement non.

Vielles méthodes

Depuis l’effectivité de la mesure, l’on observe, pour ce qui est de la ville de Douala tout au moins, des véhicules pick-up de la police et de la gendarmerie qui sillonnent certaines rues, avec des éléments à l’arrière en grand nombre, ou en surcharge pour le dire simplement. Dans les mesures pourtant prises par le gouvernement, les transports des personnes doivent éviter des surcharges, l’idée étant d’éviter au maximum les contacts trop serrés entre les personnes pour limiter la contagion. L’exemple ne devrait-il pas être donné par les éléments de la force de maintien de l’ordre. Et ici c’est la responsabilité des hauts dirigeants de ces corps qui est engagée, et ils devraient prendre des mesures pour assurer la sécurité des éléments qui sont envoyés sur le terrain, pour ce qui est de la contagion.

Lors des célébrations des différentes fêtes de l’unité le 20 mai au Cameroun, l’on a l’habitude de voir ces deux corps sortir des véhicules berlines flambant neufs au cours de la parade, pour montrer qu’ils sont bien équipés. Ce sont ces jolies voitures que les hauts gradés de ces corps utilisent quotidiennement, cela veut dire qu’ils existent. C’est le moment de mettre ces véhicules à la disposition des agents déployés sur le terrain. Cela éviterait qu’ils soient parqués dans des pick-up à la merci de toutes les intempéries, alors que des véhicules qui pourraient mieux assurer leur protection parce qu’étant fermés, et garantir une meilleure aisance, sont parqués ou réservés aux chefs, qui pendant ce temps supervisent les opérations plutôt des bureaux. Non seulement les policiers et gendarmes surchargés dans un pick-up sont eux-mêmes en danger de contamination, mais en plus cela rend leur travail inefficace. Comment un policier ou gendarme en surcharge dans son véhicule à lui, peut raisonnablement demander à un conducteur de taxi de ne pas surcharger, sans courir le risque d’être lui-même pris comme un exemple de surcharge ?

la gendarmerie nationale, besoin aussi d’être protégée mais dans ses missions de protection

Impréparation

En plus des moyens de patrouilles qui devaient être exemplaires, ces agents devraient aussi être équipés pour la circonstance. On les voit dehors avec leur traditionnels matraques et casques, comme s’ils allaient disperser une foule indiscipliné. L’indiscipliné ici ce n’est plus une foule mécontente, c’est un virus, invisible en plus. Ce n’est pas avec des matraques et des casques anti-émeute qu’il faut aller en guerre contre lui, c’est avec des gangs, des blouses, des masques, des thermo flash, des désinfectants et autres. Dès le premier jour de l’entrée en vigueur des mesures gouvernementales, un automobiliste de  Bonabéri dans la ville de Douala, se plaignait de ce que pour rallier le centre-ville à partir de chez lui, il a rencontré sur son chemin  trois patrouilles de contrôles, et ce qui l’inquiétait c’est que les éléments de la forces de l’ordre s’approchaient de lui à moins d’un mètre, sans masque, manipulaient ses papiers de véhicule à mains nues avant de les lui remettre. Ce qui pour lui était assez inquiétant, vu qu’il pouvait de cette façon choper le virus assez facilement, juste parce qu’il doit se faire contrôler. L’inverse étant tout aussi vrai, le policier ou le gendarme qui manipule les papiers de véhicules peut aussi être contaminé pas ces documents, et c’est de cette façon qu’une opération supposée arrêter la propagation du virus, peut se transformer en une opération de distribution du même virus.

Appel à la conscience

C’est dire que le rôle attribué aux corps de la gendarmerie et de la police dans cette lutte est essentiel, et les responsables devraient en prendre conscience. En France le président Emmanuel Macron a qualifié cette crise bactériologique de véritable guerre, et a déployé pas moins de 100 000 policiers dans les rues pour faire appliquer des mesures. Et ces policiers ne sont pas allés les mains nues. Le président de l’organisation mondiale de la santé a rappelé aussi le 18 mars 2020 que l’Afrique doit se réveiller, ou se préparer au pire.  Tout  cela pour dire que les habitudes doivent être bousculées. Et les forces de maintien de l’ordre camerounaises ont indéniablement un rôle essentiel à jouer dans cette guerre, mais il n’est pas question qu’elles soient exposées là où il y avait les moyens de les protéger.

S’il est évident que le Cameroun ne dispose pas d’un effectif suffisant pour couvrir efficacement les endroits à risque, le peu d’effectif devrait être utilisé plus efficacement. Ils doivent au moins être sur le terrain non seulement protégés, mais en mesure de protéger les populations aussi. Ce qui demande de les doter d’un minimum de matériel et les préparer à l’utilisation. Ils devraient être munis des substances pour se désinfecter constamment, et être même dotés des thermo flash pour détecter des éventuels cas et les signaler pour prise en charge. Sinon, le virus, aussi dangereux et vicieux qu’il est, pourrait prendre avantage de certaines négligences, et transformer la guerre menée contre lui… en génocide de la population camerounaise.

Roland TSAPI

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